Dans cette lettre ouverte adressée à Donald Trump, Bill Bonner expose une critique structurelle du système politico-économique américain. Il avance un programme radical : budget fédéral strictement équilibré, suppression des privilèges, réduction massive des dépenses, notamment militaires. Une feuille de route présentée comme la seule voie possible pour enrayer le déclin impérial des États-Unis.
« D’accord, Monsieur Je-sais-tout, nous a écrit un lecteur. Que feriez-vous, à sa place ? »
Certains lecteurs ont l’impression que nous sommes critiques envers M. Trump. Mais nous ne critiquons pas les chiens parce qu’ils aboient, ni les nuages parce qu’ils cachent le soleil. M. Trump fait simplement l’œuvre des dieux.
Mais ce sont des dieux espiègles. Pas l’Être aimant et bienveillant du christianisme moderne. Certainement pas le Dieu de l’Évangile de la prospérité. Ni le Dieu de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. Ce sont les dieux de la jalousie, de la guerre et de la haine… de la luxure et de l’avidité… et de la pauvreté.
Rappelons au lecteur comment, selon nous, le système politico-économique fonctionne réellement. Dans les années 1970, un large groupe de penseurs — Tullock, Olson, Krueger, Niskanen et Charlotte Twight — économistes et politologues, ont montré comment et pourquoi des gens ordinaires, poursuivant leurs propres intérêts, transforment une société « libérale » en société « illibérale ». Les sociétés n’ont pas l’intention de devenir « fascistes », par exemple. Les empires n’ont pas l’intention de décliner. Personne ne veut vraiment étouffer l’initiative, l’investissement ou l’innovation. Et personne ne veut être pauvre.
Comme nous le disons ici, les gens en viennent à penser ce qu’ils doivent penser, au moment où cela est nécessaire. Ils suivent les incitations et les opportunités immédiates, sans grand égard pour les conséquences à long terme ou théoriques.
Ils cherchent à progresser. Et ils utilisent le gouvernement — avec son quasi-monopole de la violence — pour les y aider. Ils cherchent à échanger des votes et des contributions politiques contre un traitement de faveur. Exemple simple : l’éthanol. Les producteurs de maïs — grâce en grande partie au pouvoir disproportionné des sénateurs de la Corn Belt — ont obtenu une « rente »… une demande accrue pour leur produit, décrétée par la loi. En 2005, le Congrès a imposé aux compagnies énergétiques d’acheter de l’éthanol à base de maïs et de l’ajouter à l’essence. Cela aiderait à prévenir le « réchauffement climatique », affirmaient les promoteurs. Nous sommes désormais 21 ans plus tard et l’administration actuelle estime que le réchauffement climatique est un canular. Mais la « rente » existe toujours. Les agriculteurs en dépendent. Et les grandes industries agricoles continuent d’envoyer de l’argent aux politiciens pour les remercier de leurs services.
Les rentes sont, par définition, inutiles et inefficaces. Ce sont des subventions, des plans de sauvetage, de l’assistance publique, et des pratiques de racket. Les droits de douane, par exemple, sont essentiellement des « rentes » pour certaines industries sélectionnées, payées par des hausses de prix imposées aux consommateurs. Les rentes sont mises en place pour favoriser un groupe de bénéficiaires. Elles pénalisent tous les autres. Et elles sont rarement supprimées.
Au fil du temps, ces rentes s’accumulent… et deviennent un énorme frein pour l’économie et un immense gaspillage de l’argent des contribuables. C’est en partie la raison pour laquelle l’État fédéral affichera un déficit de près de 2 000 milliards de dollars cette année, sans guerre majeure ni récession.
Aujourd’hui, presque tout le monde reçoit une rente d’une forme ou d’une autre. Les riches. Les pauvres. Les classes intermédiaires. Et Donald Trump en ajoute rapidement… avec les droits de douane, les dividendes tarifaires, les dividendes guerriers et les Baby Bonds.
Avec tant de porcelets tétant, la truie s’affaiblit. Un empire autrefois dynamique connaît un déclin, naturellement. Et l’augmentation des rentes rapproche l’avenir.
Notre point de vue, minoritaire… et largement considéré comme « défaitiste »… est que ces choses se produisent indépendamment de ce que quiconque pense. L’histoire avance, et les pensées suivent.
La qualité de Donald Trump est qu’il est extraordinairement « normal », poursuivant ses propres intérêts avec une détermination rarement égalée. Comme tout le monde, il pense ce qu’il doit penser… et rien de plus. Et il a peut-être raison.
Un véritable réformateur ne serait probablement pas toléré. Les gens ne renoncent pas volontiers à leurs rentes. Ils pensent y avoir droit… qu’elles leur sont dues. Quiconque voudrait les leur retirer doit être un communiste ! Un terroriste ! Un anti-américain ! Une menace pour Dieu et la patrie !
Sagement, M. Trump ne nous a jamais demandé conseil. Mais nous le lui donnons quand même.
