Apprendre dans un pays en crise

Rédigé le 1 octobre 2018 par | Deep State, Inflation, dettes et récession Imprimer

« N’interrompez jamais un ennemi qui est en train de faire une erreur », a dit Napoléon.

Dans les années 1970, deux des plus grands rivaux des Etats-Unis étaient en train de commettre d’énormes erreurs. Depuis les années 1920, la Russie pratiquait la planification centrale économique. La Chine, quant à elle, s’y était lancée après la Deuxième guerre mondiale.

La planification centrale communiste a été une plaie, pour ceux qui ont dû la vivre. Mais pour les autres, ce fut une bénédiction : elle éliminait la concurrence. Sans signaux de prix émanant d’une monnaie et de marchés honnêtes, les planificateurs étaient dans le flou.

Mais au lieu de profiter de cette chance inespérée, aux Etats-Unis, les fouineurs n’ont pu s’empêcher d’interférer et de dépenser des milliers de milliards de dollars, sur une période de 40 ans, pour combattre un ennemi qui était déjà en train de s’autodétruire.

Et à présent, c’est au tour des Etats-Unis de commettre cette énorme erreur. Ses dirigeants semblent si emballés à l’idée de paralyser le rival du pays qu’ils sont prêts à s’arracher les yeux si cela peut forcer la Chine à porter des lunettes.

Nous y reviendrons dans un instant. D’abord, voici les dernières nouvelles de notre voyage.

Se hâter de suivre les prix avec une inflation de 42%

C’est peut-être le moment idéal, pour se rendre en Argentine. On apprend beaucoup plus d’une économie en crise que d’une économie où tout semble aller comme sur des roulettes.

Ici, le taux d’inflation est de 42%. Rien que ça, cela vaut la peine d’être vu. Cette expérience pourra nous être utile, plus tard, chez nous.

Lorsque les prix évoluent aussi vite, les gens ne parviennent pas à suivre le rythme. Par exemple, la demi-heure de taxi pour aller à l’aéroport, ce matin n’a coûté que l’équivalent de 5$, environ. Un bon dîner pour deux, hier soir, vin compris, n’a coûté que 20$.

« Il vaut mieux se dépêcher », nous a dit le régisseur de notre ferme. « Cela ne va durer que quelques mois encore. Ensuite, les prix locaux vont se rattraper ».

Pour autant que nous le sachions, Mauricio Macri, le président de l’Argentine, fait du bon boulot. Mais il est arrivé au pouvoir après des années de chicaneries financières, de dépenses excessives et de mauvaise gestion de la part des précédents gouvernements. A présent, le mal doit être réparé pour que la croissance puisse redémarrer.

Donc, en plus de l’inflation, l’économie traverse une profonde récession. Les commerçants sont totalement désespérés.

Macri a repris la barre au beau milieu de la tempête… Il savait qu’il devait s’attendre à une traversée agitée.

Le président des Etats-Unis, quant à lui, ne voit sous ses yeux qu’un ciel dégagé.

Mardi, M. Trump a déclaré aux Nations-Unies (ONU) qu’il faisait de l’excellent travail. Il restitue sa grandeur à l’Amérique, du moins c’est ce qu’il dit. Bon nombre de gens le croient, y compris bon nombre de nos fidèles lecteurs.

Mais à la Chronique, nous avons des doutes. Nous ne voyons pas comment les Etats-Unis pourraient retrouver cette grandeur sans revenir aux principes qui en furent à l’origine.

C’est-à-dire des budgets équilibrés… de l’argent réel… et un gouvernement de taille modeste qui s’occupe de ses propres affaires.

Cap vers l’humiliation et le chaos

Comme nous ne constatons aucune évolution dans ces domaines, nous présumons que le pays fait toujours cap dans la mauvaise direction.

Tout droit vers un ouragan, en fait. Ou, comme l’a dit James McReynold, l’ex-juge à la Cour Suprême, vers l’humiliation… et le chaos.

Sur le plan économique, les Etats-Unis ont enregistré un pic d’activité dans les années 1970. La Chine et la Russie étaient reléguées en touche à cause de leurs stupides systèmes gagnant-perdant. Et l’Amérique avait encore, plus ou moins, une monnaie digne de ce nom… des budgets équilibrés de temps en temps… et un reste de respect à l’égard du travail et de l’entreprise.

Mais aux Etats-Unis, le Deep State est devenu de plus en plus puissant… Une nouvelle monnaie, falsifiée, a été inaugurée en août 1971, lorsque Nixon a rompu l’ultime lien entre le dollar et l’or.

La planification centrale a commencé à progresser. Les coûts, la paperasse et la réglementation se sont accrus. La croissance a ralenti. Et un grand basculement vers la « financiarisation » s’est amorcé.

L’équipe Reagan a remporté la Maison-Blanche en affirmant que le gouvernement était le problème, et non la solution.

Mais une fois aux commandes, les membres du gouvernement ont compris dans quelle équipe ils se trouvaient… et qu’ils avaient accès à des fonds pratiquement illimités.

Selon les inoubliables paroles de Dick Cheney, ils ont vu que « les déficits n’avaient aucune importance ».

A la fin des deux mandats de Reagan, les initiés étaient plus puissants que jamais. Et le gouvernement fédéral avait fait bondir la dette nationale de 900 Mds$ à 2 800 Mds$, : sa plus forte augmentation en temps de paix.

