Donald le Barbare

Rédigé le 20 juin 2018 par | Politique et vie quotidienne Imprimer

Avant de reconstruire, il faut démolir. Donald Trump s’occupe de la démolition qui ne nécessite aucun goût, seulement du dégoût.

« Vous êtes un crétin de gauchiste trouillard, et ce n’est rien de le dire. » – Commentaire d’un lecteur reçu hier

Le week-end dernier, nous nous sommes rendu dans le sud de la France pour fêter un anniversaire. Elle avait lieu dans la région du Tarn, célèbre pour ses grottes, ses guerres et ses massacres, et sa gastronomie.

Pauvre Brunehaut, ou Brunehilde. Elle a fondé le château de Bruniquel, que nous avons visité. Princesse wisigothe, elle a épousé un roi des Francs (l’un des petits-fils de Clovis) et est devenue reine. Sa soeur Galswinthe a épousé le frère de son mari, devenant reine du royaume de Soissons.

Hélas, le VIème siècle était une époque perfide. L’époux de Galswinthe avait aussi une concubine, Frédégonde, qui aurait préféré que la nouvelle reine ne fasse pas de vieux os. Elle fit donc étrangler Galswinthe par un assassin.

Guerre, meurtres, morts douteuses – les deux femmes étaient chrétiennes, mais aucune n’était prête à tendre l’autre joue. Le conflit dura jusqu’à la fin de leur vie. Enfin, durant le règne de l’arrière-petit-fils de Brunehaut, Frédégonde mourut – mais cela ne mit pas pour autant fin au bain de sang.

Le fils de Frédégonde, Clotaire II, finit par capturer Brunehaut et la fit mettre à mort. Certains disent qu’elle fut attachée à la queue d’un cheval puis traînée sur le sol jusqu’à ce que mort s’ensuive. D’autres disent qu’elle fut écartelée par deux chevaux.

Une remarquable trouvaille

A Bruniquel se trouve également une grotte remarquable, découverte en 1990 par un garçon de 13 ans. Il avait remarqué une petite ouverture – tout juste assez grande pour qu’un lièvre y entre – à flanc de colline. Mais de l’air s’échappait du trou, indiquant qu’il devait être connecté à une ou plusieurs des grottes qui abondent dans la région. Le jeune garçon se fraya un passage et se retrouva dans une vaste caverne, assez grande pour intéresser les professionnels.

Les années passèrent, lorsqu’un expert finit par examiner la grotte, il fit une découverte extraordinairement intrigante : des stalagmites brisées avaient été arrangée en séries de cercles. Pourquoi ? Quand ? Par qui ?

Le « pourquoi » reste un mystère. Mais de nouvelles techniques de datation ont permis de répondre aux autres questions. Les cercles ont été faits il y a environ 176 000 ans – il s’agit de la plus ancienne construction au monde.

Mais revenons du passé vers le présent… et l’avenir… ne nous arrêtant que pour nous rappeler que nous sommes les mêmes êtres, plus ou moins, nés des mêmes Brunehaut et Frédégonde, que nos ancêtres.

Donald brise les meubles

« Je suis vos chroniques », nous a-t-on dit vendredi soir. « Je vois bien le problème… c’est assez amusant de vous voir tenter de réconcilier les actions de Trump avec les principes conservateurs.

« Vous avez raison, bien entendu. The Donald n’est en aucun cas un conservateur. Il ne va pas réellement rendre sa grandeur à l’Amérique. Mais je pense que votre point de vue est trop étroit. Nous ne sommes pas au début d’un empire – nous sommes plutôt dans la phase de fin. Pas besoin d’un Jefferson ou d’un Washington, à ce stade. En d’autres termes, pas besoin d’un constructeur ; il faut un barbare ».

Plus de 60 Américains avaient fait le voyage dans le Tarn, un groupe extraordinaire d’érudits, d’avocats, de juges, d’anciens ambassadeurs, d’écrivains et d’entrepreneurs. Nombre d’entre eux s’étaient attaqués à la même question insoluble : qu’y a-t-il avec le phénomène Donald Trump ? Que signifie-t-il ?

