Renault profite du regain d’intérêt pour les voitures électriques, porté par le retour des aides publiques en Europe et par la hausse des prix des carburants liée à la guerre en Iran. Mais cette dynamique reste fragile : une baisse des prix à la pompe ou un retrait des subventions pourrait rapidement freiner les ventes.
La voiture électrique offre à Renault un précieux relais de croissance, au moment même où la guerre en Iran pèse sur le pouvoir d’achat et renchérit les carburants.
Comme Stellantis, le constructeur parvient à faire progresser ses revenus en ce début d’année. Mais cette amélioration ne repose pas sur un véritable rebond du marché automobile. Elle tient surtout au déplacement de la demande vers les modèles électrifiés, soutenu par les subventions publiques et par la hausse des prix à la pompe.
Depuis septembre, les aides à l’achat et à la location redonnent de l’élan aux ventes de voitures électriques en Europe. Le mouvement est particulièrement visible en Allemagne, où un nouveau plan de soutien, entré en vigueur le 1er janvier, vise jusqu’à 800 000 voitures à batteries.
Ainsi, même si le nombre total de voitures vendues recule au premier trimestre par rapport à 2025, Renault bénéficie d’un mix plus favorable. Les modèles électriques et hybrides, plus chers que les véhicules thermiques, permettent au groupe de faire progresser ses revenus malgré un marché moins porteur.
Sur le trimestre, l’évolution du mix de ventes apporte 265 millions d’euros de revenus supplémentaires. Les hausses de prix ajoutent 99 millions d’euros. Les accords conclus avec des partenaires, notamment le contrat avec Geely pour la construction de voitures à batteries, génèrent de leur côté 604 millions d’euros de revenus additionnels.
Le constructeur met aussi en avant ses performances industrielles, en particulier dans la gestion des opérations et des inventaires.
Ses usines affichent par exemple un taux d’utilisation supérieur à 90 %, signe d’une bonne efficacité opérationnelle. La comparaison avec Stellantis est ici parlante. La maison-mère de Fiat, Peugeot et Citroën affiche des taux d’utilisation proches de 50 %, et prépare en conséquence des réductions d’effectifs ainsi que des cessions d’usines, notamment à Poissy.
Les résultats de Renault traduisent donc une meilleure maîtrise des coûts et une utilisation plus efficace de l’outil industriel. Le groupe bénéficie, pour le moment, d’un double effet favorable : une demande soutenue pour les modèles électrifiés et une capacité à mieux valoriser chaque véhicule vendu.
Mais cette dynamique reste fragile. Elle dépend en grande partie de facteurs extérieurs : les prix des carburants, les aides publiques et la capacité des États européens à maintenir leur soutien à la filière électrique.
Coûts du carburant : une incitation vers l’électrique
Comme au début de la guerre en Ukraine, la flambée des prix des carburants modifie les comportements des automobilistes. Lorsque le plein devient plus coûteux, la consommation recule. Sur la période du 11 au 20 avril, la consommation de gazole baisse ainsi de 18,55 % par rapport à 2025.
Les prix de l’énergie agissent donc comme un puissant signal économique. En effet, le ralentissement des arrivées de carburants, les risques de pénurie et la hausse des prix créent une pression directe sur les ménages. Face à cette contrainte, une partie des consommateurs réduit ses déplacements, tandis qu’une autre se tourne davantage vers des solutions alternatives.
Dans ce contexte, la voiture électrique bénéficie d’un regain d’intérêt.
Les subventions à l’achat ou à la location jouent déjà un rôle important. Mais la hausse des carburants ajoute une incitation supplémentaire : elle rend les modèles électriques plus attractifs, non seulement pour des raisons environnementales ou réglementaires, mais aussi pour des raisons très concrètes de coût d’usage.
Cette évolution se voit également sur le marché de l’occasion. Selon Indicata, les ventes de voitures à batteries d’occasion atteignent 180 000 unités en avril en Europe, contre 110 000 en mars. Cette accélération commence à peser sur les stocks des concessionnaires, qui reculent à 290 000 véhicules, contre 330 000 le mois précédent.
Pour autant, cette hausse des volumes ne se traduit pas encore par une remontée des prix.
Les voitures électriques d’occasion continuent, pour le moment, de perdre de la valeur. Cette pression s’explique notamment par les ventes massives de véhicules issus des flottes de location. En remettant sur le marché une partie importante de leurs parcs, ces entreprises augmentent l’offre disponible et pèsent sur les prix.
Au Royaume-Uni, les prix des voitures à batteries d’occasion atteignent désormais environ 50 % de leurs niveaux de janvier 2023. Sur la même période, ils reculent de 38 % en Allemagne et de 32 % en France.
Comme l’affirme le site Rouleur propre :
« Au début du conflit russo-ukrainien, l’envolée des prix des carburants avait déjà provoqué un intérêt accru pour l’électrique, avant un retour progressif à des niveaux plus modérés. Le scénario pourrait se répéter si les tensions actuelles au Moyen-Orient s’apaisent. »
L’expérience récente montre donc que l’intérêt pour l’électrique peut progresser rapidement lorsque les carburants flambent. Mais elle montre aussi que cet intérêt peut refluer si les prix à la pompe reviennent à des niveaux plus modérés.
