Les effrayantes leçons de l’Allemagne

Rédigé le 19 juin 2018 par | Dette, Inflation, dettes et récession Imprimer

L’hyperinflation reste encore gravée dans la mémoire collective des Allemands. Le Venezuela la découvre. Tout ceci n’évoque rien aux Américains, pas encore…

Nous attendons que le monde s’écroule. Le Dow Jones est toujours à plus de 1 000 points sous son sommet ; nous présumons donc que la tendance primaire est à la baisse.

Les rendements sur les bons du Trésor US à 10 ans sont proche de 3%… le double de ce qu’ils étaient il y a deux ans. Nous présumons donc que la tendance primaire pour les obligations est à la baisse elle aussi.

Si nous avons raison, nous sommes au début d’une longue glissade vers le chaos, la destitution et la destruction. [NDLR : Avant d’en arriver là, vous pouvez prendre quelques mesures efficaces pour vous protéger – cliquez ici pour tout savoir.]

Plus personne ne peut survivre à une réduction du crédit

Nous partons de l’hypothèse que le général Eisenhower avait raison. La république américaine des années 1950 était exposée à deux grandes tentations – les générations suivantes ont cédé aux deux.

Elles ont dépensé l’argent de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Aujourd’hui, le pays a une dette gouvernementale de 21 000 milliards de dollars. 288 milliards de dollars de plus que lorsqu’Ike a quitté la Maison Blanche.

Et elles ont permis à « l’influence injustifiée » du « complexe militaro-industriel » de se transformer en monstre. Aucun président, aussi bonnes que soient ses intentions, ne peut l’arrêter.

Il y a un corollaire à notre hypothèse majeure : la hausse de la dette et du pouvoir gouvernemental a été financée par le système d’argent factice de la Fed.

A présent, les investisseurs, les entreprises, les ménages et les autorités elles-mêmes sont dépassés par un système monétaire frauduleux. Aucun ne peut survivre à une réduction du crédit.

Depuis près de 30 ans, les banques centrales servent de filet de sécurité aux marchés et inondent le monde de liquidités. Mais la semaine dernière, la Fed a resserré un peu les boulons. Elle vise désormais un taux directeur de 2% et affirme être sur le chemin de la « normalisation ».

La Banque centrale européenne l’a elle aussi annoncé officiellement : elle n’a pas encore officiellement commencé à resserrer, mais sa boîte à outils est ouverte. Qui plus est, les commandes de la BCE doivent changer de main l’an prochain, passant sans doute à un Allemand.

Les cicatrices de l’Histoire

Le psychisme allemand a été profondément marqué par l’affreuse expérience du siècle dernier. Même si la génération actuelle ne l’a pas vécue elle-même, le pays tout entier semble en avoir le souvenir inscrit dans les gènes.

Les ménages se préparent encore aux mauvais jours, en Allemagne : le taux d’épargne y est au moins trois fois plus élevé que dans les Etats-Unis insouciants.

L’apocalypse allemande peut elle aussi être décrite selon les termes d’Eisenhower – trop de dettes (provenant de la Première Guerre mondiale)… et trop d’influence entre les mains du complexe militaro-industriel.

La dette a mené à l’hyperinflation. Mais les dégâts causés par l’hyperinflation allemande du début des années 1920 ont fait bien plus qu’effacer des prêts immobiliers et faire flamber les cigares à un milliard de dollars.

Elle a discrédité les élites traditionnelles du pays… ses institutions, sa culture et sa politique.

L’Allemagne avait les meilleurs artistes, composteurs et philosophes au monde. Ses auteurs, ingénieurs et chercheurs étaient sans égal.

Les Allemands pouvaient regarder en direction de l’est – vers la folie, les purges et les famines de l’Union soviétique –, et se dire : « ah, ça ne peut pas arriver ici, nous sommes bien plus civilisés ».

Mais en 1930, la civilisation était en déroute de la Baltique à la Bavière, et l’ancienne élite était chassée des postes qu’elle occupait dans les universités, l’armée et le gouvernement.

Ruinés par l’hyperinflation et le chaos, harcelés par les extrémistes, ils ont émigré par milliers vers l’Angleterre et les Etats-Unis. Ils ont laissé la place à des parvenus démagogiques – communistes, anarchistes et national-socialistes – qui s’affrontaient dans les rues.

