Comment calculer la probabilité d’un désastre

Rédigé le 3 mai 2018 par | Bill Bonner, Dette, Krach boursier imminent, Krach boursier imminent 2018 Imprimer

De dangereux mythes gouvernent notre époque et les risques de bouleversement sont plus élevés qu’on ne le croit.

Pauvre Florence Newton.

Cette jeune femme a été jugée pour sorcellerie à Youghal, en Irlande, en 1661. On l’accusait d’avoir embrassé une autre femme « avec violence » suite à quoi la victime avait eu des convulsions, des crampes et des visions.

A une autre occasion, elle avait embrassé la main d’un prisonnier qui était mort par la suite.

De nos jours, la « sorcellerie » est considérée comme du grand n’importe quoi. Nous nions toute relation de cause à effet entre le baiser de Mme Newton et la mort du prisonnier.

C’est un mythe, en d’autres termes.

Oui, cher lecteur, nous continuons d’explorer comment les mythes dirigent le monde. Nous avons examiné des mythes utiles : un sou reste un sou. Aux idiots l’argent file toujours entre les doigts. Et personne ne veut aller dans un restaurant où le chef est trop maigre.

Des mythes nuisibles dirigent notre époque

Aujourd’hui, nous nous tournons vers les mythes nuisibles : les fake news et les mensonges.

Rendre le monde « sûr pour la démocratie » est le mensonge monumental utilisé par le président Woodrow Wilson pour entraîner les Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale.

La sorcellerie ne contenait pas plus de vérité qu’une loi du Congrès américain. Stimuler l’économie avec de l’argent factice était une escroquerie dès le départ.

Certains mythes sont utiles. D’autres sont des mensonges. Aujourd’hui, nous posons une question essentielle : comment faire la différence ?

C’est probablement la question la plus importante jamais posée : comment savoir si une politique publique améliore l’état du monde… ou l’aggrave ?

Comment savoir si ce que nous faisons est bon… ou mauvais ? Comment savons-nous si nos actions nous mèneront au paradis… ou en enfer ?

La réponse à une question de cette ampleur va prendre du temps… Donnez-nous 24 heures de plus, s’il vous plaît !

En attendant, nous nous tournons vers la fin du monde.

M. B.J. Campbell, qui écrit sur un site de publication en open source appelée Medium, a signé un essai qui utilise l’analyse statistique pour calculer les probabilités d’événements venant bouleverser une société, comme un raz-de-marée ou une révolution armée.

La probabilité d’un grand bouleversement touchant beaucoup de monde est élevée

Pour illustrer son approche – en gardant en tête qu’il y a relativement peu de données – il calcule par exemple que les probabilités qu’un désastre du style Katrina à la Nouvelle-Orléans ait lieu sur la durée d’un prêt immobilier typique de 30 ans sont d’environ une sur quatre.

Bien entendu, cela n’affectera que les gens qui vivent dans ou près de la région inondée.

Qu’en est-il d’un bouleversement qui affectera quasiment tout le monde dans le pays – une révolution ou une guerre civile, par exemple ?

Il y en a eu deux aux Etats-Unis depuis qu’ils ont été colonisés par les Européens (sans parler des guerres indiennes… des combats contre les Français et les Espagnols… et même une bataille entre catholiques et protestants près d’Annapolis, dans le Maryland, en 1655).

M. Campbell prend 1678 comme date de départ afin d’éviter ce genre de confusion.

Selon ses calculs de probabilités, qui se basent sur deux événements seulement (la Révolution américaine et la Guerre de Sécession), il conclut qu’un Américain a une chance sur trois de vivre une insurrection majeure durant son existence.

Mais ces probabilités sont probablement bien trop basses. Il suffit de regarder autour de soi, dit Campbell :

« Depuis notre date-repère de 1678, la Russie a connu deux guerres mondiales, une guerre civile, une révolution et au moins une demi-douzaine de soulèvements, selon la manière dont on les compte. En fonction de l’heure à laquelle on lance l’horloge, la France a vécu une guerre de 30 ans, une guerre de sept ans, une révolution particulièrement douloureuse, une contre-révolution, ce truc avec Napoléon et quelques guerres mondiales pour faire bonne mesure. La Chine, la Corée du Nord, le Vietnam et la majeure partie de la ceinture du Pacifique ont connu une sorte ou une autre de révolution violente ces 100 dernières années, parfois plus d’une. »

Mais même ces « faits » ne rendent pas justice aux risques auxquels vous êtes confronté. Campbell continue :

« Depuis la chute de Constantinople en 1453, on compte 465 Etats souverains qui n’existent plus, et cela sans compter les colonies, les Etats sécessionnistes ou les pays annexés. Même si nous présumons que la moitié de ces transitions ont été pacifiques, ce qui est probablement largement surestimé, cela nous donne tout de même en moyenne une transition étatique violente tous les 2,43 ans.

Si nous examinons la dialectique brute à elle seule, nous parvenons à des conclusions sinistres. ‘Pensez-vous que les Etats-Unis existeront éternellement et jusqu’à la fin des temps ?’ Clairement, la réponse raisonnable devrait être ‘non’. De sorte qu’à ce stade, nous ne parlons pas de ‘si’ mais de ‘quand’. »

Mais les désastres imaginés par M. Campbell ne sont qu’une petite partie des dangers qui nous guettent. Il y a aussi les risques de bugs, virus mutants, mauvaises récoltes, tempêtes solaires, catastrophes électroniques, éruptions volcaniques, années sans été et, bien entendu, les guerres nucléaires.

La plus grande menace est financière

Chacun de ces éléments pourrait entraîner le chaos, les pillages et la mort (un peu comme quand il y a une panne de courant dans Baltimore ouest).

La plus grande menace, cependant, ne provient ni de la hausse des eaux, ni de la guerre, ni même d’une apocalypse zombie. Non, le risque principal est financier. Une fois encore, ce n’est pas une question de « si » mais une question de « quand ». [NDLR : Etes-vous prêt ? Protéger votre patrimoine ne prendra pas longtemps… à condition d’appliquer un plan efficace : tout est expliqué ici.]

Là, nous trouvons notre réponse, posée à nos pieds sur le sol traître, comme une grenade dégoupillée dans un parc pour enfants. Selon les Proverbes, 21:6 :

« Des trésors amassés par une langue mensongère, c’est un souffle qui s’évanouit, une recherche de la mort ».

Pourquoi donc ?

Parce que les principes fondamentaux sont toujours valables ; les actions ont encore des conséquences. On ne sait jamais exactement ce que ces conséquences seront, et comment elles se manifesteront. (Ce n’est pas une science !)

Mais lorsqu’on dépense trop d’argent qu’on n’a pas… et qu’on va trop loin dans la dette… on finit par le découvrir.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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