La semaine de la sensibilisation au Krach

Rédigé le 28 février 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Une opportunité s’offre à vous, cher lecteur…

A Los Angeles, une belle demeure clé en main est à vendre. Elle possède sept chambres et 1 822 m² d’espace habitable.

Elle est vendue avec une Lamborghini Aventador et une Rolls-Royce Dawn dorées.

Vous disposerez également d’une cave à vin, d’une piscine et de tous les équipements stupides auxquels succombent facilement les gens riches.

Son prix ? 100 M$.

Oh, et elle contient quelques oeuvres de Damien Hirst, considérées comme de l’art.

Le promoteur dit qu’il en a une autre en construction dans le quartier de Bel-Air, qu’il a l’intention de vendre 500 M$.

Un luxe démesuré qui colle avec le sommet d’un cycle

Que devons-nous en penser ?

Qui sait ? Ce n’est pas au creux d’un cycle d’expansion/récession que l’on constate ce type de luxe démesuré, mais plutôt lorsqu’il atteint un sommet.

Il existe un risque de krach et/ou de récession depuis des années. Mais il semblerait qu’il s’intensifie.

Les indices de l’immobilier montrent que les prix sont revenus à leurs plus-hauts historiques de 2006. Les transactions immobilières spéculatives ont également renoué avec leur pic antérieur, 6% des ventes totales étant attribuées à ces spéculateurs, par rapport aux 7% enregistrés en 2006.
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Pour les locaux commerciaux anciens, le tableau se noircit rapidement. D’après Bloomberg :

Une vague de saisies judiciaires de magasins est sur le point de frapper les Etats-Unis, et le résultat pourrait se révéler catastrophique pour des centaines de centres commerciaux de deuxième catégorie.

Vendredi, J.C.Penney a annoncé la fermeture de 140 magasins au cours des deux prochains mois.

Cela intervient dans le prolongement de la décision de Macy’s et Sears de fermer un ensemble de 218 magasins au premier semestre de cette année. D’autres chaînes de boutiques situées dans des centres commerciaux, notamment American Apparel, The Limited, Bebe, BCBG et Payless ont également annoncé récemment qu’elles fermaient pratiquement tous leurs magasins.

Prenons aussi le ratio cours/bénéfice (corrigé des variations cycliques) relatif au S&P 500. Il rapporte les cours par rapport à la moyenne sur 10 ans des résultats corrigés de l’inflation, afin de « lisser » les fluctuations annuelles de ces résultats.

Selon cette évaluation, le cours des actions n’a été aussi élevé qu’en 1929, 1999 et 2007 : chaque fois avant des krachs majeurs.

Au sein du marché des technologies, il règne une certaine extravagance. Le magazine Forbes a répertorié 175 « licornes » en 2016 : ces nouvelles sociétés qui n’ont pas fait leurs preuves et qui valent plus d’un milliard de dollars.

L’une d’elles se nomme à juste titre Farfetch [NDR : « tiré par les cheveux », littéralement]. Il s’agit d’un site basé à Londres et qui propose… des vêtements.

Selon The Economist, « Farfetch souligne qu’elle puise ses origines dans les boutiques traditionnelles », ce qui permet aux détaillants indépendants de « conserver leur identité, tout en boostant leur positionnement sur le marché ».

La société n’a jamais gagné un sou…

De mauvaises perspectives et des résultats déjà en baisse

En attendant… les résultats enregistrés sur le S&P 500 ont baissé sur cinq trimestres d’affilée, et sont désormais plus faibles qu’il y a quatre ans.

Et les perspectives sont mauvaises. Quels que soient les avantages anticipés avec la baisse de la fiscalité des entreprises, ils seront certainement éclipsés par une hausse du coût du travail et le resserrement des marges.

Dans certains secteurs tels que l’agriculture et la construction, des immigrés sans papiers réalisent plus de 10% du travail.

Les agriculteurs vont être durement touchés, en particulier. Leurs exportations seront pénalisées par un dollar renforcé et des barrières douanières instaurées en représailles. En outre, leurs coûts vont augmenter à mesure que la main-d’oeuvre la moins chère disparaîtra.

Le nombre d’heures travaillées baisse également. De même que les salaires réels.

La moitié des Américains vivent déjà au jour le jour. Avec des salaires moins élevés, ils vont devoir réduire leurs dépenses rapidement.

Les impayés sur les crédits automobiles sont plus élevés que jamais depuis 2008. Le prix des voitures d’occasion a baissé de 10% par rapport aux niveaux enregistrés il y a trois ans.

Les ventes de voitures neuves marquent le pas. Les concessionnaires ont augmenté les remises de plus de 20%, l’an dernier.

La multiplication des cartes de crédit est un signe de désespoir

Voici un autre signe désespoir : les gens peu solvables prennent encore plus de cartes de crédit. Voici ce que déclare la Fed :

Près de la moitié de toutes les résiliations de cartes, en 2010 et 2011, venaient d’emprunteurs dont la solvabilité était notée au-dessous de 660, voire moins [toute note inférieure à 660 déclenchant un signal d’alarme], bien qu’ils ne représentent que 33% des utilisateurs de cartes de crédit. Compensant le net déclin du nombre de cartes de crédit en 2008-2010… les émissions de nouvelles cartes de crédit en faveur de ce groupe se sont renforcées ces toutes dernières années et se rapprochent désormais des niveaux antérieurs à la récession.

Et pour la première fois depuis 10 ans, la Federal Housing Administration [NDR : administration fédérale du logement] enregistre une hausse des impayés sur les prêts immobiliers.

Les emprunts étudiants ont franchi la barre des 1 300 Mds$.

Le nombre de faillites personnelles a augmenté le mois dernier.

Le déficit commercial a retrouvé ses niveaux de 2008.

Et, enfin, l’inflation est en hausse. Officiellement, elle a affiché 2,5% au cours des 12 derniers mois. D’autres indicateurs estiment qu’elle est beaucoup plus élevée. Rappelez-vous, l’intégralité du système dépend de taux d’intérêt bas… qui dépendent de taux d’inflation bas.

La crise ? Pas encore. Mais ici, à La Chronique, c’est la semaine de la sensibilisation au krach.

Voir aussi notre série « 30 preuves de la plus grosse bulle de tous les temps« .

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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