Depuis des mois, le débat en France et en Europe sur le déficit commercial avec la Chine se concentre sur nos importations, laissant dans l’ombre la question de nos exportations. Notre consœur pékinoise Zhu Dan rappelle pourtant que la Chine achète de plus en plus (+22 % d’importations depuis janvier), surtout des équipements et des technologies pour moderniser son industrie. Plutôt que de nous lamenter, pourquoi ne pas identifier ces besoins et y répondre ? C’est une piste à méditer pour la présidentielle. Taxer les petits colis traite les symptômes, pas le problème de fond.
Depuis le début de l’année, le débat français sur un possible « deuxième choc chinois », sur la protection de l’industrie européenne et sur l’éventuel relèvement des droits de douane a remis au premier plan les inquiétudes suscitées par la puissance manufacturière de la Chine.
L’Europe se tromperait toutefois en réduisant le rééquilibrage commercial avec la Chine à une politique de restriction des importations. Une autre question mérite d’être posée : pourquoi ne parvient-elle pas à vendre davantage à un marché chinois qui, contrairement à une idée répandue, continue d’accroître certaines de ses importations ?
La Chine importe toujours davantage
Entre janvier et juillet 2026, les importations chinoises de marchandises ont progressé de 22 % sur un an, contre 14 % pour les exportations. Depuis cinq mois consécutifs, le volume mensuel des échanges extérieurs chinois dépasse 4 000 milliards de yuans. Selon le ministère chinois du Commerce, la Chine est, depuis dix-sept ans, le deuxième marché mondial d’importation et constitue l’un des principaux débouchés à l’exportation pour près de 80 pays et territoires.
La Chine augmente donc ses achats auprès du reste du monde. Cette progression ne repose pas uniquement sur la consommation des ménages : l’industrie chinoise elle-même constitue un acheteur de premier plan. Au cours des sept premiers mois de l’année, les importations chinoises de produits mécaniques et électriques ont progressé de près de 30 % et représentent plus de 40 % du total des importations.
En Europe, la montée en gamme de l’industrie chinoise est principalement envisagée sous l’angle de la pression concurrentielle qu’elle exerce sur les entreprises européennes. Mais un système industriel plus vaste, plus complexe et technologiquement plus avancé engendre aussi de nouveaux besoins d’importation : en énergie et en matières premières, mais également en composants, en équipements et dans certaines catégories de produits à haute valeur technologique.
Le cas français illustre particulièrement ce décalage. La France n’en bénéficie pourtant que partiellement. En 2025, ses exportations vers la Chine approchaient 24 milliards d’euros. La Chine était son septième marché d’exportation, son deuxième fournisseur et le pays avec lequel la France enregistrait son plus important déficit commercial bilatéral. Si les besoins d’importation chinois continuent d’évoluer et de croître dans certains secteurs, pourquoi la France n’en profite-t-elle pas davantage ?
Comment la France peut-elle davantage profiter de l’évolution du marché chinois ?
Vue de l’intérieur de la Chine, cette évolution ne se résume plus à la formule longtemps utilisée de la « montée en gamme de la consommation ». Une partie des nouveaux besoins provient aujourd’hui de la modernisation des systèmes productifs et des services collectifs. Mais l’apparition de nouvelles demandes ne se traduit pas automatiquement par une augmentation des importations, pas plus qu’elle ne garantit de nouveaux débouchés aux entreprises françaises.
La compétitivité des entreprises chinoises s’est en effet considérablement renforcée. C’est probablement l’une des transformations les plus importantes du marché chinois actuel. Cela ne signifie pas que les opportunités aient disparu pour les entreprises françaises ; cela signifie que leur nature et les conditions de concurrence ont changé.
Pour une entreprise étrangère, l’avantage concurrentiel doit désormais davantage reposer sur une technologie difficile à substituer, une fiabilité supérieure, une expertise particulière ou une différenciation suffisamment forte.
