Des relations enfin parfaites

Rédigé le 3 octobre 2018 par | Chronique, Politique et vie quotidienne Imprimer

L’Etat prétend désormais contrôler les relations hommes femmes et fixer les bonnes pratiques.

Qu’est-ce qui n’allait pas, avec les milliers de générations qui nous ont précédés ? Avec tous leurs anciens rituels pour faire la cour : s’asseoir sur la terrasse, la présence de chaperons et se conter fleurette ?

Qu’elles devaient être stupides, ces générations ! Il a suffi d’un seul groupe d’étudiants de Yale, et de quelques décennies pour méditer sur leurs expériences… Maintenant, nous disposons enfin de « bonnes pratiques » pour que les hommes et les femmes puissent s’accorder.

Les jeunes étudiants de Yale, dans les années 1970 et 1980 étaient apparemment aussi perturbés que tout le monde. Après cette soirée au cours de laquelle Brett Kavanaugh se serait exhibé… personne n’a fui vers une université plus civilisée, ne s’est plaint au Doyen, ou n’a même quitté la soirée, écœuré.

Puis pas plus tard qu’en 1999, lorsque Juanita Broadbrick a accusé de manière crédible Bill Clinton de l’avoir violée (pas simplement de l’avoir touchée ou de s’être exhibé), la presse l’a traitée comme une moins que rien.

Juanita n’avait pas fréquenté Yale mais l’école d’infirmière de Sparks. On était encore dans les années 1990 : les médias et l’élite adoraient tellement Clinton que toutes ses frasques importaient peu.

La voie de la perfection humaine enfin ouverte par l’Etat

Mais maintenant, la voie vers la perfection humaine est ouverte. C’est l’Etat qui décide comment les hommes et femmes doivent se traiter, et de tout le reste.

Les meutes du FBI sont sur le coup et devraient prolonger ce spectacle quelques jours encore… tandis que les factions de l’élite se battent pour le pouvoir et un statut.

L’un des camps veut que cet homme siège à la Cour. L’autre profite de l’occasion pour exhiber son angoisse existentielle égocentrique… Et se venger de ses camarades de classe ivres, pour des insultes délivrées il y a une génération.

Alors que ce spectacle désolant se déroulait, près de 100 000 personnes sont mortes de faim dans le monde… l’Etat s’est endetté de 2,7 milliards de dollars de plus… environ 400 Américaines ont été violées… et nous nous sommes rapprochés de 24 heures d’un effondrement économique catastrophique.

D’ici quelques années, même si la concurrence est rude au sein de l’équipe de Trump, tout ce spectacle restera gravé comme un moment de grand embarras national, à l’image de la Prohibition ou de Tom Friedman.

Nous devons retrouver notre sens de l’humour… nous tourner vers de nouvelles absurdités… et les observer selon une nouvelle perspective.

Oui, nous sommes de nouveau au Ranch, en Argentine. Nous avons parcouru la route poussiéreuse de Molinos jusqu’ici, samedi, et pris une auto-stoppeuse : une femme d’une trentaine d’années, qui n’avait plus ses dents de devant.

« Où allez-vous ? » lui avons-nous demandé.

« En haut », a-t-elle répondu.

La conversation en est restée là. Nous avons essayé de lui demander qui elle était et ce qu’elle faisait (c’est une petite vallée), mais nous n’avons rien compris.

Plus tard, nous avons décrit cette rencontre à notre gouvernante, qui a répondu :

« Oh, ce devait être Veronica. Elle est folle. »

Nous avons déposé Veronica près d’un groupe de petites maisons en torchis, puis avons continué à grimper, grimper, grimper… jusqu’au bout de la vallée, où s’achève la route telle qu’elle est.

Là, au pied de la grande montagne, le Rebenque, nous allions retrouver notre ferme… l’école… l’église… et le petit village connu sous le nom de Gualfin, qui signifie « au bout du chemin ».

Vue de Gualfin depuis le perron

 

Ici, c’est le début du printemps. Les vignes et les arbres bourgeonnent. Mais c’est également terriblement sec, avec des bourrasques de vent qui aspirent l’humidité de chaque chose.

La route – pas grand-chose d’autre que de la terre et du gravier – s’étend par-dessus les collines, traverse les lits de rivière asséchés et contourne les rochers et les montagnes. Ensuite, elle traverse un pont (construit il y a quelques années seulement : lorsque nous sommes arrivés, il fallait espérer que l’eau ne soit pas trop haute pour pouvoir traverser), puis amorce sa longue ascension jusqu’au ranch.

La longue route de Gualfin

 

Autrefois, un panneau bancal et tout desséché indiquait la direction du ranch. Il avait l’air mélancolique et oublié… comme s’il signalait un cimetière abandonné.

