Après avoir promis la fin des moteurs à combustion interne en 2035, l’Union européenne revoit discrètement sa copie. Objectifs revus à la baisse, industrie fragilisée, énergie hors de prix : ce revirement révèle les limites d’une politique climatique dictée par l’idéologie plus que par le réalisme économique et industriel…
L’un des développements politiques les plus fascinants survenus depuis les dernières élections européennes est le suivant : des lois déjà adoptées ou en cours d’élaboration sont en train d’être retirées.
Pour ceux qui ne suivent pas de près le fonctionnement des politiques européennes, il est difficile de mesurer l’importance de ce phénomène. Habituellement, la réglementation de l’UE ne recule pas : elle s’accumule et se renforce. Lorsque des règles existantes posent problème, la conclusion a presque toujours été qu’il fallait davantage de réglementation pour corriger les effets indésirables de la précédente. Et lorsque tout échoue, une subvention finit généralement par servir de pansement.
Mais cette fois-ci, le scénario est différent. Fin 2025, la Commission européenne a annoncé l’abandon de l’interdiction des moteurs à combustion interne prévue pour 2035. Concrètement, cela signifie que les voitures à essence pourront encore être vendues après cette date.
Pour le consommateur moyen, cette interdiction n’était pas forcément visible. Certains indices existaient pourtant : les constructeurs automobiles concentrent désormais leur communication presque exclusivement sur les véhicules électriques, des stations de recharge apparaissent jusque dans les zones les plus reculées, et les vitrines des concessionnaires mettent largement en avant les modèles électriques.
Néanmoins, les implications plus larges d’une interdiction totale des moteurs thermiques restaient floues pour la majorité des électeurs. Cela aurait sans doute fini par changer, mais les décideurs bruxellois – échaudés par les manifestations des gilets jaunes et des agriculteurs l’an dernier – n’étaient, cette fois, pas disposés à prendre ce risque.
Au lieu d’un objectif de réduction de 100 % des émissions pour les voitures neuves, un seuil de 90 % a finalement été retenu, laissant une marge de 10 % de CO₂ pouvant être compensée par l’utilisation d’acier bas carbone, de carburants synthétiques (e-carburants) ou de biocarburants. Cette révision permet non seulement la poursuite de la vente de véhicules électriques, mais aussi, après 2035, la commercialisation de véhicules hybrides, de moteurs thermiques modernes fonctionnant avec des carburants à faible empreinte carbone et même de voitures à combustion « traditionnelle » en volumes limités, à condition que les objectifs globaux d’émissions soient respectés.
Il ne s’agit évidemment pas de la fin de la politique climatique européenne, mais bien de l’abandon du plan initial, et probablement d’une ouverture vers d’autres révisions à venir. Ce revirement est d’autant plus surprenant que, depuis deux ou trois ans (l’interdiction ayant été décidée en 2022 et adoptée en 2023), les responsables européens se félicitaient implicitement à l’international du caractère prétendument visionnaire de cette décision.
Quelle vertu, pensions-nous, d’avoir fixé un objectif inatteignable, alors même que les constructeurs chinois nous surpassent sur presque tous les plans en matière de qualité des véhicules électriques. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Nous sommes revenus à la case départ : les constructeurs automobiles ont investi des sommes considérables, et l’industrie se retrouve toujours dans une situation tout aussi fragile.
Cela ne signifie pas pour autant que les véhicules électriques soient dépourvus d’avenir. Leur utilité et leurs avantages sont indéniables. Toutefois, le marché européen de l’énergie n’est pas encore prêt à absorber une électrification massive de notre système de mobilité. Le manque d’investissements – et surtout les mauvais choix stratégiques, comme la sortie progressive du nucléaire dans des pays tels que l’Allemagne – ont fait reculer notre capacité énergétique de plusieurs décennies.
Tout ce qui s’est produit depuis les élections européennes de 2019 ressemble à un véritable cauchemar politique. L’enthousiasme a pris le dessus sur la raison : Greta Thunberg et d’autres figures militantes ont poussé les responsables politiques à formuler des promesses que personne n’était réellement en mesure de tenir. Aujourd’hui, nous sommes contraints de faire machine arrière. La politique actuelle n’est pas davantage visionnaire : si elle corrige certains excès du passé, elle ne trace toujours pas la voie vers la sécurité énergétique ni vers une véritable autonomie stratégique. Nous continuons de compter sur d’autres pour faire le travail à notre place – et ce sont, in fine, les consommateurs qui en assument le coût.
Entre 2021 et 2024, les prix de l’énergie ont augmenté de 80 %. Même s’ils se sont depuis stabilisés, ils l’ont fait à un niveau élevé. Cette situation paralyse l’industrie et freine la restauration du pouvoir d’achat après la crise de la COVID. Si vous êtes un responsable politique et que vous souhaitez éviter une version généralisée, européanisée, des manifestations des gilets jaunes, il serait sans doute judicieux de commencer à agir – et rapidement.

2 commentaires
Pardon mais les véhicules électriques ne sont pas exempts d’émissions de CO2.
En effet, en Allemagne la production d’électricité génère du CO2 : entre 300 et 600 g/kwh, ce qui fait environ entre 60 et 110g de CO2 par km pour un véhicule électrique
Nous sommes dirigés par des crétins……voilà la triste réalité……ces gens là ,très grassement payés n’ont rien à faire de leurs pays et des populations qui les composent…..seul leur petit confort personnel est important pour eux…..la solution : un grand coup de balai………