Un César américain

Rédigé le 25 juin 2018 par | Guerre Commerciale, Liberalisme Imprimer

Le protectionnisme conduit-il vraiment à préserver des îlots de prospérité dans un monde agité par une concurrence féroce ?

« La fortune est pour le riche une ville forte ;

Dans son imagination, c’est une haute muraille ».

– Proverbes 18:11

« Rendez à César », avons-nous commencé la semaine dernière. Aujourd’hui, nous creusons un peu pour relever le défi d’un lecteur : peut-être bien que César devrait avoir le dernier mot en matière de commerce, nous dit-il.

Cette discussion (qui se prolongera demain) nous aide à relier un certain nombre de points… et peut-être même à entrevoir l’avenir.

Nous vérifierons les probabilités de construire une haute muraille tout autour de l’économie américaine, la transformant ainsi en une île de stabilité, de calme et de salaires élevés dans un océan de concurrence mondialisée et de chaos.

Nous examinerons la Corée du Nord, pour voir ce que les hautes murailles ont fait à son économie à elle.

Et nous verrons de quelle façon les barrières commerciales étendent la portée du Deep State, remplaçant les accords gagnant-gagnant du secteur privé par les accords gagnant-perdant des compères et leurs complices. [NDLR : Restez du côté des accords gagnant-gagnant avec cette transaction, recommandée par un ex-conseiller à la CIA. Attention, infos confidentielles.]

Une stratégie suicidaire de croissance à crédit

Mais d’abord, jetons un oeil aux marchés, où la baisse du Dow Jones se poursuit. Par ailleurs, General Electric (GE) n’est plus cotée au Dow, après 100 ans de présence.

Sous Jack Welch, GE a, probablement plus que toute autre grande entreprise, suivi la grande migration hors de la fabrication – c’est-à-dire hors de la production honnête vers la prestidigitation financière. L’entreprise empruntait pour acheter des entreprises au rythme d’une nouvelle société tous les cinq jours ouvrés.

En tant que stratégie d’entreprise, c’était suicidaire. Il n’y avait aucun moyen que les gestionnaires puissent évaluer, comprendre et absorber de nouvelles entreprises à ce rythme.

En tant que stratégie financière, en revanche… cela semblait parfait. Chaque nouvel achat apportait de la croissance au sommet et des gros titres paresseux et flatteurs sur l’entreprise si « dynamique » gérée par M. Welch. Le prix de l’action grimpait, permettant d’emprunter encore plus d’argent.

Ensuite, comme toutes les fièvres dépensières financées par la dette, les factures commencèrent à arriver et il devint difficile de les payer.

Bon nombre des acquisitions prirent un mauvais tournant ; les dirigeants de GE n’avaient ni le temps ni le talent pour y mettre bon ordre.

Voilà 18 ans que le prix de l’action chute ; il est désormais de retour au niveau où il a commencé son ascension spectaculaire en 1995.

GE était également pionnier en matière de délocalisation. C’est-à-dire qu’au lieu de fabriquer les choses elle-même, dans son usine de Louisville dans le Kentucky, l’entreprise a fait passer la fabrication à l’étranger, dans des destinations moins chères. The Atlantic nous en dit plus :

« En 1955, Appliance Park employait 16 000 travailleurs. Dans les années 60, le sixième immeuble avait été construit, la main-d’oeuvre syndiquée sortait 60 000 appareils par semaine, et le complexe nourrissait l’explosion de l’économie de consommation US.

L’histoire qui a suivi est familière. L’emploi continua à grimper tout au long des années 60, mais un sommet fut atteint à 23 000 en 1973… En 2011, le nombre de d’employés qui pointaient – les gens qui fabriquent les appareils – toucha un creux à 1 863. A cette époque-là, la période de déclin d’Appliance Park était deux fois plus longue que son ascension. »

La décision d’exporter la main-d’oeuvre a été prise plus ou moins honnêtement par des gens qui jouaient un peu leur peau, dans le secteur privé. Personne ne les forçait à le faire… et ils espéraient que ça leur rapporterait.

Mais César tirait déjà les ficelles. Sa banque centrale fournissait de l’argent factice à des taux d’intérêt bas factices… mais cette partie de l’histoire devra attendre.

Un nouveau César

Aujourd’hui, nous examinons comment César truque la partie de manière encore plus directe.

Oui, il y avait des barrières commerciales ici et là durant l’époque de Welch. Mais quasiment tous les économistes avaient réalisé qu’elles étaient en réalité un poids sur la création de richesse. Depuis une génération, la tendance générale était à les faire disparaître.

Et voilà qu’arrive un nouveau César en la personne du président américain Donald J. Trump, accompagné de son charlatan de conseiller au commerce, battu quatre fois aux élections, Pete Navarro.

Les économistes modernes se trompent sur beaucoup de choses. Ils pensent pouvoir savoir des choses qu’ils ne pourront jamais savoir. Ils pensent pouvoir mesurer des choses qu’ils ne pourront jamais mesurer. Et ils pensent pouvoir contrôler des choses qu’ils ne pourront jamais même comprendre.

Ils ne se trompent pas sur tout, cependant. Ils ont raison notamment sur une chose, le commerce. C’est une question à peu près réglée : les taxes à l’importation sont peut-être bonnes en termes de politique, mais elles sont très rarement (voire jamais) bonnes en termes d’économie.

Cependant, l’un de nos lecteurs a posé une question en toute sincérité : pourquoi un pays aux salaires élevés ne protégerait-il pas ses travailleurs contre la concurrence des bas salaires ?

« Le dessein d’une nation est de défendre les intérêts communs de ses citoyens. En tout cas, la capacité de gagner sa vie à un niveau de vie plus élevé que celui du travailleur chinois, qui doit partager une salle de bain située au bout de son immeuble avec 50 autres familles, est en partie ce que les Etats-Unis défendent et leur raison d’être. Mais votre point de vue montre que vous considérez que les nations n’ont plus d’utilité. On voit votre slip élitiste. Vous êtes bien conscient de votre intelligence. Mais cet orgueil vous a aveuglé à l’appréciation des vraies valeurs du conservatisme ».

D’accord. Remettons de l’ordre dans nos sous-vêtements et réfléchissons un peu. Ce point de vue est peut-être largement partagé par nos lecteurs.

La nation – César, utilisant son pouvoir gagnant-perdant pour malmener et molester, bousculer et brutaliser – peut-elle vraiment aider ses citoyens à gagner plus ?

Hmm… rendez-vous mardi pour la réponse.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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