Voilà ce qui va faire exploser les marchés boursiers

Rédigé le 13 mars 2018 par | Banques Centrales, Indices, marches actions, strategies Imprimer

Au lieu de financer des secteurs gagnant-gagnant, les investisseurs sur les marchés financiers financent des profits bidons obtenus avec l’argent factice de la Fed.

Nous continuons notre description du Grand Marché Magouilleur de 1987-2018. Il n’était pas… et n’est toujours pas… ce que pensent les investisseurs.

Ces derniers pensaient gagner de l’argent en finançant les secteurs gagnant-gagnant de l’économie. Sauf qu’ils n’étaient pas du tout des investisseurs ; ils étaient des spéculateurs. Et ils ne fournissaient pas des capitaux pour financer une croissance et une prospérité réelles.

Au lieu de ça, ils participaient involontairement et sans le savoir aux sottises de la Fed, consistant à voler de l’argent à l’économie réelle pour le transférer vers les élites de la finance.

Warren Buffett a dit à de nombreuses reprises qu' »on ne gagne pas d’argent en pariant contre les entreprises américaines ». Les vétérans de Wall Street aurait pu lui opposer un avertissement plus approprié : « inutile de lutter contre la Fed ».

Voilà 30 ans que la partie est truquée.

Le dollar ailé versus le dollar lesté par l’or

Ce sont les accords gagnant-gagnant qui créent de la richesse réelle. Mais ce sont les accords gagnant-perdant qui ont fait grimper les marchés.

En 1971, les autorités américaines ont mis en place un nouveau dollar. Il était identique en tous points à l’ancien, à une différence essentielle : il avait des ailes.

L’ancien dollar était lesté par l’or. Il ne pouvait pas quitter le sol. Il était limité par le temps et les ressources. Si vous vouliez plus de dollars, il fallait les gagner à l’ancienne – en fournissant des biens ou des services.

C’est ainsi que fonctionnait l’économie réelle.

Elle créait de la richesse. Et les gens qui créaient de la richesse gagnaient de l’argent. Dans le cas des Etats-Unis, ces gens ont fait du pays le plus grand exportateur au monde, avec plus d’un siècle d’excédents commerciaux.

Le nouveau dollar, lui, pouvait être obtenu sans satisfaire un seul client. Il n’était pas gagné dans l’économie réelle. Il était plutôt créé par l’industrie du crédit.

Il n’était pas non plus limité à la richesse que l’économie pouvait produire ; les banques – aidées et encouragées par la Fed – pouvaient créer tous les dollars qu’elles voulaient en prêtant de l’argent à des taux zéro.

Une économie, ou un ménage, ne peut soutenir qu’une quantité limitée de dette.

Historiquement, le ratio dette/PIB aux Etats-Unis était de 1,5. C’est-à-dire que pour chaque dollar de revenus, l’économie pouvait confortablement supporter 1,5 $ de dette.

De l’épargne limitée aux gains illimités

Dans une économie honnête, il n’y a que deux sources de pouvoir d’achat : soit on dépense son propre revenu (passé ou présent), soit on emprunte l’épargne de quelqu’un d’autre. Cela limite naturellement la quantité de dépenses. Les gens ne gagnent pas une quantité infinie d’argent. Pas plus qu’ils n’épargnent une quantité infinie.

Le crédit (ou la dette) ne peut pas dépasser la quantité d’épargne disponible (avec toutefois une marge pour l’élasticité du système de réserves fractionnaires).

Il y a par ailleurs une limitation supplémentaire. Les gens prêtent leur épargne prudemment, à des taux d’intérêt qui leur rapportent un rendement correct et les protègent du risque de perte.

Pré-1971, le système s’autorégulait. Si les consommateurs empruntaient trop, le bassin d’épargne s’asséchait. Les taux d’intérêt grimpaient. Les prêteurs renâclaient… et les consommateurs devaient se calmer.

Au niveau international, le même mécanisme garantissait l’équilibre des comptes. Si les Américains achetaient trop de choses à l’étranger, les banques du reste du monde se présentaient au Trésor américain pour exiger de l’or en échange de leurs dollars papier.

Le Trésor américain remplissait consciencieusement ses obligations, comme il le faisait depuis six générations au moins. Mais cela réduisait l’offre d’or, sur laquelle reposait le dollar – réduisant de fait la masse monétaire disponible et forçant les taux d’intérêt à la hausse.

La correction qui résultait calmait l’appétit des consommateurs, transformait le déficit commercial en surplus et permettait à la masse monétaire de se remettre.

Un système déséquilibré

Le nouveau système monétaire, lui, n’avait pas besoin d’épargne. Ou de prudence. Ou de taux d’intérêt découverts par les marchés. La Fed pouvait créer autant de nouveau crédit qu’elle le voulait et le prêter à peu près au prix qu’il lui convenait de fixer.

Voilà qui changeait tout. Les Américains pouvaient désormais dépenser bien plus à l’étranger qu’ils ne gagnaient autrefois en vendant des biens aux étrangers année après année.

Le total des déficits accumulés entre 1971 et aujourd’hui se monte à près de 20 000 milliards de dollars en dollars actuels. La dette atteignit un plafond… puis creva le toit.

La dette gouvernementale US, par exemple, est passée de moins de 1 000 milliards de dollars lorsque Ronald Reagan prit son poste à plus de 20 000 milliards de dollars aujourd’hui.

La dette totale a augmenté également. De 1,5 fois le PIB, le ratio est passé à 3,5. Le PIB US actuel est d’environ 20 000 milliards de dollars. Au ratio historique, l’économie pourrait supporter 30 000 milliards de dollars de dette. Au lieu de ça, on en est à 68 000 milliards de dollars.

Cela nous donne une mesure du point de déséquilibre atteint par le système. Cela nous donne aussi un indice quant aux ajustements qui seraient nécessaires pour rééquilibrer la situation. Environ 37 000 milliards de dollars de dette… de prix des actifs gonflés par la dette… et de PIB nourri par la dette… devraient disparaître.

L’excès de dette, rendu possible par le dollar factice et les politiques d’argent facile de la Fed, a gonflé l’activité et faussé les prix dans toute l’économie.

Les ventes des entreprises ont été engraissées par l’équivalent de 37 000 milliards de dollars de dépenses excédentaires durant ces quatre décennies.

Des dépenses qui ne dépendent ni de l’épargne ni des salaires

Les profits des entreprises ont été encore plus favorisés. En général, les entreprises gagnent de l’argent et versent des salaires. Les salaires sont ce que les consommateurs utilisent pour acheter les produits des entreprises. Ils sont généralement un coût majeur pour les entreprises.

Ces nouvelles dépenses, cependant, ne provenaient ni de l’épargne ni des salaires. Elles provenaient de l’emprunt d’argent factice.

Les profits des entreprises grimpaient à mesure que les entreprises obtenaient des revenus supplémentaires… sans dépenses de salaires correspondantes.

Ainsi, les marchés boursiers dans leur intégralité ont grimpé, comme portés par un nuage de gaz mortel. L’argent factice, les profits bidon, les taux d’intérêt contrefaits – tous s’entremêlent dans une bulle toxique de vapeurs hautement inflammables.

Et maintenant, la Fed annonce qu’il est temps de s’en griller une petite. [NDLR : L’explosion sera extrêmement douloureuse… sauf si vous avez pris quelques précautions avant qu’elle ne se produise. Pour mettre en place un plan de protection simple et efficace, cliquez ici.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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