Présentée comme un mal nécessaire, l’inflation est en réalité l’un des instruments les plus puissants dont dispose l’État moderne. En manipulant la monnaie par l’intermédiaire de la Réserve fédérale, le gouvernement peut dépenser sans compter, tout en transférant discrètement le coût de ses choix sur les ménages, les épargnants et les retraités.
L’inflation, véritable « impôt caché », ne nécessite aucune modification de la législation fiscale pour être imposée, aucune administration pour être prélevée, et permet à la classe politique d’accuser ses boucs émissaires favoris d’en être à l’origine. Elle donne au gouvernement le pouvoir de dépenser sans que cela ne lui coûte rien, tout en créant de multiples problèmes qui servent de prétexte à l’interventionnisme étatique. L’inflation constitue le socle d’un gouvernement impérieux et ne peut que nous mener à notre propre perte.
Le gouvernement américain crée de l’inflation par l’intermédiaire de sa banque centrale, la Réserve fédérale. Bien que la Fed remplisse de nombreuses autres fonctions, sa responsabilité première consiste à soutenir certains agents économiques privilégiés via un processus complexe d’inflation monétaire.
L’inflation, explique l’économiste Judy Shelton, érode les fondements du marché libre, et même les lois de l’offre et de la demande. Elle fausse les prix, fait passer les entreprises pour des profiteurs et trompe les travailleurs en leur donnant l’illusion que leurs salaires ont augmenté. À cause d’elle, les familles glissent progressivement vers des tranches d’imposition sur le revenu plus élevées, alors que leur pouvoir d’achat réel n’a pas augmenté.
L’inflation est évoquée à demi-mot dans la charte de la Fed, qui l’enjoint à « assurer l’élasticité de la masse monétaire ». L’ancien président de la Fed, Ben Bernanke, s’en est d’ailleurs vanté un jour : « Le gouvernement américain dispose d’une technologie appelée la machine à imprimer des billets (ou, aujourd’hui, son équivalent électronique) qui lui permet de produire autant de dollars américains qu’il le souhaite, pour un coût pratiquement nul. »
Si vous êtes en train de penser que la Fed est en fait le plus grand faux-monnayeur de l’histoire, sachez que presque personne ne voit les choses sous cet angle, et certainement pas le gouvernement, ni les responsables de la Fed eux-mêmes.
L’inflation générée par la Fed résulte en grande partie du mécanisme de « monétisation de la dette fédérale », une expression assommante pour décrire le tour de passe-passe utilisé afin de combler les déficits du gouvernement. Pour le dire simplement, le gouvernement appose sa signature sur des morceaux de papier qu’il appelle « bons du Trésor », puis la banque centrale imprime d’autres morceaux de papier qu’elle appelle « argent », qu’elle utilise ensuite pour acheter ces bons du Trésor (bien que cette transaction ait lieu par l’intermédiaire des institutions financières). Comme par magie, le gouvernement fédéral dispose ainsi de nouvelles liquidités à dépenser, merci à la petite souris que l’on appelle la Fed.
Lorsque le gouvernement nous a imposé la création d’une banque centrale en 1913, créer de la monnaie à partir de rien était un défi bien plus grand qu’aujourd’hui. Puisque l’inflation résulte de l’augmentation de la masse monétaire, la quantité d’or disponible constituait alors une limite au montant de la dette publique que la Fed pouvait racheter, ce qui restreignait par ricochet les dépenses de l’État, et donc ses pulsions guerrières. Cette limitation des dépenses publiques représentait un frein à l’expansion de l’État. Le seul moyen pour les élites politiques de se débarrasser d’une telle restriction était d’en finir avec l’or.
Huit ans après la création de la Fed, en 1921, les États-Unis ont sombré dans une grave crise économique, qui fut de courte durée et demeure largement méconnue aujourd’hui car le gouvernement n’a pas cherché à intervenir pour l’arrêter. Puis, huit ans plus tard, en 1929, le marché boursier s’est effondré. Lorsqu’une nouvelle administration a pris le pouvoir en 1933, l’économie était à genoux.
Convaincus que le capitalisme libéral était responsable, les électeurs, désemparés et sans emploi, se sont tournés vers l’État. Le 5 avril 1933, le président Roosevelt a promulgué le décret présidentiel 6102, ordonnant à tous les citoyens de remettre leur or à l’administration, sous peine de sanctions sévères. En raison de ce décret, ainsi que de beaucoup d’autres mesures interventionnistes de ce type, la plupart des historiens considèrent Roosevelt comme l’un des plus grands présidents de l’histoire américaine.
Après ce véritable hold-up, l’administration a mis fin à la convertibilité du dollar en or pour les citoyens américains. Les investisseurs internationaux et banques centrales étrangères étaient en revanche toujours autorisés (bien que découragés) à échanger leurs dollars contre de l’or, jusqu’au 15 août 1971, date à laquelle le président Nixon a définitivement mis fin à la convertibilité. Suite à cette rupture totale de tout lien entre l’or et le dollar, notre système monétaire a perdu son meilleur rempart contre les caprices de la classe politique.
Sans surprise, l’inflation a atteint des sommets dès 1973, à plus de 10 %. Comme nous l’enseigne Mises, dans un régime d’étalon-or, la croissance de la masse monétaire dépend de la rentabilité de l’extraction minière. Une monnaie purement fiduciaire, à l’inverse, peut être imprimée sans limite, si ce n’est l’intégrité des responsables du gouvernement et de la Fed, ce qui n’est pas vraiment rassurant.
Pourtant, les partisans du monopole monétaire de l’État nous assurent que la prolifération de la monnaie fiduciaire profite à l’économie. Selon eux, la banque centrale ne mène pas une politique inflationniste, elle se contente d’être « accommodante ». Le mot « inflation » est devenu tabou, c’est pourquoi il a été remplacé par l’expression « politiques monétaire accommodantes ».
Nous verrons dans notre prochain article que ces politiques sont loin d’être sans conséquences.
Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute. Original en anglais ici.