Le savoir-faire français peut encore faire la différence
En septembre 2025, le groupe industriel français Fives a ainsi signé un nouveau contrat avec Shougang Jingtang pour la fourniture d’un four de recuit destiné à une ligne de galvanisation continue à chaud pour aciers automobiles. Le nouvel équipement intègre une nouvelle génération de systèmes de combustion visant à améliorer l’efficacité énergétique et la flexibilité dans l’utilisation des combustibles, tout en réduisant les émissions.
Cet exemple montre que, dans certains segments industriels très spécialisés, une entreprise étrangère peut encore remporter des contrats en Chine lorsqu’elle apporte une technologie ou un savoir-faire d’ingénierie que le client juge difficile à substituer.
Pour la France, l’enjeu consiste donc à identifier les secteurs dans lesquels ses entreprises disposent encore d’un avantage suffisamment marqué pour s’imposer face à des concurrents locaux devenus beaucoup plus performants. Mais ces débouchés ne sont acquis à personne. Les conquérir suppose de mieux comprendre les besoins locaux, d’adapter l’offre et de maintenir un effort commercial dans la durée.
Exporter ne suffit plus : l’importance des partenariats locaux
Entrer sur le marché chinois signifie d’ailleurs de moins en moins simplement « expédier en Chine ce qui est produit en France ». Pour les entreprises françaises et européennes, l’accès à ce marché repose de plus en plus sur une combinaison d’exportations, de services, de partenariats locaux et d’implantations de long terme.
L’offre doit davantage s’adapter aux besoins liés à la transformation de l’économie chinoise et, lorsque cela est pertinent, s’appuyer sur des formes de coopération locale. TotalEnergies en fournit une illustration : en s’appuyant sur son expertise dans la chaîne du gaz naturel liquéfié et dans les énergies renouvelables, le groupe participe au marché chinois à travers des partenariats, des coentreprises et des accords d’approvisionnement de long terme. Ce type de stratégie montre que la conquête de nouveaux marchés ne passe plus nécessairement par la seule exportation d’un produit fini.
Ces implantations ne se traduisent pas toutes directement par des exportations françaises. Mais elles peuvent toutefois créer des débouchés durables pour des équipements, des composants, des technologies et des services produits en Europe.
Le protectionnisme ne suffira pas à rééquilibrer les échanges
Au-delà de la compétitivité des entreprises, le développement des échanges suppose également un environnement économique stable et prévisible. L’accès aux marchés, les marchés publics, le contrôle des investissements ou les mesures de protection commerciale ne sont pas des questions à sens unique. Pour la Chine comme pour l’Europe, la réciprocité, la transparence et la prévisibilité des règles devraient constituer des conditions communes au maintien de marchés ouverts.
Ces dernières années, l’Europe a consacré une énergie politique considérable à la réduction des risques, à la protection de certains secteurs industriels et à la diminution de certaines dépendances envers les chaînes d’approvisionnement chinoises. Ces politiques défensives ne répondent cependant qu’à une partie du problème du déséquilibre commercial. Elles n’expliquent pas pourquoi la France ne bénéficie pas davantage de l’évolution des besoins d’importation chinois.
Les entreprises chinoises sont devenues plus compétitives, tandis que les exportations françaises restent concentrées dans un nombre limité de secteurs et que la demande progresse moins rapidement pour certains produits dans lesquels la France disposait traditionnellement d’un avantage.
Si l’Europe entend réellement réduire son déséquilibre commercial avec la Chine, le débat ne peut donc s’arrêter à la question de savoir comment acheter moins. Le rééquilibrage dépend certes des dépendances que l’Europe souhaite réduire. Mais il dépend tout autant de sa capacité à continuer de produire des biens, des technologies et des services que le marché chinois souhaite acheter — et que ses concurrents ne peuvent pas facilement remplacer.

1 commentaire
Le commerce avec la Chine ne peut progresser que si les « armes » sont égales. Ces « armes » sont surtout juridiques et sur ce point les approches divergent, c’es le moins que l’on puisse écrire. Il est pertinent d’écrire que la France se cantonne dans la défensive pour ne pas dire le suicide.