Portés par l’immobilier, la Bourse, le crédit et des décennies d’inflation monétaire, les baby-boomers ont bâti une richesse historique. Mais cette prospérité n’a pas été transmise : elle a été consommée, financée par la dette et laissée en héritage aux générations suivantes.
Voici les dernières nouvelles, rapportées par Common Dreams :
« La réalité saisissante de l’économie américaine
Les données publiées cette semaine par l’Université du Michigan et Gallup montrent que le moral des consommateurs américains s’effondre — au moment même où les marchés actions battent des records.
‘Absolument incroyable’, a commenté The Kobeissi Letter. ‘En six ans, le S&P 500 a bondi de 130 %, tandis que le moral des consommateurs américains a chuté de 55 %, tombant à son plus bas niveau depuis la création de l’indice en 1952. Nous assistons à la formation du plus grand fossé de richesse de l’histoire moderne.’ »
Que se passe-t-il ?
Disons-le simplement : les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent.
Mais il ne s’agit pas seulement d’une fracture financière. C’est le symptôme d’une économie truquée et d’un gouffre démographique qui s’ouvre désormais au cœur de la société américaine.
Revenons à la défaite de Thomas Massie. Elle illustre parfaitement le rôle central joué par cette fracture de richesse. D’abord, parce qu’elle a été intégralement financée par de grandes fortunes — des gens qui, pour certains, n’ont peut-être jamais mis les pieds dans le Kentucky. Massie a constamment voté contre l’aide étrangère, y compris l’aide à Israël. Les partisans du « Israël d’abord » voulaient sa peau. Ils l’ont eue – pour 32 millions de dollars.
Ensuite, parce que cette bataille a été remportée par l’électorat boomer. IJR rapporte :
« Selon un sondage Quantus Insight du 13 mai, 72 % des électeurs âgés de 26 à 35 ans soutenaient Massie, contre seulement 16,2 % pour Gallrein. À l’inverse, chez les électeurs de 66 à 75 ans, Gallrein recueillait 61,8 % des intentions de vote, contre 27,1 % pour Massie.
Le même sondage donnait également à Massie une avance de 37 points chez les 36-45 ans, et de 16 points chez les 46-55 ans. Gallrein, lui, dominait chez les 56-65 ans, avec 54 % contre 36 %.
Un autre sondage publié vendredi par Big Data Poll indiquait que 81,5 % des électeurs de 18 à 29 ans soutenaient Massie, de même que 70,7 % des 30-44 ans. Chez les plus de 65 ans, en revanche, Gallrein menait avec 61,1 % des voix, contre 38,9 % pour Massie. Un mois plus tôt, le 8 avril, Big Data Poll relevait déjà que 78,5 % des électeurs de 17 à 29 ans soutenaient Massie, tandis que 65 % des plus de 65 ans soutenaient Gallrein.
La même enquête montrait que Gallrein ne devançait Massie que dans une seule catégorie : les électeurs de plus de 65 ans. »
Pourquoi un tel écart ? Les boomers, semble-t-il, restent attachés à l’idée, héritée de l’après-guerre, d’un État israélien vertueux et peinent à imaginer que ses intérêts puissent diverger de ceux des Américains. Mais la cause profonde pourrait bien se trouver ailleurs : dans cette fracture de richesse évoquée précédemment.
Dans un essai remarquable signalé par notre vieil ami Doug Casey, John Carter explique que les baby-boomers ne se sont pas enrichis seulement parce qu’ils ont eu de la chance :
« La génération du baby-boom a contracté des dizaines de milliers de milliards de dollars de dette au nom de ses descendants afin de financer des programmes sociaux dont seuls les baby-boomers profiteront. »
On pourrait ajouter qu’ils se sont aussi offert, et complus dans des guerres inutiles, pour un coût d’environ 10 000 milliards de dollars. Et maintenant, qui paiera les 39 000 milliards de dollars de dette publique américaine ? Certainement pas les boomers.
Je parle ici en boomer : nos vies ont été marquées, du berceau jusqu’à la tombe qui approche à grands pas, par une amélioration continue de notre existence. Les progrès techniques se sont enchaînés : climatisation, direction assistée, air plus propre, télévision, TikTok, Internet, chirurgie à cœur ouvert, etc.
Nous avons aussi, dans l’ensemble, trouvé du travail sans trop de difficulté, avec des revenus en hausse et des actifs qui prenaient de la valeur. Dans les années 1970, il suffisait d’acheter une bonne maison et quelques bonnes actions, puis de suivre le conseil de Bernard Baruch. Il disait être devenu riche grâce à son derrière : il achetait des biens, puis restait assis dessus.
Pour les boomers, tant que vous évitiez de vous faire tuer au Vietnam — ou de gâcher votre vie dans l’oisiveté, la drogue, l’alcool, ou les bolides — les choses finissaient généralement par bien tourner. Carter écrit :
« Pour le boomer, la gratification différée a toujours fini par payer.
Pour le zoomer — comme pour le millennial et la génération X — cela n’a tout simplement pas été le cas. »
Et voici l’idée clé :
« Les boomers ont bénéficié d’une sorte d’effet Cantillon générationnel : ils sont nés à un moment suffisamment proche de celui où l’inflation a véritablement commencé à s’emballer. Résultat : l’argent qui leur tombait entre les mains valait toujours plus que la menue monnaie que leurs enfants parviendraient péniblement à récolter plus tard. »
Richard Cantillon était un associé de John Law. Il avait observé que les premiers bénéficiaires de la monnaie nouvellement créée étaient ceux qui en tiraient le plus grand avantage. Ils pouvaient la dépenser comme si elle avait encore toute sa valeur.
Mais ensuite, la valeur de cette fausse monnaie déclinait. Comme nous l’avons souvent rappelé, mesuré en or, le dollar a perdu 99,111 % de sa valeur depuis 1971. Nous avons profité de la pleine valeur du dollar il y a 54 ans. Nos enfants, eux, n’en recueillent plus qu’un infime résidu.
Nous avons eu de la chance. Et nous n’avons pas été dignes de cette chance. Nous n’avons pas planté d’arbres pour nos petits-enfants ; nous les avons coupés pour nous réchauffer nous-mêmes.
Il nous suffisait d’enfiler notre bermuda de surfeur et de nous laisser porter par les grandes vagues — celle de l’emploi, celle de l’immobilier, celle de la Bourse. Notre richesse en dollars pouvait être multipliée par cinquante, rien qu’avec le Dow Jones.
Quant à la maison que nous avions achetée pour une bouchée de pain en 1975, elle vaut aujourd’hui si cher que nos propres enfants ne peuvent plus se l’offrir.

1 commentaire
Un article d’une magnifique honnêteté.
Evidemment tous les boomers ne se sont pas comportés de cette façon, certains ont fait le nécessaire pour mettre leurs enfants à l’abri de gros soucis financiers, mais c’est toujours une question de moyenne. Et la moyenne des boomers a été d’un égoïsme monstrueux, que les générations futures risquent de devoir payer cher, par des emplois précaires, un accès très difficile à la propriété, un climat de moins en moins supportable, voire (si l’on veut vraiment pousser le raisonnement à son terme) une santé et des gènes endommagés par des décennies de pollution des eaux, de l’air et de l’alimentation.
Mais pourquoi ressentir de la honte pour des choses dont nous ne verrons jamais les pires effets ? Uniquement les prémices, face auxquels nous pouvons encore détourner « inocemment » le regard comme nous le faisons face à un mendiant, ou pire, choisir le déni.