Après avoir chuté de plus de 20 % depuis son record de janvier, l’or est officiellement entré en marché baissier. Mais pour Jim Rickards, cette correction ne remet pas en cause la tendance de fond : elle pourrait au contraire offrir l’un des meilleurs points d’entrée avant une nouvelle envolée vers les 5 000 $, puis les 10 000 $ l’once.
Où va l’or ?
C’est la question que se posent ceux qui investissent dans le métal jaune.
Le cours de l’or en dollar a atteint un plus haut historique de 5 355 $ le 29 janvier. (Cours de clôture du contrat à terme sur l’or négocié à New York. Certains cours intrajournaliers et d’autres sources indiquent un pic légèrement plus élevé.) Vendredi dernier, l’or a clôturé près de 4 220 $ l’once.
Cette baisse de 20,8 % en moins de cinq mois est conforme à toutes les définitions d’un marché baissier.
Ce marché baissier va-t-il s’aggraver ? Ce sommet de 5 355 $ sera-t-il suivi par des mois, voire même des années, d’un lent mouvement de baisse ?
Pour répondre à cette question, nous devons répondre à quelques autres.
Que nous enseigne l’histoire ?
Il n’y a pas vraiment eu de marchés haussiers ou baissiers de l’or avant 1971. La valeur du dollar était fixée en fonction du poids de l’or : 20,67 $ l’once de 1900 à 1933, puis 35 $ l’once de 1933 à 1971. Ce cours fixe a été modifié par des ordres exécutifs et ratifié par la législation, en 1933-1934, mais l’idée d’un taux de change fixe a persisté.
Ce n’est qu’en 1971, quand le président Nixon a mis fin à la possibilité, pour les partenaires commerciaux étrangers des États-Unis, de convertir leurs dollars en or à un taux fixe, que s’est ouverte l’ère de la libre fluctuation du cours de l’or.
Le premier grand marché haussier (« bull market ») s’est déroulé de 1971 à 1980, période à laquelle l’or a grimpé de 35 $ à 800 $ l’once, soit un rally de 2 200 %. Ce bull market de l’or a été suivi d’un marché baissier (« bear market »), qui s’est prolongé de 1980 à 1999, au cours duquel l’or a baissé de 800 $ à 250 $ l’once, soit une baisse de 69 %.
Puis est arrivé un nouveau marché haussier – de 1999 à 2011 – au cours duquel l’or a opéré un rally de 250 $ à 1 900 $ l’once, soit un gain de 670 %. Et le deuxième marché baissier est arrivé, l’or chutant de 1 900 $ à 1 050 $ l’once dès le mois de décembre 2015, soit une baisse de 45 % entre le pic et le creux.
Nous assistons actuellement au troisième grand bull market post-1971, l’or ayant évolué de 1 050 $ à 5 355 $ l’once, soit un gain de 410 % sur 12 ans.
Il est clair que l’or est volatil et peut produire de long marchés baissiers, de même que des rallys spectaculaires. Mais le scénario à long terme est impressionnant. Si l’on prend toute la période de 1971 à 2026, l’or a progressé de 35 $ à 5 355 $ l’once (avant le repli actuel), soit un gain cumulé de 15 200 %.
C’est un rendement fantastique, considérant que l’or ne peut faire ni faillite ni défaut, contrairement aux entreprises qui émettent des actions et des obligations.
La partie suivante de l’analyse fait référence à quelque chose que m’a dit Jim Rogers, en 2012, alors que l’or traversait son deuxième marché baissier. Jim Rogers est l’un des plus brillants traders de matières premières de tous les temps ; il a cofondé le Quantum Fund avec son associé George Soros. Il m’a raconté qu’aucune matière ne « flambait » sans une baisse de 50 % en cours de route. Les investisseurs qui ne sont pas préparés à ce type de volatilité et à ce type de plongeon ne devraient pas se risquer sur ce marché.
Ses paroles ont été prophétiques.
Si l’on prend le cours de 250 $ l’once de 1999 comme point de départ, et le pic à 1 900 $ l’once de 2011, l’or avait progressé de 1 650 $ l’once au cours du précédent marché haussier. En appliquant la règle des 50 % de Rogers, on obtient une baisse de 825 $. En soustrayant 825 $ de 1 900 $, on obtient un plus bas de 1 075 $.