Ensuite, après le krach de 1987, les déficits et les dettes de tous les secteurs – entreprises, ménages et gouvernement – sont devenus de plus en plus vastes.

Rapidement, tout le pays a été submergé par la dette.

Un enchérisseur ivre au budget illimité

Au cours des 30 ans qui se sont écoulés depuis 1987, le gouvernement fédéral n’a jamais enregistré un seul budget réellement équilibré.

Ensuite, la Fed est passée à l’action, elle aussi. A partir de 1987, elle a augmenté ses actifs de 4 000 Mds$.

Les « actifs », cela sonnait plutôt bien… comme si la Fed augmentait les chiffres dans la bonne colonne de son bilan… alors que cela voulait dire que la Fed « imprimait » de l’argent et se servait de fausse monnaie pour acheter des obligations, comme si un acheteur complètement ivre, lors d’une vente aux enchères… disposait d’une somme illimitée d’argent falsifié.

Bien entendu, les prix ont augmenté.

Et partout dans le monde, les autres banques ont été contraintes « d’imprimer » de l’argent frais pour suivre les Etats-Unis dans leur descente.

En fait, tout le monde a dû déprécier sa propre monnaie. Sinon, les exportations et le tourisme des pays hors zone dollar auraient été pénalisés par la valeur élevée de leur monnaie.

Tout compris, les 20 principales banques centrales du monde ont augmenté leurs actifs (en injectant de l’argent fraichement imprimé dans la masse monétaire mondiale) 23 fois au cours de ces 30 dernières années, en les portant de moins de 1 000 Md$ en 1987 à plus de 19 000 Mds$ aujourd’hui.

Graph Banques centrales

Même à l’heure actuelle, après quasiment deux ans de « normalisation », le taux directeur de la Fed est toujours au-dessous du niveau de l’inflation des prix à la consommation. Et la masse monétaire mondiale continue de s’accroître trois fois plus vite que le PIB.

Elle est là, la véritable source des gains réalisés sur le marché actions… et de la prospérité bidon que traversent les Etats-Unis actuellement.

Elle est là, la véritable cause de l’anticyclone qui a chassé les nuages et totalement fourvoyé le président des Etats-Unis, lequel pense que le ciel sera éternellement bleu.

« L’économie américaine est florissante comme jamais auparavant » a-t-il dit aux Nations-Unies.

Les diplomates ont rigolé.

Mais il avait raison.

Jamais auparavant un tel volume d’argent falsifié n’a produit une telle prospérité bidon, et trompé tant de gens, y compris le président des Etats-Unis.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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3 commentaires pour “Apprendre dans un pays en crise”

  1. Le véritable point de bascule c’est la mise en place par Lyndon Johnson du programme de « guerre contre la pauvreté » en 1964, créant les grands programmes sociaux qui absorbent 1/3 du budget : les foods stamps, Medicare et Medicaid. L’abandon du lien entre le dollar et l’or était inévitable à partir du moment où les dépenses sociales improductives (et le déficit commercial qui en résulte) n’étaient plus sous contrôle.

  2. « Jamais auparavant un tel volume d’argent falsifié n’a produit une telle prospérité bidon, et trompé tant de gens, y compris le président des Etats-Unis. »

    Monsieur Bonner,

    Je crois, sans vouloir vous contredire, qu’il y a tout de même eu un précédent historique :
    En septembre 1929, le président Hoover déclarait « la prospérité est au coin de la rue ».
    A cette époque, même prospérité bidon qu’aujourd’hui, même erreur du peuple et du président des Etats Unis, même euphorie boursière de 1924 à 1929, même surendettement, même dette sur marge.
    Le 24 octobre 1929, krach de Wall Street.
    Nous connaissons la suite, notamment la construction des bidonvilles dénommés « Hooverville ».

    Nous nous apprêtons à revivre la crise de 1929, mais à la puissance mille.

    Parions que l’analogie ne s’arrêtera pas là, et que dans un premier temps, malgré l »énorme création monétaire depuis dix ans, il n’y aura pas d’hyperinflation comme certains le pensent, mais une déflation comme en 1929, qui devrait balayer comme un fétu de paille l’inflation actuelle.
    ( déflation par la dette, Irving Fisher)

    Si cela s’avère exact, il suffirait de quelques % de déflation pour faire exploser la « bulle de tout », en rappelant que la déflation a le même effet sur l’économie qu’une hausse des taux d’intérêt.

    Pour mémoire, depuis dix ans, c’est contre la déflation qu’ont luttées la BCE et la FED, on ne le dit pas assez souvent.

    A la prochaine crise, c’est peut être la déflation qui va gagner la bataille, provoquant la plus grosse crise d’insolvabilité de l’Histoire, loin devant celle des années 1930 aux USA.

  3. Trump et La Chronique Agora n’ont pas la même définition de la grandeur: pour Trump (et pas que lui) c’est la grandeur impériale qui est crainte et se fait obéir par le reste de la planète, la population étant au service de cet objectif quoiqu’il lui en coûte; pour La Chronique c’est la grandeur d’un pays qui réussit à rendre sa population libre et prospère. Normal qu’il n’y ait pas la même appréciation de ce qu’il faut faire

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