Et si la chute du baril n’était qu’un trompe-l’œil avant un retournement majeur ? Avec un ratio historique revenu à son plancher et des stocks stratégiques au plus bas depuis 40 ans, le marché pourrait bientôt basculer dans une nouvelle ère de tension énergétique.
Venons-nous d’assister, jeudi puis vendredi, à un ultime faux pas du baril de pétrole à la baisse – vers 62 $ pour le Brent et 57,5 $ pour le WTI ?
Ce trou d’air de 3,5 % en 48h peut apparaître un peu paradoxal, puisque selon les derniers chiffres publiés par l’EIA, les stocks hebdomadaires de pétrole brut aux Etats-Unis ont chuté de 3,4 millions de barils (à 424 millions de barils à l’issue de la semaine du 10 au 17 novembre).
Mais les spécialistes du secteur semblent n’avoir voulu retenir que la hausse de 2,3 millions de baril des stocks d’essence (les Américains ont moins roulé), tandis que les stocks de fioul domestique sont demeurés stables.
Les raffineries US ont fonctionné à 90 % de leurs capacités, c’est-à-dire 3 % en-deçà de l’optimal qui se situe vers 93 % : la marge de production supplémentaire apparaît donc marginale.
Cela peut vous sembler anecdotique, mais ça ne l’est pas : les stocks de brut, tombés mi-juillet à 400 millions de barils, se sont un peu regonflés mais restent à des niveaux qui figurent parmi les plus bas depuis 1984.
Si l’on compare cela à un record de 726,6 millions de barils en janvier 2010 et à une moyenne de 618 millions à l’automne 2021, on obtient une différence de 200 millions de barils en quatre ans.
Cela signifie deux choses : que les réserves stratégiques sont proches des plus bas depuis 40 ans, mais aussi que l’administration Biden a allègrement puisé dans ses stocks, et à plusieurs reprises pour contenir l’inflation, en faisait baisser artificiellement le prix du fioul et des carburants.
C’était l’une des conditions nécessaires pour permettre à la Fed d’enclencher un cycle de baisse des taux, grâce à un CPI qui s’assagissait au fil des trimestres.
La stratégie a connu un coup d’accélérateur spectaculaire à partir de janvier 2022 : la Maison-Blanche a « libéré » des centaines de millions de barils jusqu’en juin 2023, les stocks atteignant alors un plancher de 50 ans, à 347 millions de barils.
En deux ans, près de la moitié des stocks (46 %) ont été injectés dans l’industrie (centrales au fioul, convois ferroviaires, poids lourds, etc.) puis dans les stations-services, afin de faciliter la tâche de la Fed.
La Fed qui continue de s’interroger sur le fait que la trajectoire de l’inflation est bien ancrée et durablement à la baisse. Et ceux qui, dans l’entourage de Jerome Powell, se posent des questions sur le risque de rebond de l’indice des prix à cause de la problématique énergétique ont bien raison de le faire.
Même si beaucoup de leurs collègues qui souhaitent prolonger la série des baisses de taux le 10 décembre prochain prient que ce sujet reste « hors de la table » le plus longtemps possible.
Donald Trump presse la Fed d’en faire beaucoup plus que -25 points d’ici trois semaines, afin de relancer la machine du crédit. Il y a urgence car les liquidités bon marché provenant du Japon depuis 33 ans (via le « carry-trade ») risquent de s’épuiser avec la flambée des taux longs japonais dans des proportions sans précédent depuis la fin des années 80, ce qui avait mis brutalement fin à la bulle immobilière nippone (elle avait littéralement explosé fin 1989).
Le taux d’expansion de la masse monétaire planétaire va s’en trouver ralenti, il va vraiment falloir que les Etats Unis trouvent un moyen d’accroître la leur, car les niveaux de valorisation actuels de Wall Street reposent en grande partie sur des positions spéculatives à crédit (elles crèvent tous les plafonds à 1 100 milliards de dollars – une vrai bombe à retardement).
Ces 1 100 milliards de dollars représentent « seulement » 0,5 % de la masse monétaire américaine –soit 22 200 milliards de dollars – mais cela doit être corrigé du « levier spéculatif » qui induit des encours notionnels nettement supérieurs.
Ce qui est vertigineux, c’est le ratio prix du baril de WTIl/masse monétaire US. Divisez 57,5 par 22 200 donne un ratio de 0,00259 (bien sûr, il devrait y avoir 10 « zéro » de plus derrière la virgule, mais cela serait illisible).
Ce ratio est apparu trois fois dans l’histoire : août 1998 (baril à 12,6 $), février 2016 (baril à 51 $), avril 2020 (baril à 19,5 $). Les rebonds qui ont suivi se sont élevés respectivement à +186 %, +158 % puis +157 % au cours des 12 mois suivants… et +300 % en 30 mois, de février 2016 à juin 2018.
