Les marchés actions pourraient perdre 80%

Rédigé le 18 janvier 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies, Krach boursier imminent Imprimer

La hausse des marchés actions américains est prétendument soutenue par l’allègement fiscal. Mais le compte n’y est pas et la déception pourrait se pointer…

Comme une « Liquidation Totale » qui semble ne jamais se terminer, les gens commencent à penser que cette « Hausse des Marchés Boursiers » n’est peut-être pas 100% propre.

Contrairement à un honnête marché haussier, elle pourrait ne jamais prendre fin.

De bien des manières, cela ressemble de plus en plus à un sommet classique ; les actions ne font que grimper et grimper… et de plus en plus d’investisseurs, gagnés par cette humeur festive, pensent qu’elles grimperont éternellement.

La dernière fois que nous avons vu une situation comparable, c’était à la fin des années 90.

A l’époque, c’est le Nasdaq qui s’était enflammé. Il avait crépité de 1995 à 2000, multipliant son cours par cinq.

Mais une fois à court de meubles à jeter dans le feu, l’indice s’est rapidement éteint. Le Nasdaq a chuté de 80% ; les cendres sont restées froides durant les 10 années qui suivirent.

Les flammes ne se sont rallumées qu’après que la Fed et d’autres banques centrales eurent ajouté 15 000 Mds$ aux réserves de bois sec de la planète.

Ce fut l’un des trois incidents, sur une période de 20 ans, qui reformata les attitudes du public par rapport à l’argent, à l’investissement et aux marchés.

D’abord arriva le krach de 1987. Il y eut ensuite l’effondrement susmentionné du Nasdaq en 2000. Enfin, la crise de 2008-2009 renforça cette idée : nous ne sommes pas dans un marché ordinaire.

Depuis 1987 les fondamentaux ne comptent plus

Jusqu’en 1987, le meilleur moyen de gagner de l’argent en bourse était de faire des recherches minutieuses afin de trouver de bonnes entreprises se vendant moins que ce qu’elles valaient.

Après 1987, la valeur de ce genre d’analyse fondamentale a chuté. Peu importait ce que valait une action.

Le marché actions ne fonctionnait plus comme un marché pour les actions, découvrant précisément ce que valait chacun d’entre elles. Il réagissait à autre chose.

Arrivé en 2009, l’analyse fondamentale n’était plus utile ; en fait, elle était même nuisible. Plus on faisait de recherches – pour identifier des entreprises riches de valeur – plus les performances du portefeuille étaient mauvaises.

Cela peut sembler impossible… mais c’est pourtant bien ce qui s’est produit. Les entreprises de valeur avec des PER bas et peu de dettes ont fait moins bien que les meneurs tape-à-l’oeil de la croissance. [NDLR : Pourtant, les recettes des vétérans de la Bourse fonctionnent encore dans ce compartiment du marché. Découvrez comment et pourquoi en cliquant ici.]

Les calculs de M. Luskin

Ce phénomène a été décrit par inadvertance dans le Wall Street Journal de vendredi dernier.

M. Donald L. Luskin a écrit un éditorial enthousiaste dans lequel il avançait que les actions sont certes hautes, mais qu’elles iraient plus haut encore parce que « les changements de politique augurent de bénéfices bien plus élevés dans les années qui viennent ».

« … tout comme en 2009, l’économie est confrontée à un virage fondamental mené par de profonds changements de politique économique. Une fois encore, c’est la politique et non les valorisations qui détermine le prix des actions. »

M. Luskin a fait le calcul.

Au taux d’imposition de 35% pour les entreprises, un dollar de bénéfices se transforme en 65 cents une fois que le gouvernement a pris sa part. Au nouveau taux de 21%, ce même dollar devient 79 cents. Soit 21,5% de croissance des résultats.

Si nous devions conseiller M. Luskin, ce serait pour lui suggérer de poser sa calculatrice et d’enfiler son bonnet à réfléchir. De quelle poche proviennent ces 14 cents supplémentaires ?

« Ils viennent de la baisse d’impôts », direz-vous. Mais dans la mesure où les autorités ne réduiront pas leurs dépenses d’un centime, nous devons partir du principe qu’elles les trouveront ailleurs, n’est-ce pas ?

Où donc ?

Les entreprises, comme l’ont bien vite souligné les partisans de la baisse d’impôts, ne paient pas de taxes. Elles les collectent simplement. Mais en définitive, les impôts sont toujours payés par quelqu’un : employés, actionnaires ou clients.

De sorte que si les actionnaires et/ou les employés reçoivent 14 cents en plus, il est quasiment sûr et certain que les clients paieront 14 cents en plus, d’une façon ou d’une autre.

Oui, nous connaissons la Courbe de Laffer… et la théorie selon laquelle il existe un taux d’imposition idéal où le gouvernement optimise ses revenus, souvent en baissant ledit taux d’imposition.

Mais premièrement, il n’y a aucune preuve que ce soit vrai.

Deuxièmement, même si c’était vrai, il n’y a pas de raison de penser que le nouveau taux d’imposition sera vraiment meilleur que le précédent.

Et troisièmement, il semble peu probable que plus de stimulus, à ce stade du cycle économique… après 10 000 Mds$ d’injections de la Fed depuis 2009… produise quoi que ce soit… sinon, peut-être, encore plus d’argent pour les actionnaires et les initiés !

Quand les banquiers centraux se prennent pour des rock stars

Donc oui… M. Luskin pourrait avoir raison… dans la limite de ses calculs et de sa logique.

Mais transférer la richesse vers les actionnaires et les investisseurs obligataires, c’est ce que les autorités font depuis 30 ans – depuis que l’ancien président de la Fed Alan Greenspan a inventé le « put Greenspan ».

En laminant les taux d’intérêt et en faisant grimper les marchés à coups de déclarations démagogiques, M. Greenspan garantissait que les actions ne baisseraient pas trop, ou en tout cas ne resteraient pas basses trop longtemps.

L’ère Greenspan a représenté un demi-tour fondamental et drastique pour la Fed.

La banque centrale américaine était censée être – et a été – une institution surtout passive. Peu de gens savaient qui était le président de la Fed ; peu s’en souciaient.

La Fed n’était pas supposée guider l’économie… et certainement pas l’améliorer. Elle était plutôt conçue pour se prémunir des excès, comme l’avait formulé le président de la Fed William McChesney Martin, en « éloignant le bol de punch » lorsque la fête se faisait trop agitée.

Sauf que M. Greenspan était décidé à être une rock star. Au lieu d’éloigner le bol à punch, il a rajouté du rhum !

Les actions ont grimpé pendant les trois décennies qui suivirent… alors que de plus en plus d’alcool était ajouté au cocktail.

Aujourd’hui, regardez autour de vous : le monde a 233 000 Mds$ de dette. Les taux d’intérêt frôlent encore le plancher. Et jusqu’à 11 000 Mds$ de dettes s’échangent à des taux négatifs.

De sorte que lorsque le cycle de resserrement actuel causera le prochain krach… les autorités paniqueront, comme d’habitude.

Et comme d’habitude – ayant retenu la leçon de ces 30 dernières années – les investisseurs achèteront pendant le creux, confiants dans le fait que les autorités interviendront avec leur gnôle bon marché.

Mais cette fois-ci, les bouteilles seront vides.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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