La victoire écrasante des démocrates bouleverse les perspectives politiques et économiques américaines. Entre menaces sur les investissements dans l’IA, tensions énergétiques et espoirs de paix au Moyen-Orient, les marchés commencent déjà à revoir leurs anticipations.
Wall Street jubile. La situation politique post-midterms est archi-limpide, comme elle ne l’a jamais été depuis 50 ans : il ne reste que deux mois à Donald Trump pour faire adopter des réformes dont personne, aujourd’hui, n’a la moindre idée. À partir du 5 janvier, il ne lui restera que son droit de veto face à deux chambres parlementaires uniformément » bleues ».
Avec des démocrates disposant d’une majorité écrasante, le scénario de votes serrés, en cas d’absence d’un sénateur pour maladie ou d’abstention, est même écarté.
Jamais depuis les années Carter les démocrates n’avaient affiché une telle hégémonie.
Ils n’ont plus qu’à tenir leurs promesses. Et parmi les plus commentées figure l’engagement de nombreux candidats et candidates de freiner l’expansion des data centers géants, notamment de ceux qui ont besoin de l’équivalent d’un réacteur nucléaire pour fonctionner.
L’expansion des data centers menacée
Compte tenu des milliers de milliards en jeu – et il s’agit d’argent emprunté –, ce sont les banquiers qui s’inquiètent : pas de data centers, pas de revenus… mais les créances des hyperscalers continuent d’exister et les intérêts de la dette restent dus !
C’est Goldman Sachs qui tire la sonnette d’alarme : les victoires d’élus démocrates aux niveaux étatique (sénateurs) et local (députés) pourraient entraîner des moratoires temporaires ou définitifs sur la construction de centres de données dans des États tenus par les républicains, parfois depuis des décennies (Géorgie, Texas, Kansas, Caroline du Nord).
Rappelons qu’Elon Musk a délocalisé Tesla vers le Texas pour échapper aux tracasseries administratives et environnementales que lui infligeait l’État de Californie.
Rappelons également que 45 % des centres de données américains pourraient être affectés par un allongement des délais de construction et des pénuries d’électricité.
Le Texas représente à lui seul environ 25 % de la capacité additionnelle programmée sur le sol américain.
Il y a aussi le volet fiscal : le Texas – encore lui –, la Géorgie et le Michigan pourraient introduire des restrictions sur les exonérations de taxes et autres avantages accordés pour attirer les plus grands projets d’hyperscalers.
Le problème, c’est que les gigawatts correspondant à la puissance installée ne suivent pas. Il faut donc faire avec l’existant. Et comme les États-Unis sont ce qu’ils sont, l’électricité disponible sera vendue au plus offrant… et ce ne sera pas le citoyen dépendant du même fournisseur et du même réseau que Google, Amazon, Meta, Microsoft, CoreWeave, etc.
L’IA face à des obstacles énergétiques et éthiques
L’autre frein à l’expansion de l’IA est d’ordre éthique, philosophique et presque métaphysique. La problématique rappelle, par de nombreux aspects, celle du nucléaire, avec les limites à définir concernant les usages civils (quel niveau de sécurité exiger ?) et militaires (équilibre de la terreur, non-prolifération, etc.).
C’est ce qui a été évoqué dans ma chronique de lundi, car ce débat transcende les clivages démocrates/républicains et « sphère OTAN »/ »Sud global ».
Pour en revenir à la thématique énergétique, les fournisseurs d’électricité et les lignes à haute tension censées alimenter les data centers n’existent parfois encore qu’à l’état de projet. Quant au coût du kilowattheure produit à partir d’énergies carbonées (gaz, pétrole, charbon), il constituait déjà un obstacle à la rentabilité des sites en exploitation.
Moyen-Orient : les marchés parient sur un retour de la paix
La conséquence la plus spectaculaire de la victoire démocrate – et qui avait été anticipée dès le début de la semaine –, c’est la priorité accordée à la diplomatie pour résoudre la crise au Moyen-Orient. L’objectif est d’écarter tout nouveau conflit de haute intensité avec l’Iran et de « pousser » l’Arabie saoudite et le Yémen vers un terrain d’entente. Le tout permettrait de reprendre les exportations pétrolières (diesel et kérosène) et gazières à un rythme qui se rapprocherait, au fil des mois, des niveaux d’avant-guerre.
Il sera difficile d’aller au-delà de 90 %, compte tenu des capacités détruites et des puits dont la remise en production échouera, en raison d’avaries matérielles ou d’obstacles géologiques.
Le Brent plonge de 10 % en quelques heures
La bonne surprise de ce lendemain de midterms, c’est la spectaculaire décrue du prix du pétrole Brent, qui affichait une chute de 10 % (vers 94 $) moins de 12 heures après la publication de résultats quasi officiels, sans recours contestant la régularité du scrutin.
La raison en est une annonce du département américain de l’Énergie, qui accorde un prêt de 300 000 barils de fioul à quatre entreprises énergétiques. Ces volumes seront prélevés sur la réserve d’urgence de fioul domestique du pays, afin de contrer la flambée des prix avant l’arrivée de l’hiver.
Cette décision était réclamée par les sénateurs des deux principaux partis et ne sera pas contestée par Donald Trump.
Mais il faut relativiser : 300 000 barils, c’est à peine quelques heures de consommation de fioul aux États-Unis. C’est comme ajouter une cuillère à café de vin rouge dans un bourguignon pour douze convives afin de rallonger la sauce.
Pétrole, inflation, Fed : les anticipations basculent
Les marchés croient soudain à une paix possible au Moyen-Orient, d’où l’effondrement de 20 % du prix du pétrole en une semaine… et le changement des anticipations inflationnistes déclenche un rebond de 5 % de l’or et de 9 % de l’argent en 72 heures.
La perspective d’un repli durable du prix des carburants et du gaz, qui amènerait la Fed à revoir sa stratégie monétaire, est probablement la conséquence la plus remarquable du résultat des midterms du 3 novembre.