Nous offrons ici un assortiment d’avis sur le sujet.

« Il rend un grand service au monde », a commencé un des invités. « J’ai voté pour lui et je ne le regrette pas. Oui, il s’est entouré de crétins et de béni-oui-oui. Il fait des choses franchement peu ragoûtantes – comme séparer les enfants de leurs parents. Sérieusement, pourquoi punir les enfants ?

« Mais comme vous le dites, il brise les meubles. Et à certains moments de l’Histoire, il faut briser les meubles pour pouvoir avancer. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les Etats-Unis ont toutes les réponses. Le plan Marshall… Bretton Woods… le Vietnam… l’Irak. Ils sont responsables de toutes les institutions comme l’ALENA, l’ONU, l’OMC, la CIJ et ainsi de suite. Même l’Union européenne est une imitation des Etats-Unis… éliminant les barrières commerciales entre les Etats-membre.

« Partout dans le monde, une élite est apparue pour gérer ces organisations. Elle dirige aussi des multinationales et des universités. Tous apprennent les mêmes choses et croient aux mêmes choses. Ils sont à la tête des gouvernements et des banques centrales. Ils veulent tout contrôler. Et comme vous le dites, ils veulent surtout s’arroger de plus en plus de pouvoir et d’argent.

« Ces élites sont devenues prédatrices. Elles protègent avant tout leurs propres intérêts, pas ceux du citoyen moyen. Et voilà qu’arrive Donald Trump, qui leur marche dessus tel un éléphant dans un magasin de porcelaine. [NDLR : Mais les élites sont sur le point de prendre leur revanche sur « The Donald »… et cela vous ouvre des opportunités exceptionnelles – à condition d’agir avant le 1er juillet. Cliquez ici pour en savoir plus.]

« Evidemment, il y a ses tweets et ses commentaires. Et ses théories. Tout ça n’a en grande partie aucun sens. Mais ça n’a pas d’importance. Tout le monde a compris le message : les Etats-Unis n’ont pas les solutions. Ils n’ont pas les réponses. Ils ne s’occupent plus de tout ça.

« Personnellement, je n’aurais pas fait passer le message de cette manière, mais il fallait que ce soit dit.

Un système fondamentalement corrompu

« Le système lui-même est fondamentalement corrompu. Il faut qu’il soit démoli. C’est pour cette raison que Trump a tant de partisans. Ils se sentent trahis. Ils ne comprennent pas comment ou pourquoi… mais ils voient qu’il démolit des choses, et ils aiment ça.

« C’est dommage que Donald Trump ne comprenne rien à ce qui se passe. Il pense qu’on peut jouer les gros bras, négocier des deals, organiser des séances photo avec des dictateurs… et empêcher la concurrence du Canada et du Mexique.

« Mais même si Trump savait ce qu’il faisait, est-ce que cela ferait la moindre différence ? C’est ce qui vous manque – ou du moins, c’est ce qui fait réagir vos lecteurs. Ils avaient raison ; il n’y avait que deux vrais choix : Donald ou Hillary. Et Hillary ne serait pas en train de briser les meubles – elle serait en train de les cirer. Or les gens veulent qu’on les casse ».

Briser les meubles ne rendra pas sa grandeur à l’Amérique. Et les goûts de Donald Trump en matière de décoration intérieure ne correspondent pas aux nôtres. Mais il est clairement temps de redécorer.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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Un commentaire pour “Donald le Barbare”

  1. Trump ne fait que continuer la grande tradition de violence chère aux américains: violence par armes à feu, règlement des conflits par le rapport de force, certitude d’avoir toujours « la » solution à tout, « oubli » qu’ils sont tous à l’origine des immigrés qui ont colonisé des terres ne leur appartenant pas,…
    Toutes ces gesticulations ne changeront rien au déclin de cette société qui se croit toujours maîtresse du monde!
    L’empire US prend peu à peu le chemin emprunté il y a quelques décennies par ses prédécesseurs Anglais et Français, contraints à des combats d’arrière garde (guerres coloniales,…) avant de lacher prise!

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