Comment le boom factice finira

Rédigé le 15 décembre 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Deep State, Richesse Imprimer

Le monde baigne dans une richesse factice adossée à une monnaie factice. La monnaie dette d’aujourd’hui ne représente pas de la richesse déjà créée.

Comme nous l’avons souligné hier, les Américains sont plus riches que jamais, la richesse des ménages atteignant 97 000 Mds$. La richesse augmente aussi dans le reste du monde… la valeur des actions ayant récemment atteint un nouveau sommet record à 100 000 Mds$.

Mais il y a un hic. Nous avançons que cette richesse a été construite sur de l’argent factice. Si nous avons raison, la richesse est factice aussi.

L’argent factice et les taux ultra-bas de la Fed ont attiré les Etats-Unis dans le plus profond endettement de l’histoire. La semaine dernière, le total de la dette des Etats-Unis a franchi un nouveau seuil — à 68 000 Mds$.

La Grande Faucheuse se profile

Mercredi 13 décembre, Janet Yellen a déclaré qu’elle augmenterait désormais le coût de cette dette.

Déjà, la minuscule augmentation de taux décidée a alourdi le coût de la dette sur carte de crédit de 7,5 Mds$ environ par an. Il faut prévoir 8 Mds$ supplémentaires à chacune des prochaines augmentations programmées.

Si l’on extrapole à l’intégralité de la dette nationale américaine — consommation, entreprises et gouvernement —, chaque augmentation de 25 points de base coûte 170 Mds$ par an. Ajoutez un point de pourcentage entier et l’on se retrouve à 680 Mds$ — à peu près le budget du Pentagone.

Ainsi arrive… comme la Grande Faucheuse… la fin du plus gros boom factice de tous les temps. Gonflé par de l’argent factice prêté à des taux factices… il désenflera quand les taux augmenteront.

Toutefois, « faux boom » n’est qu’une allégation. Nous devons le prouver : commençons par explorer la « monnaie » qui l’a rendu possible.

« Sain comme le dollar » et malsain comme la dette

Avant 1968, les Etats-Unis avaient un dollar lié à l’or ou à l’argent-métal. Pas parfaitement, et pas toujours. Mais généralement, les métaux précieux, l’or en particulier, étaient là… en arrière-plan.

Ce vieux dollar était la monnaie qui avait existé, plus ou moins inchangée, depuis sa création en 1792. C’était également ce que le monde connaissait désormais comme « une véritable monnaie ».

On pouvait lui faire confiance. L’expression américaine « sain comme le dollar » n’était pas ironique ; elle décrivait la solidité de la devise US.

Et puis, sans même demander la permission, les autorités ont introduit un nouveau dollar. Il ressemblait exactement à l’ancien. Mais c’était un imposteur.

Il ne s’agissait pas des mêmes dollars adossés à l’or ou à l’argent. Il s’agissait de « notes de la Réserve fédérale », ne s’adossant à rien d’autre qu’à « la bonne foi et au crédit » des Etats-Unis d’Amérique. En d’autres termes, il s’agissait d’instruments de dette, non d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Il y a une différence entre dette et monnaie réelle. Une monnaie réelle n’a pas besoin d’explications. Elle n’a pas besoin d’expliquer où elle a été ou ce qu’elle a fait. On prend une pièce d’or et puis voilà. Pas besoin d’historique ou de bilan comptable. C’est ainsi que fonctionne une monnaie réelle : elle clôt les transactions. Vous acceptez le paiement et le compte est réglé.

La dette est différente. Elle est accompagnée de points d’interrogation. Qui a émis cette dette ? Que vaut-elle vraiment ? Serai-je payé ?

La clé pour comprendre cette nouvelle monnaie, c’est d’identifier une caractéristique très importante de la dette : vous ne pouvez emprunter que ce que les gens veulent bien vous prêter. A mesure que votre dette augmente, vous devenez plus fragile financièrement. Finalement, quand vous avez trop emprunté… vous faites faillite.