Or, le 15 décembre 2015 – quelques années après cette conversation –, l’or a atteint un plus bas à 1 050 $ l’once, soit à moins de 2,3 % de l’objectif fixé par Rogers, confirmant ainsi parfaitement sa prévision d’une baisse de 50 %. L’or a amorcé son grand rally suivant précisément à partir de ce niveau, et il n’a pas cessé de progresser, depuis.
En théorie de la complexité et en mathématiques fractales, il existe un concept appelé invariance d’échelle [NDLR : un phénomène conserve des caractéristiques similaires, quelle que soit l’échelle à laquelle on l’observe]. Cela signifie que les schémas de cours se répètent de façon identique, mais à une échelle et sur des périodes différentes. Cela veut simplement dire qu’un graphique boursier sur une semaine peut paraître quasiment identique à un graphique boursier sur dix ans, ajusté du temps et du niveau de l’indice.
Appliquons la règle de la baisse de 50 % de Jim Rogers en nous servant des fractales.
On peut raisonnablement dater le début du marché haussier actuel au 1er octobre 2023, à un cours de 1 845 $ l’once. (Les cours de l’or ont relativement peu évolué entre 2019 et 2023.) Le marché a enregistré un pic à 5 355 $ en janvier 2026. Le gain en dollars, sur cette période, s’est élevé à 3 510 $ l’once.
Une baisse de 50 % de ce montant représente 1 755 $ l’once. Si l’on soustrait ce montant de 5 355 $, on obtient un cours de 3 600 $ l’once, ce qui correspondrait à la baisse de 50 % prévue par la méthode Rogers en s’appuyant sur les mathématiques fractales.
Le véritable plus bas a été atteint le 11 juin, à 4 110 $ l’once, avant que le cours ne commence à se redresser. Ce cours de 4 100 $ représentait une baisse de 23,2 % par rapport au récent plus haut, mais de 35,5 % si l’on considère uniquement le gain enregistré entre 2023 et 2026.
Autrement dit, que l’on considère la baisse en dollars ou le recul en pourcentage, son ampleur est comparable – sans être nécessairement identique – à celle d’une correction classique des matières premières du type décrit par Jim Rogers, et qui précède souvent une nouvelle phase de hausse.
La cause de la baisse de l’or est simple.
La flambée du cours du pétrole, passé de 60 $ le baril avant la guerre en Iran à 115 $ le baril début avril (et bien plus haut sur les marchés physiques au comptant), a provoqué une frénésie d’achat de pétrole, laquelle a entraîné une quête frénétique de dollars américains, puisque c’est la devise du pétrole.
Tous les discours concernant la mort des pétrodollars étaient prématurés. Le système du pétrodollar est plus solide que jamais, et ceux qui prédisaient la fin du dollar américain en tant que principale monnaie de réserve ont eu tort une fois de plus.
Quand les pays ont désespérément besoin de dollars, ils vendent de l’or pour s’en procurer, ce qui fait baisser les cours de l’or. Plusieurs facteurs viennent amplifier le mouvement, notamment le déclenchement des ordres stop, qui provoquent de nouvelles ventes, lesquelles déclenchent à leur tour d’autres stops, alimentant ainsi une spirale baissière. Les traders axés sur le momentum [NDLR : qui misent sur une tendance déjà engagée] entrent alors dans la partie et accentuent encore la baisse en multipliant les ventes.
Toutes ces dynamiques (hausse du cours du pétrole en dollars, ventes d’or forcées et trading axé sur le momentum) finissent toutes par s’essouffler.
Les cours du pétrole baissent sur l’anticipation de la fin de la guerre en Iran. Les vendeurs à découvert ont clôturé leurs trades. Les traders axés sur le momentum encaissent leurs gains. Les investisseurs indécis ont vendu et sont passés à autre chose.
Le cours de l’or pourrait baisser encore jusqu’à 3 600 $ l’once – résultat purement fractal – ou établir un plus bas à 4 110 $, illustrant une fois encore la nature volatile des trades portant sur les matières premières en général et sur l’or en particulier.
Si vous détenez de l’or, conservez-le. Si vous souhaitez en acheter, le cours actuel offre un excellent point d’entrée.
Les investisseurs pourraient réaliser des gains considérables, au cours des mois et années à venir, alors qu’un nouveau marché haussier se mettra sur pied et que l’or franchira de manière décisive la barre des 5 000 $, avant de s’orienter vers les 10 000 $ l’once, et probablement au-delà.