Cher Monsieur le Président,
La voie à suivre, si vous vouliez réellement rendre leur grandeur aux États-Unis, est assez simple. Nous allons vous l’exposer. Mais nous vous avertissons également : si vous essayiez réellement de le faire, il n’y aurait pas qu’un seul gamin sur un toit pour vous tirer dessus.
Alors, entrons dans le vif du sujet.
Les empires naissent et disparaissent. Et, le plus souvent, ils s’effondrent dans un tourbillon de corruption, de faillites et de violences. Leur monnaie se déprécie jusqu’à ne plus rien valoir. Leurs armées sont vaincues — ou se retournent contre eux. La guerre civile brise l’unité nationale. Puis les citoyens, autrefois fiers, sont appauvris, tués, réduits en esclavage… et relégués au tas de cendres de l’histoire.
Pourtant, si vous vouliez entrer dans l’histoire comme celui qui a tenté de sauver l’empire plutôt que de l’achever, votre feuille de route serait claire :
- protéger l’intégrité du système monétaire américain ;
- cesser de dépenser davantage que les recettes fédérales ;
- éviter toute guerre qui ne soit pas strictement défensive.
La première étape consisterait à annoncer un changement de cap sans ambiguïté. Plus de déficits. Aucun. Plus de droits de douane. Plus de sanctions. Plus de création monétaire. Plus d’inflation. L’équilibre budgétaire deviendrait non négociable. Le dollar, inattaquable. Et la Réserve fédérale serait abolie.
Il faudrait retrancher environ 2 000 milliards de dollars de dépenses. C’est l’équivalent du revenu annuel d’environ 30 millions de personnes : elles ne l’accepteront pas sans résistance.
Comme l’a montré Milei, inutile de procéder par étapes timorées. Ni gradualisme ni demi-mesures : arrachez le pansement d’un coup.
Adressez-vous directement aux Américains. Dites-leur la vérité : le pays s’approche de la faillite et doit être redressé. Quelqu’un doit prendre cette responsabilité. « Si ce n’est pas nous, qui ? Si ce n’est pas maintenant, quand ? »
L’État fédéral devrait encaisser 4 900 milliards de dollars de recettes fiscales cette année. Voilà la limite. Pas un dollar de plus. Expliquez-le aux électeurs. En 2019, cette somme aurait suffi à financer l’intégralité du budget fédéral. N’était-ce pas suffisant ?
Les dépenses, elles, atteindraient 7 200 milliards de dollars — d’où l’écart de 2 000 milliards. Sortez la hache. Laissez les secrétaires et leurs adjoints régler les arbitrages techniques.
Une exception toutefois : le complexe militaro-industriel et du renseignement. L’autre grand risque pour l’empire vient de là. Soit vous le maîtrisez, soit il vous maîtrise. Livré à lui-même, il vous entraînera dans des guerres inutiles, fera exploser le budget et finira peut-être par affaiblir l’armée qu’il prétend renforcer.
Le dernier président à avoir tenté de contenir les services de renseignement fut JFK. Il en est mort. Vous devrez donc agir avec prudence — mais avec fermeté.
Le véritable budget nécessaire à la défense du territoire serait, selon certains experts, d’environ 500 milliards de dollars. Le reste — près de 1 000 milliards — relève de la rente : des flux massifs dirigés vers l’industrie de l’armement et divers intérêts particuliers.
Ne vous y trompez pas : ces intérêts sont puissants, organisés et dangereux.
Oui, vous luttez à contre-courant de l’histoire. Mais c’est précisément l’enjeu. Un empire en déclin tend à s’autodétruire dans une flambée de grandeur illusoire. Vous prétendez vouloir empêcher cela.
Alors ne tergiversez pas. Ne temporisez pas. Agissez. Retranchez 1 000 milliards du budget de la défense. Expliquez-le aux Américains lors d’une allocution télévisée. Vous ne rendez pas le pays vulnérable ; vous le rendez plus solide — financièrement, économiquement, stratégiquement.
Dites la vérité : depuis des décennies, contribuables et consommateurs paient la facture. Non pas à cause des puissances étrangères, mais à cause de leur propre gouvernement. Il est temps de mettre un terme à l’accumulation des « rentes » et de restaurer les bases d’une prospérité réelle.
Essayez.
Et si vous survivez politiquement — et physiquement — vous entrerez dans l’histoire comme celui qui aura tenté de redresser la trajectoire.
Nous ne faisons que proposer une voie possible.

1 commentaire
Il m’arrive de tenir un discours similaire à mes camarades de gauche mais ils ne comprennent pas. Tout taxer et tout subventionner coute cher car il y a du gaspillage à le faire. La situation normale doit être d’appliquer juste la TVA et les droits de douane, c’est déjà beaucoup. Ne pas taxer est déjà un encouragement. Par exemple, supprimer la TVA sur les matériaux et le travail pour l’isolation thermique pourrait être suffisant. Et encore, certains en profiteront la laine de verre pour autre chose que l’isolation thermique. Il faut taxer le vice (alcool, drogues, jeux d’argent), la pollution (pollueur payeur) et les importations (le comerce extérieur de la France est trés déficitaire) pour réduire les activités néfastes et aider au financement de l’état. Mais il ne faut rien subventionner .