Là où va l’argent des bulles

Rédigé le 3 juillet 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

L’argent facile des banques centrales se dirige comme d’habitude vers les valeurs technologiques, celles qui n’ont pas besoin de bénéfices pour faire rêver.

Le changement climatique ne s’est pas trop emparé de l’Europe, pour l’instant. Cette semaine, en Irlande, le temps a tourné de façon prévisible.

Nous sommes en été, mais cela aurait pu passer pour une mauvaise journée de février à Baltimore.

Lorsque nous sommes parti ce matin, il pleuvait, il ventait et il faisait froid. Même avec un pull et un parapluie, une halte dans un salon de thé est obligatoire, pour se réchauffer.

Ici, à Paris, la température affiche 10 degrés de plus… mais il fait quand même froid.

En attendant, gare à la chute…

Les valeurs technologiques commencent à flancher. Ce n’est peut-être rien. Ou peut-être est-ce le début de la fin. Tôt ou tard – nous vous rappelons une évidence – les marchés financiers vont s’effondrer et l’économie entrera en récession.

Janet Yellen dit qu’il est peu probable que cela se produise de notre vivant. Le fait qu’elle le dise révèle trois choses saisissantes :

Vendredi, nous avons précisé que nous ne savions pas quand débuterait la crise. Mais les valeurs technologiques ayant atteint un niveau stratosphérique, il ne serait pas surprenant que leurs propriétaires deviennent nerveux.

Le jeudi 29 juin, c’est ce qui a semblé se produire.

Selon le Wall Street Journal :

« Les principaux indices boursiers des Etats-Unis ont baissé, jeudi, alors que les valeurs technologiques dégringolaient de nouveau…

Les valeurs technologiques ont entraîné le S&P 500, en chutant de 1,8%. La société mère de Google, Alphabet, a chuté de 23,19 $, ou de 2,4%, à 937,82 $, et le fabricant de processeurs Nvidia a perdu 5,07 $, ou 3,3%, à 146,68 $. Le secteur technologique du S&P 500 a gagné 17%, cette année, mais il a perdu 2,6%, en juin, alors que certains investisseurs se demandent si la hausse de ce secteur n’est pas exagérée. »

Evolution du cours de l’action Alphabet (Google)

Le cours a triplé depuis 2012 mais les volumes d’échange diminuent.

Google

La manipulation des prix a remplacé la découverte des prix

Un marché est censé être un endroit où des investisseurs diligents et bien informés « découvrent » les bons prix. Ces prix changent, naturellement, à mesure que de nouvelles informations arrivent.

Mais ces huit dernières années ont déformé les prix à travers toute l’économie. La découverte des prix a cédé la place à la manipulation des prix. C’était le but recherché par la politique de la Fed : abaisser les taux d’intérêt et faire grimper le cours des actions.

La manipulation des prix est illégale. Et pourtant, personne n’a protesté, lorsque la Fed a dopé le cours des actions et des obligations, boostant de 20 000 Mds$ la capitalisation totale de ces actifs.

Le fait d’injecter de l’argent falsifié sur les marchés n’a pas rendu les sociétés plus rentables, ni les obligations plus sûres, réellement. Mais il fallait bien que cet argent aille quelque part…

Les dirigeants d’entreprises n’ont rien trouvé de mieux pour l’utiliser, que de racheter leurs propres actions. En réalité, on a constaté une baisse des investissements dans de nouvelles usines et équipements, ou de nouvelles entreprises, capables de créer des emplois.

Ceux qui recherchaient réellement de la valeur ont été déconcertés, eux aussi. Ces investisseurs à l’ancienne ont taillé leurs crayons, chaussé leurs lunettes… et consulté les rapports financiers.

Ils ont trouvé les dépenses… clairement mises en évidence. Ils ont recherché l’indicateur EBITDA [NDR : équivalent de l’excédent brut d’exploitation]. Mais où étaient les bénéfices ? Hélas, la plupart des sociétés technologiques n’en réalisaient guère.

Ces vieux chercheurs de l’investissement ont dû plier bagage, laissant la place à des acteurs plus jeunes. Malgré tous leurs efforts, leurs recherches n’ont abouti à aucune découverte justifiant des cours aussi élevés.

Mot d’ordre : le momentum

Bien entendu, ces jeunes acteurs n’ont pas trouvé de rendement, eux non plus. Mais peu importait. Eux, ils jouaient à un autre jeu. Au diable les bénéfices, les dettes, Graham et Dodd. Le mot d’ordre, c’était le momentum, la tendance.

Ce mot a particulièrement séduit le secteur de Wall Street qui se développait le plus vite, constitué de joueurs pas trop intelligents, de robots et d’algorithmes.

S’ils ne pouvaient rencontrer un PDG, le regarder droit dans les yeux et l’évaluer, ils savaient bien compter. Et lorsqu’ils ont vu les chiffres s’additionner, ils s’y sont tous engouffrés.

Et c’est ainsi que l’argent pas cher est allé là où va l’argent des bulles, à savoir vers le segment le plus en proie aux bulles : celui des valeurs technologiques.

Les « techs » ont grimpé, et grimpé. Les bénéfices étaient inutiles. Ces sociétés apportaient de nouvelles technologies révolutionnaires… ou quoi que ce soit… nous promettant un avenir si éclatant que c’en était presque aveuglant. Tout comme à la fin des années 1990.

Les achats engendrant davantage d’achats, l’excitation engendrant davantage d’excitation, une avancée technologique en engendrant 10 de plus…

Jeff Bezos nous livrera bien des repas chauds à domicile… en drone… n’est-ce pas ? Et ce gosse Russe va bien révolutionner le système monétaire, avec sa chaine de blocs, n’est-ce pas ? Et Elon Musk va bien aller sur la lune, n’est-ce pas ?

C’est tellement palpitant… et exaltant, tout ça. Mais cela nous coupera tout autant le souffle, lorsque cela cessera.

Nous brûlons d’envie de voir la tête que fera Janet Yellen. [NDLR : Savez-vous que vous pouvez trouver de gigantesques opportunités de plus-values en investissant dans des entreprises hors bourse, à l’écart des bulles.  En arrivant juste après la famille et les amis, mais avant les fonds d’investissements et les introductions en bourse vous pouvez décupler votre mise à l’écart des bulles financières. Risqué ? Moins que les valeurs technologiques dont le cours est soufflé. Nos spécialistes s’attachent à découvrir des entreprises qui ont des clients et font des bénéfices. Pour en savoir plus, continuez votre lecture.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Là où va l’argent des bulles”

  1. Bonjour,

    Malheureusement, je ne pense pas que nous aurons le plaisir de voir la tête de Mme Yellen ce jour là. elle sera partie bien avant.

    Quand l’économie US « se reprenait », la FED n’a pas bougé.
    Aujourd’hui, ils prétendent durcir leur politique, alors que « la reprise » est plus que jamais un mirage.
    Qui peut les croire ? N’est pas Volcker qui veut. Surtout avec Yellen, la plus pure et la plus pacifiste des colombes. J’entends son roucoulement de l’autre coté de l’atlantique.
    Au moindre coup de canon, elle déversera un déluge de billets fraichement imprimés.
    De quoi tenir jusqu’à sa retraite.

    De quoi transformer la courbe d’Alphabet actuellement linéaire en exponentiel.

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