La richesse réelle procure la stabilité financière

Une monnaie réelle est différente. A mesure que vous en obtenez plus, vous devenez plus stable financièrement. Parce qu’elle représente de la richesse réelle.

Parce qu’elle représente de la richesse réelle, les autorités ne peuvent pas en « émettre » plus. En effet, elles ne peuvent pas augmenter la richesse réelle. Elles ne peuvent augmenter que la masse monétaire factice. L’argent réel doit être gagné comme la richesse qu’il est, et pas « imprimé ».

C’est vrai aussi du bitcoin, au passage. Comme l’or, soit on « l’extrait », soit on l’échange contre autre chose. Les banques centrales ne peuvent pas augmenter le nombre de bitcoins simplement parce qu’elles estiment qu’il n’y en a pas assez. Quant à savoir si le bitcoin deviendra un jour une véritable monnaie, nous attendons de le découvrir, comme tout le monde. [NDLR : Même si les monnaies virtuelles privées ne deviennent pas de « véritables » monnaies, la technologie qui est derrière est révolutionnaire. Découvrez ici avec notre spécialiste comment investir très profitablement dans la blockchain sans investir dans un seul bitcoin !]

La monnaie réelle augmente à mesure que l’économie crée de la nouvelle richesse. Chaque unité de « monnaie » est alors « adossée » à de la richesse réelle. Plus vous avez d’argent, par conséquent, plus vous êtes riche. C’est pour cette raison que l’or est toujours une si bonne devise. L’offre d’or augmente plus ou moins au même rythme que l’économie ; plus d’or signifie — généralement — plus de richesse.

La monnaie factice… qu’il s’agisse des milliers de milliards de dollars de dette de la Fed… ou des milliards de milliards de reconnaissances de dette émises par le Zimbabwe ou le Venezuela… fonctionne de manière opposée. A mesure qu’elle augmente, vous vous appauvrissez.

La charrue avant les boeufs et l’argent avant la richesse

En un sens, les gouvernements ont mis la charrue avant les boeufs. Après que l’être humain a été expulsé du Jardin d’Eden, Dieu lui a fait clairement comprendre que la fête était finie. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », a-t-Il dit.

En d’autres termes, il faut travailler… il faut faire quelque chose avant de recevoir de la richesse. On ne reçoit pas d’abord le pain.

Oui, les autorités augmentent la masse monétaire avant que de la nouvelle richesse soit créée. Cette dette de la Fed — sous forme de notes de Réserve fédérale — est une escroquerie. Elle n’ajoute pas de la richesse. C’est plutôt un droit sur de la richesse que d’autres personnes possèdent déjà, ou de la richesse qui n’a pas encore été produite.

Ce qu’elle fait en réalité, c’est prendre la richesse réelle de certaines personnes pour la mettre entre les mains d’autres personnes ayant des liens plus privilégiés avec la banque centrale — c’est-à-dire des initiés du Deep State.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Comment le boom factice finira”

  1.  » les autorités augmentent la masse monétaire avant que de la nouvelle richesse soit créée. Cette dette de la Fed — sous forme de notes de Réserve fédérale — est une escroquerie. Elle n’ajoute pas de la richesse. C’est plutôt un droit sur de la richesse que d’autres personnes possèdent déjà, ou de la richesse qui n’a pas encore été produite.  »

    Exactement.

    C’est pour cela qu’à défaut d’un étalon or (peu réaliste en 2017), il faut stopper entièrement le système de la réserve fédéral de régulation de la masse monétaire par le crédit.

    A la place le gouvernement doit pouvoir émettre directement de la monnaie en proportion de la croissance de la production (ce pouvoir lui serait donné en contrepartie de l’abolition définitive de l’impôt sur le revenu via un amendement constitutionnel).

    Les taux d’intérêt serait alors régulés par le marché en fonction de l’offre (épargne + création monétaire limitée) et de la demande (emprunts) et l’inflation serait réduite à néant.

    La meilleur option reste de privatiser entièrement la monnaie, mais là politiquement ca ne passerait pas.

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