Mais à présent, il est tombé, ou bien il a été emporté. Aujourd’hui, il faut savoir où on va, c’est tout. Au début, avant de bien connaître la route, nous regardions les formations rocheuses qui nous faisaient penser à un navire de guerre.

Les enfants criaient « navire de guerre » et nous savions qu’il fallait tourner à gauche. Parfois, à notre arrivée, la piste avait été ravinée ou emportée.

Maintenant, il y a davantage de camions, dans la vallée, et pendant la saison sèche – la majeure partie de l’année – les traces de pneus sont bien visibles.

Il suffit de les suivre… et de grimper, grimper, grimper, 600 mètres, environ, en partant du lit de la rivière. Après avoir tourné à gauche, au début de la propriété, le trajet dure une demi-heure, avant d’arriver à la ferme… En ayant toujours le Rebenque devant soi.

Au bout de 20 minutes de rude ascension, vous vous retrouvez dans une énorme vallée plate… Et vous pouvez conduire un peu plus vite, en faisant attention au bétail.

Nous avons trouvé les vaches attroupées près de l’abreuvoir. Elles étaient maigres, comme toujours en cette saison. Mais elles l’étaient plus que d’habitude, apparemment. Il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi. Il n’y avait pas un brin d’herbe à perte de vue.

Enfin, nous sommes arrivés au pied du Rebenque et nous nous sommes installés dans la ferme. Notre gouvernante (qui, autrement, garde les chèvres dans les montagnes) et sa famille sont venus nous accueillir.

Nous n’avons pas tardé à aborder le sujet du bétail.

« Oui… Elles sont très maigres. Et les vaches n’ont pas suffisamment à manger, alors elles perdent leur veaux », nous a informé le régisseur de la ferme.

C’était une très mauvaise nouvelle. La ferme est déjà profondément déficitaire. Nous perdons des veaux à cause des condors et des pumas. Nous ne pouvons nous permettre d’en perdre encore plus.

Dimanche, nous sommes partis à cheval regarder de plus près. Les vaches avaient l’air maigre mais pas désespéré. Plus tard, nous avons entamé une conversation avec notre gouvernante.

« Alors, que s’est-il passé, en notre absence ? »

« Pas grand-chose. Gabriela ne s’est pas enfuie avec Omar. En fait, Gabriela et Justo se sont remis ensemble. A présent, ils parlent de s’installer dans l’autre ranch. Ils pensent que ce serait un nouveau départ… Loin de la mère de Justo.

« C’est elle, le problème. Gabriela s’est mise en couple avec Justo alors qu’elle n’avait que 17 ans. La belle-mère l’a toujours malmenée et jamais approuvée. Pas étonnant que Gabriela ait voulu partir.

« Et c’est probablement une bonne idée, de toutes façons. Qu’ils aillent en bas de la vallée. Justo est opérateur d’engin, et vous avez déplacé la tractopelle là-bas. »

Nous avons cru cerner un reproche, dans sa voix… comme si nous avions dépouillé le ranch d’un équipement essentiel. Certes, nous avons emmené la tractopelle à la ferme du bas pour préparer les canaux d’irrigation et pouvoir faire pousser du blé et de la luzerne pour nourrir les vaches.

Mais cette explication pouvait attendre.

Des Originarios bien renseignés

En attendant, la guerre des originarios (les gens qui revendiquent des droits spéciaux sur la terre car ils sont d’origine autochtone) se poursuit.

En notre absence, nous avons perdu une bataille. Nous commençons à nous demander si notre équipe – les voisins et les parents des originarios – veulent vraiment gagner.

« Oh… Et la police est venue deux ou trois fois. Roberto – vous savez, il n’est pas d’ici, mais il vit avec Alicia, en haut dans la vallée – a commencé à construire une maison près de l’école. Le régisseur lui a dit d’arrêter. Cette terre appartient au ranch. Il ne peut pas construire une maison là où il en a envie.

« Mais il a dit qu’il était un originario. Donc notre avocat a obtenu une injonction du tribunal pour qu’il cesse. La police est venue… Mais elle n’a pas réussi à le trouver. Et ensuite, lorsque la police est partie, il a repris la construction de la maison.

« Alors notre avocat a de nouveau appelé la police. Qui est revenue. Mais il n’était pas là. Donc il s’est produit la même chose. Ils sont partis et il a repris la construction de la maison. A présent, elle est terminée. Et il vit dedans. »

Plus tard, nous avons demandé à notre avocat ce qui s’était passé.

« Nous avons obtenu une injonction du tribunal lui ordonnant de ne pas construire la maison » a expliqué l’avocat. « Mais l’injonction ne peut lui être remise car ils n’arrivent pas à le trouver. Quelqu’un doit l’avertir à chaque fois que la police vient ».

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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