Pourquoi Trump ne peut pas guérir les Etats-Unis

Rédigé le 23 avril 2018 par | Chronique Imprimer

Les finances publiques américaines suivent une trajectoire désastreuse. Bientôt la dette coutera aussi cher que le Pentagone.

Nous sommes allé jusqu’à Cherbourg vendredi pour prendre le ferry — et faire route vers l’Irlande. Le voyage dure presque une journée.

La traversée peut être douloureuse pour quelqu’un qui a vite le mal de mer. Mais le ciel était bleu lorsque nous sommes monté à bord, nous avions donc bon espoir pour la suite.

Le port de Cherbourg

Le port de Cherbourg

A bord de l'Oscar Wilde

A bord de l’Oscar Wilde

En attendant, voici un petit aperçu de comment les autorités poussent les Etats-Unis à la faillite… et pourquoi un krach boursier, un marché baissier pour les obligations et une dépression sont à présent probablement inévitables :

Les Etats-Unis médaille d’argent en matière de dettes

Le FMI prédit désormais que le fardeau de dette du gouvernement américain sera pire que celui de l’Italie d’ici 2023. Cela mettra les Etats-Unis à la deuxième place — juste après le Japon — dans la course à la faillite. Le pays devrait avoir un ratio dette/PIB de 117%.

La prévision du FMI part du principe que les choses se passeront bien — c’est-à-dire qu’il n’y aura ni choc ni événement inattendu. Mais nous avons déjà passé beaucoup de temps sans récession. C’est la troisième expansion la plus longue depuis la Deuxième guerre mondiale.

Il est plus probable qu’une récession commence… bientôt. Toutes les estimations actuelles seront alors mises de côté et remplacées par des chiffres pires. Au lieu d’une dette de 30 000 Mds$ en 2028, par exemple, la dette explosera à 40 000 Mds$… voire 56 000 Mds$, comme l’estime l’un de nos lecteurs.

Même en l’état actuel des choses, en extrapolant uniquement des projections budgétaires et des tendances visibles, le gouvernement fédéral US est déjà en route pour la faillite. C’est ce qui arrive lorsque les recettes sont continuellement inférieures aux dépenses et que la dette augmente plus rapidement que l’économie qui la soutient.

On accusera sans doute immédiatement Donald Trump. Pas de précipitation. Les dés étaient jetés bien avant que M. Trump ne s’installe à la table du casino avec sa casquette MAGA.

On décrit le désir d’équilibrer le budget comme une attitude « conservatrice ». Mais le « conservatisme » n’a de sens que dans un monde de rareté. Si vous avez la vie éternelle… à quoi bon mettre en place un plan d’épargne retraite ?

Nous essayons de gagner du temps parce que nous savons que notre temps est limité. Nous essayons d’économiser parce que nous savons que l’argent ne pousse pas sur les arbres. Mais depuis 1987, lorsqu’Alan Greenspan a volé au secours du marché boursier, la Fed semble avoir les pouces particulièrement verts.

Même au taux directeur actuel de 1,69%, le taux d’intérêt réel est négatif. Parce que les prix à la consommation augmentent de 2% par an environ. L’argent de la Fed est gratuit (pour ses membres, bien entendu).

Il est disponible en quantités (apparemment) illimitées. Les banques centrales du monde entier suivent la Fed depuis un demi-siècle. Ont-elles le choix ? Le dollar américain est toujours la devise de réserve du monde. Et jusqu’à récemment, les Etats-Unis avaient la plus grande économie de la planète.

Téléréalité à la Maison Blanche

A elles toutes, ces banques centrales ont augmenté leurs avoirs de 17 000 Mds$ sur les 10 dernières années. Le tout en monnaie qui n’existait pas auparavant.

Cet afflux de liquidités a accompli des choses remarquables pour l’économie — la principale étant la suivante : la priorité était autrefois de fabriquer des choses et gagner de l’argent… désormais, elle est de consommer des choses et spéculer avec du crédit.

Cela a également donné aux autorités une idée fausse : que les déficits n’ont vraiment pas d’importance puisqu’il y a une quantité quasi-illimitée d’argent à emprunter.

Ces dés étaient jetés avant même que Donald J. Trump soit élu. Mais son accession au pouvoir a semblé marquer un changement de direction. Il avait promis d' »assainir le marigot ». A notre époque de politiciens rois de la langue de bois, M. Trump semblait direct… presque honnête.

La différence s’est révélée être relever surtout de l’esthétique. Au lieu d’un programme télévisé normal… nous avons eu la téléréalité de M. Trump, où les choses sont mises en scène de manière à sembler n’être pas mises en scène.

Au lieu que des initiés du Deep State mènent la danse, nous avons désormais un gouvernement qui prétend lutter contre les élites mais suit en réalité leurs ordres, principalement parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre.

En 2022, le coût de la dette sera le même que celui du Pentagone

Et au lieu d’un déficit budgétaire de 700 Mds$ tel que programmé durant l’ère Obama, nous avons un déficit budgétaire de 1 000 Mds$ sous la direction de DJT.

Le Washington Post nous en dit plus :

« D’ici 2022, le gouvernement US devrait dépenser presqu’autant d’argent pour le paiement des intérêts de sa gigantesque dette que pour le Pentagone, plus de 600 Mds$ chaque année.Cette spirale de dépenses souligne une réalité effrayante à Washington : le président Trump et le Congrès ont non seulement massivement alourdi la dette gouvernementale US, mais ils se sont libérés des multiples garde-fous destinés à maintenir l’équilibre budgétaire, ouvrant la voie aux futurs législateurs pour continuer à creuser le trou béant entre ce que le gouvernement encaisse et ce qu’il dépense. »

A présent, cette fièvre emprunteuse semble impossible à inverser…

Tout le boucan et les feux d’artifice autour des accords commerciaux, de l’influence russe, des bombardements en Syrie et des stars du porno ne représentent peut-être pas grand’chose. Mais 300 Mds$, c’est beaucoup d’argent — surtout en plus des 700 Mds$ déjà autorisés.

Et cela arrive alors que la Fed tente de renverser le cap. Au lieu de faciliter les fantasmes des autorités… elle se prépare à les détruire ; pour la première fois en 30 ans, la Fed vend des obligations, elle n’en achète pas.

Cette combinaison de fraude et de folie incrustées dans les finances américaines méritera sans aucun doute une « alerte extrême ». [NDLR : N’attendez pas qu’il soit trop tard pour vous préparer à l’effondrement des dettes : prenez vos précautions maintenant… Elles sont simples et rapides à mettre en place. Tout est ici.

Désastre à suivre.

 

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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