Menaces commerciales, diplomatie d’humeur et confusion économique : en prétendant défendre les intérêts américains, Donald Trump accélère surtout un mouvement de fond. Les alliés des États-Unis réorganisent leurs stratégies sans Washington, investissent ailleurs, diversifient leurs partenariats et cessent de considérer l’Amérique comme le pilier central de l’ordre économique mondial. Le dollar vacille… et l’or s’impose.
« Les politiques économiques et étrangères combatives de Donald Trump provoquent un mouvement de fond : les pays réorganisent leurs stratégies sans les États-Unis. Ils investissent ailleurs, renforcent leurs budgets de défense, multiplient les accords commerciaux et ne considèrent plus l’Amérique comme le pilier central autour duquel structurer leurs économies, leur sécurité et leur avenir. » — Wall Street Journal
Hier, nous avons suivi le flot continu des informations. « Trump a dit ceci… Trump a dit cela… Macron… Lutnick… Lagarde… »
Nous avons écouté une partie du discours de Donald Trump. Une fois son avion réparé et arrivé à Davos, M. Trump s’est péniblement traîné jusqu’à la tribune pour se lancer dans un discours décousu, émaillé de provocations. Il y a notamment exposé ce qui constitue sans doute l’erreur la plus dangereuse de l’économie moderne : la confusion entre la source de la richesse et sa consommation.
Certains économistes — et de nombreux politiciens — commettent cette erreur délibérément. Ils promettent de nous rendre plus riches en imprimant de l’argent et en stimulant ainsi la « demande ».
C’est dans cet esprit que Trump a affirmé que les États-Unis étaient la véritable source de la richesse suisse. Rolex fabrique peut-être ses montres en Suisse, mais ce sont les Américains qui les achètent ! Profondément confus, il a jugé injuste que les Suisses ne paient pas pour le privilège de vendre leurs montres aux États-Unis et que cette prétendue injustice pouvait être corrigée par un droit de douane de 39 % — autrement dit, une taxe imposée aux acheteurs américains de montres suisses.
Voyons cela de plus près… Avec un prix moyen d’environ 10 000 dollars pour une Rolex haut de gamme, cela représenterait une surtaxe de 3 900 dollars par montre.
Puis est venue la partie la plus étonnante. Trump a déclaré avoir relevé les droits de douane sur les exportations suisses non pour des raisons économiques, ni même au nom du slogan « Les États-Unis d’abord », mais parce que la présidente suisse de l’époque, Karin Keller-Sutter, « [lui] avait tout simplement déplu ».
Oui, cette méthode est totalement folle.
Malgré cette politique étrange, Trump a néanmoins contribué à saper l’empire. Selon Associated Press, le président Donald Trump a insisté sur le fait qu’il souhaitait « obtenir le Groenland, y compris les droits, les titres et la propriété », ajoutant :
« Nous n’obtiendrons probablement rien, à moins que je ne décide d’utiliser une force excessive qui nous rendrait imparables. Mais je ne le ferai pas. D’accord ? »
Non, il n’utilisera pas la force. À la place — du moins avant de changer d’avis — il a proposé d’utiliser les droits de douane pour taxer… les consommateurs américains. Il a annoncé que ces droits commenceraient à 10 % le mois prochain, pour grimper à 25 % en juin.
Plus tard dans la journée, on a appris que ces propositions relevaient essentiellement du bluff et de la fanfaronnade. Trump a renoncé à la fois à l’option militaire et aux droits de douane.
Mais le mal était fait. Ces menaces ont encore davantage éloigné les alliés des États-Unis. Et elles n’ont de sens que dans le cadre de ce que nous appelons un « fatalisme historique » désormais dépassé.
« La civilisation repose sur la renonciation pulsionnelle », disait Freud — il a dit presque mot pour mot ce que nous affirmons ici, bien avant notre naissance.
Autrement dit, la civilisation repose sur un ordre fondé sur des règles. Vous pourriez penser que vous seriez plus heureux — et que le monde irait mieux — si vous tuiez votre voisin, preniez sa place de parking et emménagiez avec sa charmante épouse. Mais vous n’en êtes pas sûr. Au fil des siècles, les êtres humains ont appris à gérer l’incertitude en respectant des règles.
Ils suivent les commandements de Moïse, la Constitution, l’habeas corpus, le premier amendement, la procédure régulière. Ils disent « s’il vous plaît » et « merci ». Ils ne doublent pas dans les files d’attente. Et ils ne tuent pas les gens.
Oui, il peut être tentant de rouler à contresens ou de voler l’argent de la boîte des pauvres de l’église. Mais c’est rarement une bonne idée.
La civilisation est aussi le socle du commerce et de la prospérité moderne. Le respect des règles — tu ne voleras point, tu paieras tes factures, tu respecteras les droits de propriété d’autrui — permet l’accumulation d’un capital qui peut être investi pour accroître la quantité et la qualité des biens produits.
C’est pourquoi les politiques de l’administration Trump sont si « efficaces » : elles font reculer la civilisation… et accélèrent le déclin du dollar et de l’empire de la bulle spéculative.
L’or — l’anti-dollar — a atteint 4 831 dollars hier.

4 commentaires
Effectivement, je ne suis pas certain pour Melania et la trop grande place de parking. Mais ce ne sont pas les seules raisons.
Je me posais justement la question :
Si l’exemple est donné par nos élites élues, ça doit faire jurisprudence.
Donc, vu que j’en ai vraiment besoin, que ma famille en a besoin, je vais prendre la maison, le véhicule , l’entreprise ..etc… de mes voisins.
En cas de refus de leur part, puis- je leur taper dessus avec une batte de base ball ?
( bien sûr, je plaisante )
L’ordre économique mondial n’est pas directement contre les États Unis, pas plus que contre l’Europe, concernée au même titre. Ni l’inverse. L’Ordre économique mondial est avec, à côté, en plus ou en moins, des USA et de l’Europe. La Mondialisation a imposé un développement économique et politique pluraliste, dialectique, à l’échelle de la Terre. Depuis le début du 19è siècle, la suprématie scientifique, technique et économique de l’Occident (Europe-Amérique du Nord) a favorisé un certain monolithisme. Il y avait une Voix : celle de l’Occident. Trump n’est ni idiot ni caractériel, il tente d’adapter les USA à la pluralité des voix dans le Nouvel Ordre Économique et Politique Mondial. Évidemment, il tâtonne un peu, ici ou là.
Certes les manières sont… rudes…La vraie question, c’est : les chiffres égrenés sont ils exacts ? Croissance, balances commerciales et des paiements, emploi. Mieux vaut l’inflation que des taux d’intérêts élevés. En Europe, ces chiffres sont mauvais, même si nos dirigeants semblent policés.