La France paie désormais sa dette plus cher que presque tous ses voisins de la zone euro. L’écart avec l’Allemagne atteint des niveaux historiques, tandis que les taux longs s’envolent à une vitesse rarement observée. Et si le krach des OAT était le premier vrai signal d’alarme d’un déséquilibre beaucoup plus large ?
Cela ressemble à un feuilleton, mais cela mérite désormais l’appellation de « série dramatique » en 52 épisodes.
Des esprits plus alarmistes qualifieront la séquence actuelle de scénario catastrophe : si ce n’est pas encore le cas, ça en prend résolument le chemin pour nos OAT.
Et, pour paraphraser un aphorisme humoristique : dans la course vers le précipice obligataire, la France fait largement la course en tête au sein de la zone euro.
C’est clair qu’avec 4,86 % de rendement ce 30 septembre, nos OAT laissent loin derrière les poursuivants les plus éclopés comme Chypre (4,10 %), la Belgique (4,37 %), la Slovaquie (4,42 %), la Grèce (4,45 %, soit 40 points de moins que notre 10 ans !), la Lituanie (4,55 %) et l’Italie (4,64 %).
Bien sûr, on trouve hors zone euro des rendements plus stratosphériques, avec 5,43 % pour le Royaume-Uni, 5,60 % pour la Serbie, 6,36 % pour la Pologne et 7,76 % en Roumanie, mais ces pays ne font pas partie de la même équation monétaire que nos OAT.
Là où la comparaison nous fait mal, c’est par rapport au Bund, avec un spread (écart de rendement) de +128 points : c’est un record historique.
Ce rendement de 4,8600 %, c’est également un sommet depuis le tout début du mois de juin 2008 et, croyez-le ou non, à l’époque, le Bund affichait 4,695 %, soit une grosse quinzaine de points de spread, contre huit fois plus ce 30/09/2026.
Au pire moment de la crise grecque (mars 2011), notre OAT affichera jusqu’à 3,82 %, contre 3,500 % pour le Bund (+32 points, soit deux fois les +16 points affichés lors de la crise de 2008).
Mais, pour bien saisir l’ampleur du dérapage de la cherté de notre dette, en termes de charge d’intérêts, nos OAT offraient 3,65 % le 30 juin dernier et le Bund 2,85 %, soit 80 points de spread (notons que 2,85 %, c’était également sa rémunération au 1er janvier, contre 3,55 % pour nos OAT).
Le véritable dérapage s’est en fait enclenché le 14 août avec le franchissement des 4,00 % : +86 points en six semaines, contre +38 points pour le Bund (qui offrait à peine 3,20 % mi-août).
Ce qui va nous faire le plus mal financièrement, ce sont ces +130 points de coût d’emprunt depuis le 1er janvier, avec 340 Mds€ de dette à refinancer en 2027.
Mais, symboliquement, que ce soit pour les détenteurs de dette française ou pour les agences de notation, qui doivent se prononcer mi-octobre puis mi-novembre, ce sont bien ces +50 points de coût de refinancement supplémentaire par rapport à l’Allemagne, en quelques semaines, qui vont peser lourd.
Et dire que les experts en faisaient des tonnes sur le risque de crise pour nos bons du Trésor en constatant ce « surgissement » de +25 points dans les semaines qui ont suivi la dissolution de notre Assemblée, en juin 2024.
Et les prédictions les plus alarmistes — que nous avions relayées et reprises à notre compte — ont commencé à circuler quand le spread OAT/Bund a franchi cette résistance historique des +90 points le 3 septembre dernier.
Quatre semaines se sont écoulées et le spread s’est dégradé de très exactement +1 point par jour dans l’intervalle.
À quel moment les investisseurs ont-ils réalisé que la dette française allait droit dans le mur ?
Peut-être attendent-ils de voir le 30 ans français (5,48 %) surpasser le 30 ans américain, qui vient de battre un nouveau record à 5,64 %.
Vu le momentum (la vélocité haussière) de nos taux longs, le 30 ans américain n’a aucune chance de rester devant nos OAT d’ici au 10 octobre : nos OAT seront les premières à inscrire 6 % !
