2017 sera-t-elle l’année du prochain krach boursier ? (3)

Rédigé le 5 mai 2017 par | Investissement Imprimer

Nous avons vu les questions du Brexit, et que les technologies de rupture fleurissaient. Voyons maintenant du côté des banques centrales et des politiques monétaires.

Les marchés boursiers ne vont probablement pas s’effondrer en 2017. Il y a une raison extrêmement simple pour cela. Les banques centrales et les gouvernements ne le permettront pas. Ensemble, ils ont le pouvoir de soutenir les indices boursiers indéfiniment.

Le gouvernement dicte les règles. La Banque centrale dispose d’un pouvoir de création monétaire infini. S’ils décident que le marché boursier est trop important pour le laisser s’effondrer, alors ils y parviendront.

Cela vous paraît absurde ? La Fed cherche ouvertement à gonfler la valorisation des actions américaines dans l’espoir de créer un « effet richesse » qui incitera les ménages à dépenser davantage. La Banque centrale du Japon quant à elle est devenue l’actionnaire majoritaire d’environ 55 grandes entreprises nippones. Elle possède autour de 60% des parts des ETFs cotés sur la bourse japonaise.

Le gouvernement américain a mis en place une « équipe anti-krach » qui est chargée de maintenir la stabilité des marchés. Et l’Union européenne envisage de demander à la BCE de financer la mise en place d’une structure de défaisance qui achèterait pour mille milliards d’euros de créances douteuses. Nous allons revenir sur ce sujet dans quelques instants.

Si les gouvernements et les banques centrales échouent à maintenir à flot le marché boursier, les fonds de pension imploseront, l’économie rentrera en récession, les déficits publics deviendront encore plus insoutenables et le chômage explosera. Ils ne peuvent tout simplement pas se le permettre.

Cependant, il existe aussi des raisons de s’inquiéter à propos du marché boursier…

L’épouvantail du CAPE est de retour

Robert Shiller, le célèbre prix Nobel d’économie et spécialiste des marchés financiers, n’est pas exactement du genre à vous donner un avertissement clair. Mais le ratio qu’il a conçu, le CAPE, est presque à 30 en ce qui concerne les actions américaines. Un tel niveau n’a été atteint qu’à trois occasions dans l’histoire – 1929, 1999, 2007. Ai-je vraiment besoin de vous rappeler ce qui a suivi chacune de ces dates ?

Le CAPE mesure le ratio cours/bénéfices (PER), c’est-à-dire le prix que vous payez pour chaque dollar de bénéfice. Par exemple, une entreprise dont l’action cote 50 $ et dont le bénéfice annuel par action est de 10 $ affichera un PER de 5. Les propriétaires de petites entreprises valorisent généralement leur entreprise à environ 5 fois les bénéfices annuels. Avec un CAPE de 25, cela signifie que les investisseurs payent en moyenne 25 $ chaque dollar de bénéfice. C’est extrêmement cher.

Le ratio CAPE du FTSE 100 est encore plus élevé, il atteint plus du double de sa moyenne historique, qui s’établit à 15. Si les profits n’augmentent pas fortement, le prix des actions va plonger.

Garder un oeil sur le ratio CAPE peut également vous permettre d’identifier à quel moment acheter, quand les actions sont peu chères comparativement à leurs bénéfices.

La politique monétaire américaine devient moins accommodante

De la même façon que les banques centrales peuvent pousser à la hausse le cours des actions, elles peuvent aussi les envoyer au tapis. Comme le révèlent les minutes de la Fed publiées au mois de mars, les membres du conseil des gouverneurs envisagent à présent de commencer à réduire le bilan de la Banque centrale.

Cela implique une réduction de la masse monétaire en circulation dans l’économie. Ceci peut vous sembler un peu abstrait, donc voyons quel serait l’effet pour vous.

Ce graphique montre l’indice S&P 500 en orange et la taille du bilan de la Fed en bleu.

bilan de la FED

Comme vous pouvez le constater, les deux courbes sont étroitement corrélées depuis 2008.

L’histoire est la suivante. Au plus fort de la crise financière de 2008, la Fed a injecté des liquidités dans le système financier afin de l’empêcher de s’effondrer. Ces injections ont dopé le marché boursier… pendant quelque temps.

Depuis, chaque fois que la timide reprise économique semble s’affaiblir et que les actions se stabilisent ou commencent à repartir à la baisse, la Fed recommence à injecter davantage de liquidités dans le système.

