Les États-Unis semblent pris dans un engrenage dont il devient de plus en plus difficile de sortir. Alors que Washington continue de promettre davantage de dépenses militaires et sociales, une question s’impose : combien de temps encore le pays pourra-t-il repousser l’heure de vérité ?
C’est l’histoire que raconteront économistes pour expliquer « ce qui a mal tourné ».
Démocrates contre républicains… gentils contre méchants… rouges contre bleus… Iran contre États-Unis… Si seulement les choses étaient aussi simples, avec les moutons d’un côté et les loups de l’autre !
Mais ce sont les tendances de fond qui comptent. La tendance primaire… l’ascension et le déclin des empires… le Deep State… la dépréciation du dollar… et la sénilité qui gagne peu à peu la démocratie américaine.
Comme nous l’avons montré dans ces chroniques, les gouvernements occidentaux sont de plus en plus aux abois. Ils ne peuvent plus dépenser… ni créer de l’inflation… avec l’insouciance qui prévalait durant cette glorieuse période de baisse des taux, de 1980 à 2020. Les contribuables commencent donc à se demander : qu’obtiennent-ils exactement en échange de leur argent ?
Prenez les quatre guerres au Moyen-Orient, par exemple. Qu’en reste-t-il ? Des prix de l’essence plus élevés ! Et des milliers de milliards dépensés pour protéger les populations contre les aléas inévitables de l’existence — maladie, chômage, vieillesse, etc. Mais si tout cela n’est finalement qu’un gigantesque programme d’assurance, ne pourrait-on pas obtenir de meilleures conditions auprès d’un assureur privé solvable… qui, lui, ne pourrait pas changer les règles du jeu dès que cela l’arrange ?
Comme le soulignait Milton Friedman, le véritable coût de l’État correspond à ce qu’il dépense, et non au taux d’imposition. Les gouvernements républicains ont applaudi les baisses d’impôts, tandis que la facture globale de l’État continuait de grimper.
À lui seul, le gouvernement fédéral perçoit environ 17 % du PIB sous forme de recettes fiscales. Mais il en dépense environ 23 %. La différence vient chaque année alourdir l’addition nationale.
Aujourd’hui, le gouvernement fédéral est tellement endetté que ses créanciers hésitent à lui prêter davantage. Et à mesure que la montagne de dette grossit, son coût augmente encore plus vite, sous l’effet de la remontée des taux.
L’Autriche, la Belgique, l’Allemagne, le Danemark… tous dépensent environ 50 % de leur PIB. La France approche les 60 %. Les États-Unis semblent donc presque raisonnables en comparaison : en incluant les dépenses des États fédérés et des collectivités locales, elles ne représentent « que » 37 % du PIB.
Mais il faut regarder de plus près. Si l’on ajoute les dépenses de santé et d’enseignement supérieur — qui sont déjà intégrées aux chiffres européens —, la facture américaine dépasse largement la moitié du PIB. Et si l’on additionne tous les impôts — entreprises, particuliers, États fédérés et collectivités locales — on constate souvent qu’ils absorbent eux aussi plus de 50 % des revenus.
À ces niveaux de dépenses correspondent des niveaux d’endettement tout aussi élevés. Et avec la remontée des taux viennent des coûts de financement beaucoup plus lourds.
Pourtant, plutôt que de réduire les dépenses et les déficits, les gouvernements semblent vouloir s’appuyer encore davantage sur les deux leviers mêmes qui les ont conduits jusqu’ici.
Prenez le Royaume-Uni, qui promet d’étendre encore les services publics. Al Jazeera titrait :
« ‘Une nouvelle voie’ : Burnham promet une expansion massive des services publics au Royaume-Uni »
Le Premier ministre britannique a déclaré, lors de son premier congrès du Parti travailliste, qu’une « remise à plat fondamentale » était nécessaire pour remettre le pays sur la bonne voie.
Pendant ce temps, l’équipe Trump propose de renforcer l’appareil militaire. Time rapportait :
« Comment la sécurité nationale est devenue centrale dans les projets de construction de Trump à Washington »
Dimanche, le président Donald Trump a annoncé que son projet d’arc de triomphe, prévu près de Memorial Circle, à l’extrémité virginienne du pont commémoratif d’Arlington à Washington, servirait également de complexe militaire, avec des drones, des réserves de munitions et des installations destinées aux tireurs d’élite.
Voilà les deux options : les canons ou le beurre.
Trump, lui, ne prend même pas la peine de dissimuler le marché proposé. Réélisez les républicains et les électeurs auront les deux : un chèque de 5 000 dollars tiré sur un compte déjà à découvert… et un nouveau Pentagone à 1 500 milliards de dollars.
Mais le véritable problème est juste devant nous : l’argent.
Le gouvernement fédéral peut promettre davantage de défense que nécessaire… et davantage de dépenses « sociales » que le pays ne peut en supporter. Mais il ne peut pas les financer. Il n’a plus d’argent.
Et payer les factures avec de la monnaie créée de toutes pièces ne fonctionne plus comme avant. Car la hausse des taux ajoute de nouvelles charges presque aussi vite que le gouvernement fédéral peut créer de nouvelles dépenses.
Le compte à rebours a déjà commencé.
D’ici 2030, la grenade pourrait exploser. Avec la remontée des taux, la charge annuelle des intérêts pourrait atteindre environ 3 000 milliards de dollars. C’est à ce moment-là que l’enfer pourrait se déchaîner — si ce n’est pas avant.
Car il faudra alors mobiliser une grande partie de l’épargne américaine simplement pour suivre le rythme.
Deux possibilités se présenteront alors : soit les taux d’intérêt devront grimper beaucoup plus haut pour attirer de nouvelles économies… soit les États-Unis devront retourner à la planche à billets.
L’inflation ou la mort ?
Dans les deux cas, vous feriez peut-être bien de préparer votre brassard noir… et vos lys.