Les national-socialistes – les nazis – l’ont emporté. Malgré l’interdiction du Traité de Versailles, ils se mirent rapidement à renforcer leur complexe militaro-industriel.

Ensuite, comme l’a dit Madeleine Albright, « à quoi bon avoir une armée aussi puissante si vous ne pouvez pas l’utiliser ? » L’Allemagne attaqua donc l’Union soviétique. Les Russes ne portaient peut-être pas Staline dans leur coeur, mais ils se rallièrent pour protéger leur mère patrie.

A la fin de la Deuxième guerre mondiale, on comptait huit millions de morts allemands, des millions d’autres étant condamnés à mourir de faim ou d’épuisement dans des camps de prisonniers.

En 1945, l’Allemagne avait été si complètement bombardée qu’il ne restait pas grand’chose de sa capacité industrielle, autrefois impressionnante. Ses fermes avaient été privées de tout investissement (l’argent était allé à l’armée) pendant les 10 années précédentes.

Et le pays avait été coupé en deux, des troupes étrangères régentant quasiment tous les aspects de l’existence.

Quand la monnaie prend le mors aux dents

Aujourd’hui, 73 ans plus tard… il y a toujours des troupes étrangères stationnées sur le sol allemand… et les Allemands craignent encore de laisser le système monétaire leur échapper.

Les Allemands ont raison de se méfier d’une monnaie qui prend le mors aux dents. Une fois le processus entamé, impossible de dire à quoi les gens vont s’amuser. Une révolution ? Une guerre ? Ou simplement un complet effondrement économique ?

On a également appris la semaine dernière que le taux d’inflation au Venezuela avait atteint 24 600%. En d’autres termes, si vous aviez un paquet de cigarettes 5 € en juin dernier, aujourd’hui, vous devriez le payer 1 230 €.

Lorsque l’argent fiche le camp, il semble tout emporter avec lui. L’économie, le gouvernement l’ordre, la moralité, le bien et le mal – tous entrent dans une zone crépusculaire où l’on ne sait plus ce qui se passe ni à qui faire confiance.

L’augmentation des prix du pétrole de cette année était supposée donner un peu de marge au Venezuela. Le pétrole est l’actif le plus important du pays et sa principale exportation. Le géant pétrolier nationalisé Pvdsa était censé venir au secours de la nation.

Mais il est trop tard. Le vernaculaire – le vaste réseau de pensées et d’accords qui constitue la vie quotidienne des gens ordinaires – est désormais si corrompu et faussé qu’il ne peut pas réagir normalement.

Le Venezuela ne peut plus tirer parti des opportunités ni répondre aux crises. Le New York Times nous en dit plus :

« Des travailleurs pétroliers désespérés et des criminels dépouillent également la société pétrolière d’équipements vitaux – des véhicules, des pompes et des fils de cuivre –, emportant ce qu’ils peuvent pour gagner de l’argent. Cette double fuite – de personnes et de matériel – handicape plus encore une entreprise qui vacille depuis des années mais reste la source de revenus la plus importante du pays ».

Les salaires ne pouvaient plus suivre l’inflation. Le New York Times cite le cas d’un employé de plate-forme de forage qui a travaillé l’intégralité du mois de mai pour gagner, au final, juste de quoi acheter un poulet.

Incapables désormais de nourrir leur famille avec leur salaire, les travailleurs quittent leur poste – à pied ou en conduisant. Les camions disparaissent. Il en va de même pour les tenailles et les tuyaux de cuivre. Même avec la hausse des prix du pétrole, les revenus chutent pour l’entreprise… l’Etat… et les employés qui restent.

Que faire ? Partir ! Les Vénézuéliens se ruent vers les frontières, n’emportant souvent avec eux que les habits qu’ils ont sur le dos.

Mais attendez. Les Américains sont un peuple civilisé avec le plein emploi, un dollar solide et une armée qui fait régner l’ordre dans un monde troublé. Que signifient l’Allemagne de 1920-1945 ou le Venezuela de 1999 pour eux ?

Eisenhower n’était qu’un vieux pétochard, non ?

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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