Subventions pour l’électrique et les bornes de recharge
Le gouvernement a également annoncé la mise en place de nouvelles aides en faveur des voitures à batteries et du secteur des bornes de recharge.
En théorie, plus le nombre de véhicules électriques en circulation augmente, plus la demande de recharge doit progresser. Cette dynamique devrait créer davantage de revenus pour les opérateurs de bornes, et renforcer l’intérêt économique du déploiement d’infrastructures.
Mais les chiffres montrent une réalité plus contrastée. Selon les données publiées l’été dernier par l’Avere-France, le nombre de recharges a quasiment stagné sur les douze mois allant jusqu’à juillet 2025. Un pic est bien observé au mois de juillet, mais il s’explique surtout par les départs en vacances.
Le secteur continue donc de dépendre fortement du soutien public et des décisions réglementaires.
Les efforts de lobbying semblent toutefois porter leurs fruits. Les pouvoirs publics ont annoncé de nouveaux plans d’installation de bornes, notamment à travers des directives visant les aires d’autoroutes et les parkings. L’objectif est ambitieux : multiplier par cinq le nombre de bornes sur les autoroutes et les routes nationales d’ici 2035.
Les dirigeants annoncent aussi le retour des subventions à la location, avec le leasing social.
Selectra résume ainsi le mécanisme :
« L’intégralité de cette mesure, dont le budget bondit de 369 à 401 millions d’euros, est financée par le mécanisme des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). Piloté par l’Ademe, ce système oblige les fournisseurs d’énergies fossiles à financer des actions de décarbonation. Une mécanique de vases communicants qui sanctuarise le budget de l’État tout en pénalisant les hydrocarbures. »
À partir de juillet, les règles d’attribution des aides prendront aussi en compte l’origine de fabrication des véhicules.
Le gouvernement est ainsi en train de mettre en place une forme de préférence industrielle en faveur des usines et des batteries produites sur le continent européen. L’objectif n’est plus seulement de soutenir l’achat de voitures électriques, mais aussi de favoriser une filière européenne face à la concurrence étrangère, en particulier chinoise.
Selectra poursuit :
« Mais l’exécutif a décidé d’aller beaucoup plus loin en utilisant l’argent public comme un véritable bouclier de réindustrialisation. L’emplacement géographique des usines d’assemblage devient un facteur primordial. Ainsi, si le constructeur est capable de justifier que le moteur électrique propulsant le véhicule sort d’une chaîne de montage située sur le sol européen, le coup de pouce financier de l’État grimpe automatiquement à 7 000 € …Pour encourager l’émergence d’une filière continentale capable de rivaliser avec les géants asiatiques, le ministère accorde un bond spectaculaire de la prime, la portant à 9 000 € pour tout véhicule équipé d’une batterie manufacturée en Europe. »
Cette évolution répond à un déséquilibre majeur. Les coûts de production et d’approvisionnement dans les composants des voitures à batteries donnent aujourd’hui un avantage important à la Chine. Depuis 2020, la hausse des achats de véhicules électriques a créé une manne pour les constructeurs et les fabricants de batteries chinois.
Les groupes européens, eux, font face à une équation plus difficile. Ils doivent composer avec le recul de la demande sur certains segments, la pression sur le pouvoir d’achat, les contraintes réglementaires et la concurrence de modèles chinois souvent moins chers.
Le graphique ci-dessous, issu d’un rapport du Sénat publié en avril, montre la progression jusqu’en 2026, ainsi que les projections de la Commission des finances concernant les ventes de voitures en provenance de Chine.

Le second graphique du rapport présente la part de marché des immatriculations en France selon le pays d’origine. Les importations depuis la Chine, représentées en rouge, chutent au début de 2024 après l’application des droits de douane par l’Union européenne. Cette baisse profite d’abord aux importations venues d’autres pays européens. Le graphique montre ensuite un rebond sur la seconde partie de 2024, ainsi qu’un gain de part de marché pour les véhicules produits en France.

Dans ce contexte, les partenariats avec des groupes chinois prennent une importance stratégique. L’accord entre Renault et Geely, par exemple, peut permettre de contourner en partie les effets des droits de douane grâce à des assemblages réalisés en France.
En résumé, les gains enregistrés par Renault dans l’électrique reposent sur plusieurs facteurs simultanés : la hausse des prix des carburants, le retour des subventions publiques, le soutien aux infrastructures de recharge et la volonté politique de favoriser une production européenne.
Les chiffres d’avril donnent ainsi l’image d’un succès pour l’électrique. Mais ce succès reste en partie conjoncturel. Il dépend d’une flambée des carburants, d’aides publiques généreuses et d’un cadre réglementaire favorable.
Si les prix des carburants se replient, ou si les subventions sont retirées, les ventes pourraient à nouveau ralentir. Dans ce scénario, la manne actuelle pour Renault et pour les autres constructeurs engagés dans l’électrique pourrait rapidement s’essouffler.
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