Sous couvert de rééquilibrer les échanges mondiaux, Washington cherche à faire financer son modèle économique par l’épargne étrangère. Mais ils risquent de se heurter à la résistance de la Chine et de leurs alliés.
Nous avons du mal à comprendre comment le « Great Reset » (la grande réinitialisation monétaire) ou encore l’accord de Mar-a-Lago pourraient être autre chose qu’une vaste arnaque.
Prenons un exemple simple : nous voulons un four grille-pain. Nous allons chez Walmart et en achetons un, fabriqué en Chine. Nous payons en dollars – de simples reconnaissances de dette émises par le gouvernement américain. La banque centrale chinoise se retrouve alors avec cet argent.
Or relativement peu de Chinois achètent des fours à micro-ondes fabriqués aux Etats-Unis. Résultat : la banque centrale chinoise accumule bien plus de reconnaissances de dette américaines que la Réserve fédérale n’en détient en yuans chinois.
Comme les Etats-Unis peuvent imprimer à volonté ces reconnaissances de dette, et que les étrangers les acceptent comme réserve financière presque « aussi bonne que l’or », les déséquilibres se creusent. Ils augmentent aujourd’hui de près de 1 000 milliards de dollars par an.
Ainsi, les étrangers « arnaquent » les Américains en produisant des biens de meilleure qualité, moins chers… tout en « prenant leurs emplois » en acceptant des salaires plus bas que les leurs.
La conséquence : d’immenses montagnes de reconnaissances de dette (issues des excédents commerciaux) stockées à l’étranger et des usines vides et rouillées aux Etats-Unis. Les mères rêvent désormais que leurs fils travaillent dans la finance, et non plus dans l’industrie, car c’est là que circule l’argent.
Les gestionnaires de fonds et les spéculateurs figurent désormais parmi les personnes les plus riches du pays. Ils financent les universités et les politiciens, et possèdent les belles demeures qui étaient autrefois celles des industriels.
Pendant des années, ce système a semblé convenir à tout le monde. Les Américains obtenaient ce qu’ils voulaient, en payant avec du papier presque gratuit des biens et services bien réels.
Et que faisaient les étrangers de ces dollars ? Ils achetaient ce qu’ils voulaient aux Etats-Unis. Le reste était recyclé dans les bons du Trésor, finançant ainsi le gouvernement américain.
Les Allemands vendaient leurs voitures. Les Français écoulaient leurs parfums. Et les Chinois, eux, ont vendu tant de produits qu’ils ont connu la croissance la plus rapide de l’histoire moderne. En une génération, ils sont passés du statut de pays parmi les plus pauvres du monde à celui de puissance économique majeure, sortant près d’un milliard de personnes de la misère et les installant dans des voitures électriques BYD. Sur le plan politique, ils sont également passés d’un peuple opprimé, contraint à une politique de l’enfant unique, à une société où les familles choisissent librement… mais ne veulent toujours qu’un seul enfant.
Cependant, ces reconnaissances de dette n’étaient pas seulement omniprésentes : elles étaient aussi peu fiables. La politique officielle de Washington consistait à les déprécier d’environ 2 % par an. Aujourd’hui, l’inflation avoisine 3 %, et le rendement réel d’un bon du Trésor à 10 ans dépasse à peine 1 %. Depuis le début du siècle, le dollar a officiellement perdu près de la moitié de sa valeur.
Les détenteurs étrangers de dollars commencent à s’inquiéter et se montrent de moins en moins enclins à acheter la dette américaine. Car, si l’encours de cette dette peut croître sans limite, les intérêts de la dette doivent être payés par l’économie réelle. Aux Etats-Unis, les intérêts sur la dette nationale dépassent désormais 1 000 milliards de dollars par an, soit plus que le budget de la défense. Les déficits atteignent 7 % du PIB – un niveau comparable à celui de l’Argentine.
Cette situation ne pouvait durer. Le coût du service de la dette devenait insoutenable. Et toute tentative de baisse des taux, censée l’alléger, risquait de déclencher une flambée de l’inflation.
Que faire ?
C’est là qu’entrent en scène Stephen Miran et Scott Bessent.
La solution honnête est évidente : réduire les dépenses, se serrer la ceinture… rembourser les dettes solvables, faire défaut sur les autres. Et surtout, abandonner le dollar papier qui a faussé toute l’économie mondiale. Revenir à l’étalon-or, ou du moins, à une monnaie ancrée dans la production réelle.
Mais Miran et Bessent ont un autre plan : faire payer les étrangers.
Ils ont compris que les pays étrangers sont tellement habitués à accepter les reconnaissances de dette américaines qu’ils seraient pris au dépourvu si les dollars cessaient d’affluer. Leur proposition est simple : si vous voulez continuer à faire des affaires avec nous, vous devez réinvestir ces dollars dans notre économie, et nous prendrons 90 % des bénéfices.
C’est, à notre avis, l’état actuel des choses. Les discussions visent à créer un fonds souverain américain… alimenté par l’argent des étrangers.
Que va-t-il se passer ?
La Chine dira « non » – ou l’équivalent chinois de « allez vous faire voir ». Elle ajoutera : « Si vous voulez nos métaux, cessez de nous donner des ordres. » Les Etats-Unis reculeront. D’autres pays, dépourvus de ressources stratégiques, n’auront pas ce luxe. La plupart diront « oui », ou son équivalent résigné : « Nous n’avons pas le choix. »
L’équipe Trump proclamera une victoire éclatante.
Mais dire n’est pas faire. Un accord commercial obtenu sous la contrainte ne vaut guère plus que des aveux extorqués sous la torture. Combien, quoi, quand, comment ? Les détails donneront lieu à d’interminables négociations et à une corruption sans fin. Finalement, très peu d’investissements réels verront le jour.
Dirigé par des considérations politiques plutôt qu’économiques, le système ne produira presque rien de rentable. Et les étrangers chercheront d’autres partenaires commerciaux.
1 commentaire
Vision réaliste mais incomplète des choses , ……les innovations et les monopoles US (Google, Amazon, Nvidia etc….) des titans qui ont des plans de développements et pour lesquels je ne vois pas de concurrence, ni chez nous ni en Chine mais eux ne divulguent jamais rien et ne sont plus à la traîne comme avant parce qu’ils ont introduit leurs ingénieurs dans les sociétés US et pompent tout ….d’où l’action de Trump toute récente d’interdire les ingénieurs chinois dans les sociétés US.
N’oublions pas que les ricains ont volé des milliers de brevets ….ils peuvent nous sortir une techno aussi révolutionnaire qu’Internet dans un claquement de doigt et Trump maîtrise tout ça.