De Rome à Washington, les mêmes erreurs produisent toujours les mêmes désastres.
« Il existe une vieille anecdote à propos d’Oliver Cromwell.
Après la prise de la ville de Drogheda, les habitants furent rassemblés sur la place principale. Cromwell déclara à ses lieutenants :
‘Très bien. Tuez toutes les femmes et violez tous les hommes.’
L’un de ses aides osa alors intervenir :
‘Pardon, mon général… ne serait-ce pas plutôt l’inverse ?’
Une voix jaillit de la foule :
‘Monsieur Cromwell sait parfaitement ce qu’il fait !’ » – Seymour Hersh
La nouvelle année a commencé en fanfare. CBS rapporte :
« Les responsables vénézuéliens condamnent la capture de Maduro, qu’ils qualifient d’‘enlèvement’. »
Mais M. Trump sait-il ce qu’il fait ? Quelle est exactement l’accusation portée contre Maduro ? Du « narco-terrorisme » ?
Comme pour les armes de destruction massive, les preuves de son existence sont minces – quelle que soit d’ailleurs la signification réelle de ce terme. Le Venezuela ne faisait apparemment que transiter de la cocaïne, pas du fentanyl. Or, la cocaïne n’est pas la drogue la plus mortelle : elle serait impliquée dans environ 30 000 décès par an. L’alcool, lui, serait responsable de 178 000 morts annuels. L’obésité, de 300 000.
Pourtant, partout dans le monde, nombreux sont ceux qui semblent se réjouir de l’enlèvement de Maduro et de sa femme – notamment en Iran, en Russie, en Chine et en Corée du Nord. Ils se souviennent sans doute de cette maxime attribuée à Napoléon : « N’interrompez jamais votre ennemi lorsqu’il commet une erreur. »
Faire tomber un grand empire exige une grande imprudence. Tenter de « diriger » le Venezuela, par exemple, pourrait entraîner les Etats-Unis dans une nouvelle guerre inutile, coûteuse et profondément déstabilisante. Les rivaux américains à l’étranger — tout comme ses propres entrepreneurs de la « défense » — ne pourraient que s’en réjouir.
C’est là toute la magie de l’Histoire… Les dirigeants délirent quand ils en ont besoin, puis les foules se rallient aux programmes les plus absurdes et les plus destructeurs. « En route pour Moscou ! » crient les soldats… avant de mourir de froid dans les steppes impitoyables.
Un véritable empire en déclin a besoin de bourbiers, de gouffres financiers, de pièges dont il ne peut se dégager. C’est précisément là que le Venezuela entre en scène.
Hier, nous avons examiné comment l’abominable budget 2025 avait fixé le cap financier des Etats-Unis : toujours plus de déficits, toujours plus de dettes, toujours plus d’emprunts. Des taux d’intérêt plus élevés. Si vous vouliez délibérément tuer l’économie américaine, c’est exactement le programme que vous mettriez en œuvre.
Et au premier signe de revers — krach boursier ou récession — vous tenteriez de relancer la machine avec encore plus de déficits, davantage de « relance », des taux plus bas et un assouplissement quantitatif sans limites.
Il ne serait alors plus qu’une question de temps avant la faillite.
Mais aujourd’hui, intéressons-nous à l’autre pilier essentiel du programme de destruction impériale : la guerre.
Dans ce qui demeure sans doute l’exemple le plus célèbre de surexpansion impériale de l’Histoire, Jules César attaqua les tribus gauloises en 58 av. J.-C. Il était lourdement endetté. Comment trouver beaucoup d’argent ? En le volant. César entreprit donc de soumettre la Gaule – l’actuelle France, la Belgique et une partie de la Suisse – dans l’espoir de piller les campagnes et d’imposer un tribut aux tribus vaincues.
Hélas, il réussit. Il étendit les frontières de l’Empire romain jusqu’à le rendre ingouvernable et indéfendable. Ce caractère « ingouvernable » apparut crûment une dizaine d’années plus tard, lors de la guerre civile de César – conflit qui ne s’acheva qu’en 31 av. J.-C., lorsque Octave (le futur Auguste) vainquit Antoine et Cléopâtre à Actium.
Par la suite, dans la Rome antique comme dans l’Amérique moderne, il ne se passa pratiquement pas un jour sans qu’une révolte, une insurrection, un attentat ou une guerre ouverte n’éclate quelque part dans l’empire.
La chute de l’empire américain a elle aussi commencé par une aventure militaire insensée.
L’Irak n’avait rien à voir avec le 11 septembre. Et son dirigeant, Saddam Hussein, était l’un des adversaires du terrorisme les plus efficaces de la région. Mais l’Histoire avait décidé de reprendre la main. L’empire devait ouvrir son portefeuille – et ses veines – répandant son sang et ses trésors dans des lieux où il ne disposait ni d’un objectif de guerre crédible, ni d’une stratégie réaliste pour l’atteindre.
Et aujourd’hui, les frappes sans raison claire, là où rien ne peut être gagné, se multiplient. La BBC rapporte :
« Les Etats-Unis ont lancé des frappes contre des militants liés au groupe Etat islamique (EI) dans le nord-ouest du Nigeria, où ils cherchent à s’implanter.
Le président américain Donald Trump a déclaré que les frappes de Noël étaient ‘puissantes et meurtrières’, qualifiant le groupe de ‘racaille terroriste’ et affirmant qu’il ‘ciblait et tuait sauvagement, principalement, des chrétiens innocents’.
Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Maitama Tuggar, a toutefois précisé à la BBC qu’il s’agissait d’une ‘opération conjointe’ et qu’elle ‘n’avait rien à voir avec une religion particulière’. »
Mais on peut toujours compter sur la foule pour se rallier à la cause.
Et une fois que le Grand Chef a goûté à la gloire étrangère, il devient difficile à rassasier. Trump a déjà menacé le Groenland et le Panama, affirmant qu’il « n’excluait pas » une action militaire si les circonstances l’exigeaient. Désormais, il avertit aussi le président colombien Gustavo Petro qu’il « ferait mieux de surveiller ses arrières ». La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, ferait bien, elle aussi, de garder les yeux ouverts. Trump affirme qu’il « faudra bien faire quelque chose » à propos du Mexique…
En route pour Moscou !