Et voici que ce ratio de 0,259 est réapparu le 20 octobre, puis le 20 novembre (entre 11H et 17H pour être très précis).
Le même scénario de multiplication ultérieure du baril de WTI par au minimum 2,5 fois n’a jamais failli – pas une seule fois en 27 ans.
Quand la masse monétaire explose mais que les prix du pétrole restent stables, à chaque fois une réappréciation vertigineuse de l’or noir s’est produite.
Il y a beaucoup trop d’argent en circulation par rapport à l’activité réelle. Si le PIB devait consommer la surliquidité pour exprimer son potentiel, ce serait au prix d’une explosion de la demande.
Et c’est EXACTEMENT ce qui est en train de se produire avec l’IA, qui engendre une explosion de la demande pour les data centers (+100 % par an) alors que la génération de gigawatts supplémentaires ne progresse que de +7 % par an, toutes sources confondues.
Il va falloir accroître le nombre de gigawatts disponibles pour l’IA de +50 % d’ici 24 à 36 mois et de +150 % d’ici 2030 : c’est mission impossible… mais tout va être essayé !
Le nucléaire est le plus long à mettre en oeuvre (5 à 8 ans), l’hydroélectricité prend 5 ans (ça peut être plus long en fonction de la taille de l’ouvrage d’art et de la longueur des tunnels d’adduction d’eau), l’éolien et le photovoltaïque prennent 3 ans… les centrales au fioul, elles, existent déjà et n’attendent que d’être remises en service, ce qui va faire hurler les mouvements et ONG écolos.
La Fed peut imprimer des milliers de milliards, mais ni la Maison Blanche, ni OpenAI, ni Oracle, ni Nvidia ne peuvent imprimer de l’énergie.
On ne peut pas imprimer de gigawatts, ni faire bondir de 15 % ou 20 % la production pétrolière destinée aux centrales thermiques en quelques mois via la politique monétaire.
Si les centrales au fioul étaient collectivement remises en service ces prochains mois, la seule solution pour les approvisionner serait de puiser dans les stocks stratégiques… mais ils sont justement au plus bas, victimes de la lutte de l’administration Biden contre l’inflation.
Ce qui aurait pu constituer un appoint temporaire mais significatif en 2021, durant deux ans… le temps de rajouter des forêts d’éoliennes et de tapisser la Californie de panneaux voltaïques (le coût ? Prohibitif en regard du pétrole et du gaz !)… n’existe plus aujourd’hui – sauf à mettre en péril les capacités de défense des Etats-Unis (marine, aviation, infanterie).
Alors bien sûr, il y a les capacités de production excédentaire réelle de l’OPEP : 3 millions de barils par jour… il en faudrait 100 fois plus pour reconstituer les stocks à leurs niveaux de l’été 2021.
Les Etats-Unis ne peuvent pas monopoliser pendant 100 jours tout ce que l’OPEP peut mettre sur le marché afin de suppléer la déplétion (baisse de rendement) de ses gisements en exploitation, dont le nombre aux Etats-Unis est passé de 625 à 554 en 3 ans.
Le déficit d’approvisionnement pour 2027 est déjà inévitable, si les phases de rebond de 1998, 2016 et 2020 se répètent d’ici fin 2026, le baril de WTI devrait avoir atteint les 150 $ et cours encore plus spectaculaires pourraient être atteints lorsque chacun prend conscience de l’épuisement des capacités de production excédentaires.
Dans ce cas, l’inflation rebondira comme une balle. Si la Fed se retrouve dans l’incapacité de monter ses taux assez vite et assez fort (parce que les emprunteurs – Etat fédéral, entreprises et particuliers, qui doivent 100 000 milliards de dollars à leurs créanciers – ne pourraient plus faire face à la charge de la dette), alors la valeur du dollar sera détruite.
Les entreprises technologiques impliquée dans l’IA seraient d’ores et déjà prêtes à payer l’équivalent de 300 $ le baril pour ne pas subir de black-out énergétique, car perdre la course à l’IA signifierait leur mort. Mais à 300 $ le baril, ce sont le dollar et le pouvoir d’achat des Américains qui se désintégreraient : qui aurait encore les moyens de payer son abonnement (ou ses abonnements) coutant plusieurs centaines de dollars par mois à un fournisseur d’IA si leur facture de chauffage et de carburant se trouvait multipliée par deux… comme en France depuis 4 ans ?
Pour conclure, rappelons que la règle d’un doublement ou triplement du pétrole WTI depuis un plancher de 0,259 face à la masse monétaire n’a jamais failli : pas une seule fois en 27 ans.

3 commentaires
Voilà certainement une bonne raison du harcèlement de Trump sur le Vénézuela …..
L’alibi de la drogue est risible
Et si ma tante en avait, ce serait mon oncle !
super article qui donne une certaine visibilité sur les investissements à faire à moyen terme : la poche pétrole et énergie est incontournable !