La dernière fois que les taux longs US ont testé les 5,6 %, c’était en mai 2002 ; la dernière fois qu’on les a vus à 6 %, c’était… en mars 2000 — cela ne s’invente pas —, au moment de l’éclatement de la bulle Internet !
Et, de la même façon, l’OAT à 30 ans n’avait plus approché les 5,5 % depuis mai 2002, ni les 6 % depuis février 2000… et il faut ensuite remonter à novembre 1997.
Nous voici en tout cas revenus 23 ans en arrière : les +500 points de nos OAT à 30 ans ont été intégralement repris depuis le 1er janvier 2021, et notre 10 ans est repassé de -0,35 % (eh oui !) à plus de 4,85 %, soit +510 points.
Le ratio dit tout : 18 ans pour perdre 500 points, contre 5 ans et 9 mois pour les reprendre.
Pour le 30 ans américain, le tableau est à peu près identique, mais l’écart est de -450 puis +450.
Et avec +450 points, dont +50 points depuis le 28 août, le Nasdaq Composite en terminait ce 30 septembre à moins de 1 % de son record absolu du 22 septembre.
Et, croyez-le ou non, le 30 ans oscillait entre 5,25 % et 5,30 % le 22/09 : +35 points de rendement sur l’obligataire (et même +38 points sur le 10 ans), et le Nasdaq ne cède quasiment rien.
Et depuis le 22 septembre, ce sont cinq titres — pas un de plus — qui ont représenté 90 % des gains du S&P 500, qui, sans cela, serait en forte baisse, avec 85 % de ses composantes en repli de plus de 20 % par rapport à leurs sommets annuels, c’est-à-dire « en territoire de correction ».
Et c’est encore pire en comparant avec le précédent zénith du 22 août : 90 % des titres du S&P 500 sont plus bas qu’il y a six semaines, et une poignée de géants de la tech compense une hausse de +68 points du 10 ans.
Les divergences de mars 2000, qui ont abouti à l’éclatement de la bulle des dot.com, étaient tout simplement « anecdotiques » au regard du tableau que Wall Street contemple sans trembler à l’entame du quatrième trimestre. Le VIX, baromètre de l’aversion au risque, a terminé septembre à 16,30, soit 250 points de moins que la veille de l’éclatement de la guerre dans le Golfe, avec des taux à 10 ans 135 points moins élevés.
Et le Nasdaq-100 a pris +6 000 points très exactement depuis le 28 février, soit +24 %, tandis que les taux longs se sont renchéris de +33 % au cours des mêmes six mois. C’est un temps record.
Cette combinaison « +24 % actions / +33 % taux » n’a jamais existé depuis le krach de 1987 ; et nul ne sait comment cette divergence historique va se résoudre.
Peut-être qu’une « superintelligence » (selon Trump) a déjà la réponse et qu’elle a peur de la rendre publique, redoutant un vent de panique.
Peut-être sait-elle que le krach de nos OAT, c’est justement le canari dans la mine ?
Peut-être table-t-elle sur la hausse symétrique de certains actifs qui ne s’impriment pas comme des billets de Monopoly !

1 commentaire
Sortir des marchés financiers qui tiennent les Etats à la gorge !
Une nouvelle organisation sous la forme d’un système socialisé du crédit en lieu et place des banques privées.
Un « système socialisé » dont la souveraineté ne revient ni au capital ni à l’État, mais appartient à des structures similaires à celles des conseils d’administration.
Des conseils où figureront des représentants de toutes les parties intéressées, constitutives d’un écosystème du crédit, en lieu et place de l’unique critère du profit qui est celui des banques privées, avec dans leur composition :
Des banquiers professionnels, des représentants de la Banque centrale et/ou de l’État (préfet…), mais aussi des entreprises, des associations environnementales, des ménages/consommateurs intéressés aux décisions de crédit et à la manière dont elles sont prises, bref tous les acteurs qui sont légitimes pour piloter l’allocation du capital selon un ensemble de critères variés et équilibrés comme par exemple :
– Critères financiers (quels risques ?),
– Critères environnementaux (quelles urgences, quels avantages ?),
– Critères économiques (quelles perspectives de développement ?),
– Critères sociaux (quelles nécessités de revitalisation d’un bassin d’emploi ?),
– Critères territoriaux (quelles vertus d’aménagement ?).