Depuis trente ans, la hausse des marchés a fait exploser la richesse financière bien plus vite que l’économie réelle. Mais si la bulle se dégonfle, ce rapport de force pourrait brutalement s’inverser : les actifs chuteraient, tandis que ceux qui n’en possèdent pas retrouveraient un pouvoir d’achat relatif. C’est précisément ce mécanisme que Washington cherche aujourd’hui à empêcher.
« Ce qui m’inquiète, ce n’est pas l’IA. C’est l’ampleur du krach financier que cette frénésie autour de l’IA est en train de préparer. Il sera trop important pour que le gouvernement puisse renflouer tout le monde, ce qui finira par provoquer de la déflation. » — Tom Dyson
Voici une nouvelle peu réjouissante rapportée par Mishtalk.com :
« Hors transferts publics, le revenu personnel réel des Américains recule sur un an
– Revenu personnel réel, toutes sources confondues : –0,01 %
– Revenu disponible réel, après impôts : +0,45 %
– Revenu personnel réel hors transferts : –0,38 %
– Dépenses réelles de consommation des ménages : +2,14 % »
Les transferts publics sont des chèques ou des versements effectués par l’État sans qu’aucun service ne soit fourni en contrepartie. La Sécurité sociale, Medicare, Medicaid et les aides alimentaires en sont quelques exemples.
Inutile d’en dire beaucoup plus.
Les Américains s’appauvrissent.
Malgré le moteur à combustion, Internet, les centres commerciaux, Amazon, l’intelligence artificielle, Henry Ford, Elon Musk et le génie cumulé des dirigeants démocrates comme républicains, la plupart des gens voient leur situation matérielle et financière se dégrader.
Et, à en croire le Financial Times, nombre d’électeurs en ont tiré une conclusion :
« Le capitalisme ne fonctionne plus. »
À droite, ils se tournent vers Donald J. Trump, qui n’a rien contre le capitalisme… à condition que celui-ci fasse ce qu’on lui dit. Les taux d’intérêt devraient être plus bas, estime-t-il. Les cours de Bourse, plus élevés.
À gauche, ils se tournent vers une nouvelle génération de « socialistes démocrates », comme Mamdani à New York ou Abdul El-Sayed dans le Michigan, qui promettent toujours davantage de largesses publiques pour attirer de nouveaux électeurs. Et puis, ajoutent-ils, « on n’a pas besoin de ces fichus milliardaires ».
Mais le problème immédiat, pour les uns comme pour les autres, n’est pas que le capitalisme ne fonctionne plus.
C’est qu’il fonctionne encore. Et qu’en ce moment, il menace leur petite combine.
Depuis au moins trois décennies, républicains et démocrates ont passé les menottes au capitalisme, en lui administrant régulièrement une bonne correction. Leur objectif : détourner la richesse réelle au profit de leurs protégés, de leurs réseaux et de leurs projets favoris.
Résultat : la plus grande bulle alimentée par la dette de toute l’histoire de l’humanité.
Mais toutes les bulles finissent par éclater.
Alors, à moins que les règles du jeu aient fondamentalement changé, le capitalisme est frais et dispos, prêt à remettre riches et pauvres à leur place.
Comment cela fonctionne-t-il ?
Que devient toute cette « richesse » accumulée par les investisseurs ?
Et si, pour chaque position acheteuse, il existe une position vendeuse équivalente et opposée, la quantité totale de « richesse » ne devrait-elle pas rester identique ?
La réponse simple est : oui.
Dans la première phase d’un krach, les prix des actifs chutent. C’est une phase déflationniste.
Les prix baissent – y compris ceux des actifs que vous aviez achetés précisément pour vous protéger contre la bulle.
L’or lui-même serait probablement entraîné dans la baisse.
Lors d’une véritable panique boursière, les gens seraient prêts à vendre leur grand-mère pour récupérer des liquidités. Ils ont besoin de cash, parfois désespérément, pour payer leur crédit immobilier, les frais de scolarité, une pension alimentaire ou tout simplement leurs dépenses courantes.
À ce sujet, un autre élément intéressant est récemment apparu dans la presse. MoneyLion :
« Ces 16 universités américaines coûtent désormais plus de 100 000 dollars par an »
Parmi elles figure notre propre alma mater, Georgetown, où nous avons passé trois ans en faculté de droit.
Ces établissements hors de prix sont mûrs pour ce que les technophiles appellent une disruption. Lorsque la révolution arrivera… lorsque la bulle éclatera… ils devront trouver des moyens de réduire leurs coûts. Les universités comme leurs clients.
Remarquons toutefois que la richesse réelle — la véritable valeur de bons professeurs dans les salles de cours et les laboratoires — demeure.
Ce qui est réel survit.
C’est le prix qui s’effondre, avec toutes ces prétentions à une richesse qui, en réalité, n’a jamais existé.
Et les étudiants, eux, s’en trouveront plus riches : ils recevront davantage d’éducation pour moins d’argent.
Dans un véritable marché baissier capitaliste — et non lors d’un simple trou d’air — les appels de marge ne sont plus honorés, les voitures de luxe retournent chez les concessionnaires et les gens vendent leurs actifs « liquides », c’est-à-dire ceux dont ils peuvent se débarrasser rapidement, afin de faire face à leurs obligations les plus urgentes.
Mais tandis que les actifs financiers se dégonflent, la « richesse » relative de l’homme ordinaire, elle, augmente discrètement.
La preuve se trouve dans ce que l’on appelle l’indicateur Buffett.
Celui-ci compare, grosso modo, la richesse réelle produite par l’économie américaine — mesurée par le PIB — à la valeur totale du marché actions, mesurée ici par le Wilshire 5000.
Pendant longtemps, de l’après-Seconde Guerre mondiale jusqu’aux environs de 1995, la « richesse » détenue par les actionnaires représentait environ 60 % de la valeur des biens et services correspondant au PIB. Puis, à partir de 1995 — avec Greenspan, Bernanke, Yellen et Powell aux commandes de la machine à gonfler les bulles — la richesse des actionnaires s’est envolée jusqu’à atteindre l’incroyable niveau de 236 % du PIB.
À un instant donné, il n’existe qu’un nombre limité de hot-dogs, de billets pour les matchs de baseball, de couvreurs et de dentistes disponibles.
Or, ceux qui sont restés « longs » sur les actions depuis 1995 peuvent aujourd’hui en acheter beaucoup plus.
En théorie, ils ont les moyens d’acquérir l’équivalent de deux années entières de production de l’économie américaine… et il leur resterait encore 10 000 milliards de dollars pour laisser un pourboire au voiturier.
Mais le capitalisme peut mettre un terme à tout ce cirque.
S’il pouvait à nouveau fixer librement les prix, sans être faussé par les interventions des responsables politiques, il ferait éclater la bulle et réduirait brutalement la part de la production américaine que les actionnaires peuvent s’approprier.
Pas un seul hot-dog ne disparaîtrait.
Mais la déflation permettrait aux non-actionnaires d’en obtenir une plus grosse bouchée.
Eux — ceux qui, en quelque sorte, étaient restés « short » sur les actions — deviendraient relativement plus riches.
Et c’est précisément à empêcher le capitalisme de remettre les choses à leur place…
… que le secrétaire au Trésor Scott Bessent s’emploie désormais de toutes ses forces.
