Guerre de Trump contre Bombardier : les consommateurs paient

Rédigé le 19 octobre 2017 par | Investissement, Liberalisme Imprimer

Trump a déclaré la guerre aux avionneurs concurrents de Boeing. Ce faisant, il pénalise ses propres électeurs qui subiront les hausses de prix résultant des droits de douanes.

Fin septembre, le Département du commerce américain a publié un communiqué dans lequel il a annoncé de nouvelles taxes douanières sur les importations d’avions canadiens.

La description « détermination du droit des importations de véhicules aériens de grande portée de 100 à 150 sièges du Canada » est transparente pour toute personne intéressée par l’aviation civile. Les avions canadiens de 100 à 150 sièges actuellement produits par Bombardier et Airbus rivalisent sur le marché américain avec Boeing.

La compagnie aérienne américaine Delta, qui a commandé 75 jets C-Series de Bombardier, ne serait pas en mesure d’acheter ces avions si la taxe douanière américaine de 220% était imposée. Delta a affirmé que Boeing ne produit pas d’avion comparable, raison pour laquelle la compagnie américaine a préféré acheter le concurrent canadien.

Cette taxe pourrait amener le producteur canadien à de grandes difficultés financières, car il triplerait le prix du C-Series et mettrait en danger des milliers d’emplois au Canada, en Irlande du Nord, au Royaume-Uni, autour de Belfast, qui produit les ailes de ces avions.

Le Premier Ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé « les mesures protectionnistes et sans fondement de Boeing », arguant que le gouvernement canadien ne veut pas « faire affaire avec une entreprise qui nous attaque et veut licencier des dizaines de milliers de personnes. »

Le gouvernement américain prend clairement parti entre ces grandes entreprises et rend les relations commerciales avec ses partenaires les plus proches difficiles. Le Canada et le Royaume-Uni auront un intérêt majeur dans l’établissement de relations commerciales mutuellement bénéfiques, surtout une fois que la Grande-Bretagne aura quitté l’Union européenne.

La participation de Bombardier sur le marché est un atout majeur pour la concurrence des prix et la promotion de l’innovation. Les Etats-Unis ont dominé l’économie mondiale parce qu’ils ont pu commercialiser de manière compétitive et avec des produits innovants. Si l’administration laisse les productions d’aéronefs dans la main d’une seule entreprise, elle retire l’obligation d’innover afin de réussir.

Ecarter Bombardier du marché peut entraîner des coûts plus élevés pour les compagnies aériennes et leurs passagers qui deviendraient victimes d’augmentations de prix.

Bombardier a annoncé que la commande des C-Séries va être reprise par Airbus, stratégie par laquelle la compagnie canadienne espère plus de « sécurité » sur ses commandes américaines. Là encore, les taxes douanières mènent à une distorsion du marché.

Les taxes douanières sont à la fois arbitraires et régressives

Dans une étude sur les taxes douanières américaines datant de janvier, les économistes américains Jason Furman, Katheryn Russ et Jay Shambaugh concluent :

« Selon cette analyse initiale, il semble que les taxes douanières soient imposées de manière régressive – en partie parce que les dépenses sur les biens échangés représentent une part plus élevée des revenus et de la consommation (hors logement) dans les ménages à faible revenu […]« .

Le document indique que les catégories de revenus les plus faibles sont, à causes de ces taxes douanières, taxées de 1,5% du revenu par foyer après impôt, ce qui est proportionnellement plus élevé que pour les autres classes de revenu. Pour les foyers à revenu élevé, ce pourcentage est inférieur à 0,3%.

A l’ère de l’aviation bon marché, les Etats-Unis devraient soutenir des marchés concurrentiels et innovants sans nostalgie des réalisations technologiques passées.

Entreprises et consommateurs profitent toujours de plus, et non pas de moins, de libre échange.

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Bill Wirtz
Bill Wirtz

Bill Wirtz est analyste de politiques pour le Consumer Choice Center. Ses articles sont publiés par Le Monde, Le Figaro, Les Echos, Le Soir, La Libre Belgique et L’Echo.

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