La Cour suprême des États-Unis a invalidé une partie des droits de douane instaurés par Donald Trump, fragilisant sa stratégie commerciale et budgétaire. Au même moment, des déclarations de Mike Huckabee sur le « Grand Israël » ont provoqué un tollé diplomatique dans un contexte explosif avec l’Iran…
C’est indiscutablement le plus gros revers politique subi par Donald Trump depuis son investiture fin janvier 2025 : six des neuf juges de la Cour suprême des États-Unis (dont les membres, qui doivent leur nomination à l’actuel président lors de son premier mandat, sont majoritairement républicains, et trois d’entre eux classés ultraconservateurs) ont jugé inconstitutionnels plusieurs des droits de douane « réciproques » mis en place l’été dernier au titre d’une loi fédérale prévue pour les situations « d’urgence nationale ».
Wall Street savait que si la Cour suprême appliquait le droit, ce qui est sa mission la plus sacrée, nombre de « tarifs » seraient retoqués.
Même si Donald Trump dénonce un jugement « scandaleux » (il doit se sentir trahi par certains juges qu’il a nommés), il savait pertinemment dès l’origine qu’il avait franchi la ligne jaune en court-circuitant l’aval du Congrès, via des décrets entachés de nullité.
Il a d’ailleurs déclaré à de nombreuses reprises qu’il avait un « plan B », qu’il était prêt à signer de nouveaux décrets… et il a annoncé dans la foulée, vendredi soir, son intention d’instaurer un droit de douane mondial de 10 % à 15 % pour une période de 150 jours, en s’appuyant sur la section 122 du Trade Act de 1974 (qui devra être contresignée par le Congrès d’ici fin juillet), afin de contrebalancer l’invalidation de certains dispositifs douaniers par la Cour suprême.
Laquelle ne s’est pas prononcée sur la question d’un éventuel remboursement des droits déjà collectés. Ils se chiffreraient entre 140 et 175 Mds$ selon différentes estimations.
Le verdict de la Cour suprême du 20 février va galvaniser les milliers d’entreprises dans le monde qui ont engagé des actions en justice pour contester les mesures tarifaires « abusives » et obtenir le remboursement des sommes versées.
Donald Trump avait raison de déclarer la veille que « sans ses droits de douane, les États-Unis seraient financièrement en péril » : ils risquent en effet de l’être, mais pas forcément pour le potentiel manque à gagner (cela prendra des trimestres avant que les plaignants obtiennent le premier dollar).
Si les tarifs douaniers ont rapporté des recettes fiscales, leur vocation première – qui était de rééquilibrer les échanges commerciaux au profit des États-Unis – se solde par un échec, avec un peu plus de 100 Mds$ de déficit commercial par mois en 2025 (1 241 Mds$ de déficit en 2025).
Et même si la dégradation s’est ralentie au cours du dernier trimestre, jamais les Américains n’ont autant commandé à l’étranger (pour 3 438 Mds$). Certes, un peu moins à la Chine (qui reste cependant le plus gros exportateur), mais beaucoup plus au Mexique, à la Corée du Sud, à l’UE, et en particulier à l’Irlande (où beaucoup de multinationales US ont un « hub fiscal »).
Alors le déficit US gonfle, inexorablement, en grande partie à cause de l’inflation du budget de la défense, mais aussi à cause du coût de la dette (1 240 Mds$ à ce jour), qui s’ajoute à la dette de 38 725 Mds$ (autrement dit, la barre des 40 000 Mds$ est virtuellement déjà atteinte).
Du coup, Trump a désespérément besoin d’une baisse des taux… mais cela sera-t-il suffisant pour enrayer la spirale des déficits ? À quel moment les créanciers cessent-ils de « faire confiance » ?
Souvent lorsque la crédibilité de l’exécutif se trouve fragilisée… Et la Cour suprême vient clairement de torpiller celle de Donald Trump.