Finalement, la Fed a abandonné l’idée de garantir la stabilité de la masse monétaire et a décidé de l’augmenter de façon régulière. Les actions sont alors reparties à la hausse.

C’est exactement ainsi qu’un drogué se comporte. Dans un premier temps, il se drogue pour se sentir bien, ensuite il se drogue pour éviter de se sentir mal, enfin, il a besoin d’une dose régulière simplement pour se maintenir à flot.

Que pensez-vous qu’il va arriver si jamais le dealer de drogue monétaire qu’est la Fed décide de réduire la dose, ce dont débattent actuellement les membres du conseil des gouverneurs ? Si jamais cela se produit, les actions pourraient s’effondrer tel un toxicomane en manque de drogue.

Le secteur financier Européen est au bord de l’explosion

La crise de la dette Européenne de 2012 n’est pas terminée. L’endettement des banques et des gouvernements n’est pas sur une trajectoire soutenable. A un moment ou à un autre, le problème va surgir de nouveau.

Les banques européennes ont plus de mille milliards de créances douteuses. 5,4% des créances en Europe rentrent dans cette catégorie, contre 1,7% aux Etats-Unis et 1,6% au Japon en 2015. Ce taux varie en Europe dans une fourchette entre 1% et 47% selon les pays.

L’Italie est l’un des pays qui vient en premier sur la liste des déclencheurs potentiels de la prochaine crise financière Européenne. Tim Price, analyste pour la London Investment Alert, s’est intéressé à un problème connu sous le nom du « Sofferenze ». Voici comment Tim explique cette situation dans un article publié récemment au sujet de l’avenir incertain du projet Européen :

« ‘Le Sofferenze’ est le nom que donnent les Italiens au problème des créances douteuses détenues par leurs banques. On peut le traduire par ‘la souffrance’. Ces créances douteuses représentent maintenant des sommes tellement importantes qu’elles anéantissent tout espoir de redressement du secteur bancaire.

La source du problème réside dans la faiblesse de l’économie, le PIB reste encore 8% en dessous de ce qu’il était avant la crise de 2008.

Le graphique ci-dessous révèle l’ampleur du problème. ‘Le Sofferenze’ représente 18% de l’ensemble des crédits.

Sofferenze

Pour mettre ces données en perspective, les créances douteuses en grande Bretagne représentent moins de 1,5% du volume total de crédits. La moyenne mondiale est de 4,3%.

Et le problème ne fait qu’empirer : au cours des 5 dernières années, le montant des créances douteuses a augmenté de 85%, pour atteindre un total de 360 milliards d’euros.

Vous avez bien lu : les banques Italiennes ont connu uniquement sur les 5 dernières années une augmentation de 85% du volume total de créances douteuses qu’elles doivent supporter dans leur bilan.

La récession de 2008 avait été déclenchée par l’accumulation de créances douteuses dans le secteur immobilier américain. Mais en 2008 ces créances ne représentaient que 5% du total des crédits accordés aux Etats-Unis. En Italie, elles ont atteint un niveau trois fois plus important.

Alors imaginez le chaos économique et les troubles sociaux qui pourraient survenir à nouveau, peut-être même à un niveau encore plus alarmant que durant la dernière crise. »

Les Banques Italiennes sont suffisamment massives pour déclencher une crise qui ferait passer la crise Grecque — qui menace également de se ranimer — pour une partie de plaisir. L’UE aurait alors beaucoup de mal à sauver une économie de la taille de l’Italie. [NDLR : Découvrez ici les six mesures d’urgence à prendre maintenant pour protéger votre argent d’un effondrement des banques européennes et de l’euro.]

Et ce ne sont pas uniquement les banques Italiennes qui posent problème. Les derniers tests de résistance ont révélé que plusieurs banques françaises et allemandes sont sous-capitalisées au regard des normes financières actuelles. Quand cela s’était produit avec Banco Popular, le cours de l’action avait dévissé de 25% en une matinée.

On dirait que les problèmes nous reviennent en pleine figure tel un boomerang.

Alors que va faire le marché boursier cette année ?

De toute évidence, je ne le sais pas. Mais je sais quels paramètres sont à surveiller. Quelles évolutions technologiques, quels indicateurs économiques, quels changements politiques et quelles décisions des banques centrales.

Et à présent, vous aussi.

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Nick Hubble
Nick Hubble

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