À Wall Street, le chaos est une source de profits. Tandis que la guerre en Iran déstabilise les marchés et fragilise le transport aérien, les grandes banques américaines engrangent des bénéfices record et les fonds de private equity rachètent à bon compte les entreprises malmenées. JPMorgan et Apollo illustrent une même réalité : en période de crise, les pertes des uns deviennent vite les opportunités des autres.
Aux États-Unis, les banques enregistrent des bénéfices record sur fond de guerre en Iran. Elles profitent notamment des besoins de financement des entreprises et de l’intensification des activités sur les marchés financiers.
Quartz rapporte :
« Cinq des plus grandes banques américaines ont dégagé, ensemble, 49 milliards de dollars de bénéfices trimestriels, ce mardi [7 juillet], profitant d’une hausse de l’activité de trading, du nombre d’introductions en Bourse et d’un rebond des activités de financement au deuxième trimestre. »
JPMorgan, la plus grande banque de Wall Street, représente à elle seule près de la moitié de ce montant. Elle a bénéficié de résultats exceptionnels dans ses activités de financement, des opérations réalisées par ses clients investisseurs et des plus-values sur les titres d’entreprises détenus en portefeuille.
Quartz poursuit :
« JPMorgan a annoncé un bénéfice record de 21,2 milliards de dollars au deuxième trimestre, le plus élevé de son histoire, avec des performances inédites dans l’ensemble de ses activités. Hors plus-value de 4,6 milliards de dollars sur sa participation dans Visa et gain de 1 milliard de dollars sur d’autres titres détenus en portefeuille, son bénéfice atteint 16,9 milliards de dollars. Les revenus issus des activités de marché ont progressé de 86 % sur un an, pour atteindre 6 milliards de dollars, tandis que les commissions liées aux activités de financement ont augmenté de 30 %, à 3,3 milliards de dollars, leur niveau le plus élevé depuis 2021. »
La progression des bénéfices des grandes banques fait partie des conséquences de la guerre en Iran. La confusion, les revirements et les surprises qui entourent le conflit provoquent une forte hausse de l’activité des investisseurs. Dans le même temps, la Bourse américaine continue d’inscrire de nouveaux sommets, portée notamment par l’envolée des valeurs technologiques. Cette progression stimule les prêts accordés aux investisseurs, ainsi que les activités de financement des entreprises.
Matt Levine, analyste chez Bloomberg, détaille les trois mécanismes qui permettent aux banques d’accroître leurs bénéfices :
« Les grandes banques gagnent de l’argent grâce aux activités de leurs clients sur les marchés financiers, selon trois grandes approches.
Les clients des banques souhaitent réaliser des opérations sur les marchés financiers, et les banques leur fournissent des services d’intermédiation. Cette activité est appelée ‘tenue de marché’ — ou market making — et elle génère généralement le plus de revenus lorsque les marchés connaissent d’importants remous.
Les clients des banques souhaitent emprunter pour financer leurs opérations boursières et utilisent leurs titres comme garanties. Cette activité fonctionne particulièrement bien lorsque le prix des actifs augmente.
Les entreprises souhaitent également lever davantage de fonds en émettant des titres, par exemple dans le cadre d’une introduction en Bourse. Cette activité tend elle aussi à être plus rentable lorsque les marchés progressent, notamment durant les périodes de relative tranquillité. Les entreprises cherchent en effet à émettre des titres après une hausse de leur valorisation et lorsqu’elles pensent disposer d’une ‘fenêtre ouverte’, sans risque immédiat de mauvaise surprise. »
Les conditions de marché et les remous provoqués par la guerre en Iran constituent ainsi une véritable manne pour les activités de financement et les services d’intermédiation destinés aux investisseurs.
Rachat d’easyJet : les opportunités créées par la guerre
Les fonds de private equity profitent eux aussi des incertitudes liées à la guerre pour rechercher de nouvelles opportunités.
Les offres de rachat visant la compagnie aérienne easyJet ont ainsi entraîné une hausse de près de 100 % du titre depuis le mois de mai.
Comme vous pouvez le constater ci-dessous, le cours de l’action avait d’abord reculé en début d’année, sous l’effet des inquiétudes concernant les conséquences de la guerre en Iran sur les marges de la compagnie et les ventes de billets. Cette baisse a attiré l’attention de plusieurs fonds de private equity, parmi lesquels Castlelake, spécialiste du secteur aérien, et Apollo, l’un des plus grands gestionnaires d’actifs au monde, avec près de 1 000 milliards de dollars sous gestion.

La direction d’easyJet envisage désormais de conclure un accord avec Apollo, dont l’offre de rachat atteint 5,7 milliards de livres sterling. Apollo a également apporté des garanties contre une éventuelle vente à la découpe de la compagnie.
Le Revenu explique :
« Apollo s’est également engagé à maintenir la stratégie de développement d’easyJet, notamment la modernisation de sa flotte, le développement d’easyJet Holidays et le maintien des accords de licence de marque conclus avec easyGroup, la société du fondateur Stelios Haji-Ioannou. »
Les fonds de private equity anticipent un rebond des résultats après les perturbations des déplacements provoquées par la guerre en Iran. Ils misent également sur une amélioration des marges, favorisée par une éventuelle baisse des prix de l’énergie.
Comme le montrent les données d’Eurocontrol, après avoir ralenti au début de la guerre en Iran, le trafic aérien repart à la hausse en Europe. Le tableau de bord indique le nombre de vols, ainsi que leur évolution par rapport à 2025. Après une période de repli entre avril et mai, le nombre de vols progresse à nouveau depuis deux mois par rapport aux niveaux enregistrés en 2025.
Les investissements engagés à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle témoignent aussi des anticipations d’une hausse durable du trafic aérien.
L’aéroport de Beauvais, situé à proximité de la capitale, reçoit davantage de demandes de créneaux de la part des compagnies, notamment dans le secteur du low-cost. Ses opérateurs — un consortium réunissant notamment la Caisse des Dépôts et Bouygues Construction — préparent ainsi 180 millions d’euros d’investissements afin d’accompagner l’augmentation du trafic.
Ouest-France rapporte :
« L’aéroport de Beauvais a pris son envol depuis 1997 et la mise en place des premières liaisons low cost de Ryanair. De 200 000 passagers, il est passé à 4 millions en 2019 et à 6,7 millions aujourd’hui. Problème : les infrastructures ne sont plus adaptées, estime le groupement Bellova, qui a repris la concession en octobre 2024. D’où un vaste projet de modernisation à 180 millions d’euros. Au programme : fusion des deux terminaux, multiplication de l’offre commerciale, parkings supplémentaires, déplacement de la gare routière, nouvelles bretelles de taxiway permettant une rotation plus fluide des avions, etc. L’objectif affiché est d’atteindre 9 millions de passagers par an. »
En résumé, Apollo a vu dans le transport aérien une opportunité après la baisse des cours provoquée par les inquiétudes entourant la guerre en Iran. Le fonds mise sur l’augmentation du nombre de vols en Europe au cours des prochaines années, ainsi que sur une amélioration des marges grâce à des gains d’efficacité et à une éventuelle baisse des prix de l’énergie.
Après avoir fait reculer les cours et nourri les inquiétudes quant à ses conséquences économiques, la guerre en Iran contribue aujourd’hui aux bénéfices records des grandes banques. Ces incertitudes créent également des opportunités pour les fonds de private equity, comme l’illustre le projet de rachat d’easyJet.
Entreprises et investisseurs cherchent ainsi à tirer profit des perturbations provoquées par la guerre et des brusques changements d’humeur des marchés au gré des nouvelles concernant le conflit.
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