Mais un autre revers, sur le front diplomatique cette fois, tombe au plus mauvais moment pour l’hôte de la Maison-Blanche : en pleines négociations avec Téhéran, et alors que la Chine, la Russie et les pays du Golfe soupçonnent fortement Israël de vouloir entraîner les États-Unis dans une guerre avec l’Iran, une déclaration de Mike Huckabee suscite un tollé au Proche-Orient.
Mike Huckabee, l’ambassadeur américain en Israël — donc officiellement représentant des États-Unis — est également un chrétien évangélique pro-sioniste militant et assumé. Il a affirmé dans une interview accordée à Tucker Carlson : « Israël a le droit biblique de prendre le contrôle de tout le Moyen-Orient. Ce serait bien s’ils prenaient tout. »
C’est une référence à peine voilée au mythe du « Grand Israël » (qui provient d’une exégèse moderne d’une formule biblique, « Eretz Israel Hashlema », reprise après la guerre des Six Jours) qui s’étendrait du canal de Suez au Golfe Persique, dans sa version la plus expansionniste.
C’est un mythe dont l’origine remonte à la fin du XIXe siècle, bien avant la Déclaration Balfour, rédigée le 2 novembre 1917 par le secrétaire d’État aux Affaires étrangères du Royaume-Uni et adressée à Lord Rothschild, concernant la création d’un État d’Israël au sein des territoires sous mandat britannique après le démantèlement de l’Empire ottoman.
Et le terme qui fâche, c’est le « prenaient tout » : cela inclut-il Gaza, la Cisjordanie, le Liban, la Jordanie, la moitié de la Syrie et le tiers de l’Irak, le Sinaï et le delta du Nil… et 20 % du territoire saoudien ?
Ces propos, qui résonnent comme une provocation sans précédent dans l’histoire de la diplomatie américaine au Proche-Orient, ont été dénoncés unanimement par l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Oman, le Liban, la Palestine, la Turquie, l’Indonésie, le Pakistan, ainsi que par l’Organisation de la coopération islamique (OCI), la Ligue des États arabes (LEA) et le Conseil de coopération du Golfe (CCG).
Du point de vue de ces pays, si la Maison-Blanche ne désavoue pas son ambassadeur, alors les propos de Mike Huckabee remettront en cause des décennies de partenariats de sécurité, de partage de renseignements, d’accords sur les bases militaires, de coordination énergétique… et leur alignement diplomatique avec les États-Unis.
Car les dirigeants des pays du Golfe s’exposeront à des accusations de trahison de la part de leurs citoyens, de leurs rivaux politiques, des religieux et des médias locaux.
Certains d’entre eux sont à la merci d’opposants politiques anti-américains et anti-israéliens qui guettent le moindre faux pas pour tenter de les renverser.
Mais surtout, la posture de relative neutralité des pays de la région concernant le dossier iranien pourrait évoluer rapidement : après un éventuel renversement du régime des mollahs… à qui le tour d’être désigné comme cible stratégique, pour le pétrole, pour le gaz, pour un accès au Golfe Persique, à la mer Rouge ?
Donald Trump risque, d’un côté, de perdre la confiance des créanciers des États-Unis et de ses alliés historiques au Proche-Orient, au moment même où il se prépare — c’est lui-même qui l’affirme — à frapper militairement l’Iran si le régime des mollahs ne se plie pas aux exigences américaines… et beaucoup y voient surtout celles de Tel-Aviv depuis les déclarations de Mike Huckabee.

2 commentaires
J’ai écouté l’interview de Calson et je dois dire qu’il a su garder son calme et son sang froid devant tant de mensonges et de négation de la réalité de la part de cet ambassadeur qui n’est rien d’autre que l’ambassadeur d’Israel en Israel.
Tellement sur de lui dans sa pathologie qu’il ne se rend pas compte qu’il fait plus de mal que de bien à Israel qu’il chérit plus que les US.
Quand on connaît un peu Carlson, il n’avait aucune raison de perdre son calme, je pense qu’il doit être d’accord avec la majeure partie, sinon la totalité, des affirmations d’Huckabee.