Donald Trump ne s’en cache plus : le droit international ne l’intéresse pas. Dans un monde qu’il conçoit comme un rapport de forces permanent, la souveraineté n’appartient ni aux peuples ni aux États, mais à ceux qui sont assez puissants pour la prendre.
« Ma propre morale. Ma propre conscience. C’est la seule chose qui puisse m’arrêter. »
L’empereur Caligunéron n’aurait pas dit mieux il y a vingt siècles et demi.
Dans une interview exceptionnelle accordée au New York Times le 9 janvier, Donald Trump s’est carrément lâché et a délivré ce postulat : « Je n’ai pas besoin du droit international ».
Afin d’en fournir une illustration édifiante, il a affirmé que « les États-Unis gouverneraient le Venezuela aussi longtemps qu’il le souhaiterait, possiblement pendant des années ».
Il a également affirmé que seule la « propriété du Groenland le satisferait ».
Jamais avare d’un bon conseil, Trump enjoint l’Europe, qui envisage d’envoyer des commandos pour protéger Nuuk, de « se ressaisir » (afin qu’elle cesse de s’en prendre à la liberté d’expression, de se laisser submerger par les flux migratoires) et lui rappelle que, si elle envisageait de faire cavalier seul, l’OTAN ne vaut pas grand-chose sans la puissance américaine.
Son sentiment de toute-puissance est tel qu’il a déclaré dans la foulée ne se sentir contraint par aucune loi internationale, aucune norme, aucun système de freins et de contrepoids.
Ces mots sont typiquement ce que désigne un pays en « état de guerre » : lorsque la force prime le droit : la politique étrangère.
C’était une illustration claire de la vision du monde de Trump : lorsque les intérêts nationaux (on peut même dire impériaux) s’opposent, que le droit n’a plus cours, que les canaux diplomatiques sont devenus superflus et que seul celui qui prétend incarner le pouvoir décide… alors c’est la définition d’un monde en guerre.
Trump l’affirme sans détour : la souveraineté n’appartient ni aux États ni au peuple qui l’a élu, mais à celui qui est assez fort pour s’en emparer.
La politique étrangère des États-Unis a fini de s’embarrasser d’un système de règles complexes qui ont maintenu la cohésion mondiale depuis 1945 : elle est devenue le terrain d’expression de sa volonté personnelle.
Quand Donald Trump annonçait dès le début de son mandat que les États-Unis se retirent de l’OMC (qui est en réalité contrôlée par Bill Gates), de la coopération mondiale sur le climat, puis ce 8 janvier de 66 organisations internationales qui « ne servent plus les intérêts américains » (il est vrai que la moitié sont liées à l’ONU), son but est de s’affranchir de toute dépendance et, accessoirement, de ne plus participer au financement d’entités qui brident ses initiatives.
Tout est désormais très clair : Trump applique la doctrine du « la force prime le droit », dans le cadre d’une tradition géopolitique qui remonte à deux siècles en arrière (très exactement), la « doctrine Monroe ».
Il la décrit comme « trop longtemps oubliée » et, pour bien montrer qu’il fait plus que se l’approprier, et qu’il l’incarne littéralement, il la rebaptise la « doctrine Donroe » (Don comme Donald : on n’est plus à une démonstration de vanité près).
Et bien sûr, il l’adapte à sa sauce : « La doctrine Monroe est très importante, mais nous l’avons dépassée de très loin. Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question ».
Au départ, la « doctrine Monroe » affirme seulement la volonté des États-Unis naissants de s’opposer à toute intervention de puissances européennes sur le continent américain.
Là, il n’est plus question de faire barrage aux ambitions européennes, mais carrément de transformer la région en chasse gardée face à des puissances comme la Chine ou la Russie, ce qui contredit l’esprit des règles de l’OMC, que les États-Unis ne manquent pas d’invoquer chaque fois qu’ils espèrent en tirer avantage, au détriment d’un de leurs concurrents.
La réalité, c’est que les États-Unis jouent sur deux tableaux : quand il n’est pas assuré que l’OMC penche en leur faveur, alors la Maison Blanche fait jouer l’extraterritorialité du droit américain, notamment pour contrôler quel usage peut être fait du dollar.
Cette extraterritorialité peut même atteindre des sommets d’absurdité puisque Nicolas Maduro est accusé de « possession d’armes automatiques et d’engins destructeurs, et de complot en vue de posséder des armes automatiques et des engins destructeurs contre les États-Unis »… ce qui enfreint une loi américaine sur la détention d’armes automatiques datant de… 1928, qui n’a jamais été invoquée contre un chef d’État étranger, parce que cela n’a légalement aucun sens.
Reconnaissons tout de même à Pamela Bondi, procureure générale des États-Unis, d’avoir été capable de faire preuve d’un sacré self-control pour ne pas pouffer de rire en énonçant, il y a une semaine, ce motif d’inculpation lunaire qui n’est soutenu par aucune règle de droit international.
D’autant que l’accusation de narcoterrorisme (là encore une pure invention pseudo-juridique de l’administration Trump) est déjà en train de tomber.
Tandis qu’il apparaît que le « Cartel del Sol », dont Maduro aurait été le « big boss » (motif officiel de sa capture), est également une pure invention, mais de la CIA cette fois.
Le président vénézuélien — à qui on peut certainement reprocher beaucoup de choses — n’a sûrement jamais dirigé un « cartel », et il n’est pas certain qu’il ait le contrôle sur les filières de la drogue opérant dans son pays.
Trump accuse d’ailleurs le Mexique d’être un narco-État, et sa présidente, Claudia Sheinbaum, de « ne pas en faire assez ».
Dans une interview sur Fox News le 7 janvier, Trump envisageait d’ailleurs une opération terrestre contre les cartels mexicains : « Nous allons commencer des frappes au sol en ce qui concerne les cartels, les cartels dirigent le Mexique ».
Du coup, si ne pas être capable de bloquer tout trafic de stupéfiants vers les États-Unis est un motif d’enlèvement d’un chef d’État et de bombardement de son pays, alors il va falloir prévoir de très grands cimetières, du Mexique à la Patagonie, et de grandes prisons pour dirigeants déchus… et il ne restera pas grand monde pour prendre la parole à la tribune de l’ONU lorsqu’il s’agira de débattre des dernières « initiatives » des États-Unis.
À ce stade, vous commencez à vous demander si Trump a des limites (autres que sa « propre morale et sa propre conscience ») et qu’est-ce qui pourrait l’arrêter.
À la grande surprise de Wall Street, ce sont les majors pétroliers américains qui semblent freiner des quatre fers face aux injonctions de Trump à investir au Venezuela.
Lors d’une réunion organisée par Trump à la Maison Blanche suite à l’invasion illégale du Venezuela, ils ont exprimé leurs doutes sur les questions de « sécurité » (les champs pétrolifères de l’Orénoque restent sous le contrôle de Caracas) et de rentabilité.
Car toutes les infrastructures sont à remplacer, parce qu’elles sont soit obsolètes, soit corrodées (par les éléments indésirables contenus dans ce pétrole très sulfurisé), soit opérées par des ingénieurs chinois.
Une « huile » très visqueuse, à la consistance proche du bitume, impossible à raffiner en l’état.
Il faut la mélanger avec des tas d’additifs chimiques coûteux pour la faire sortir de terre et circuler dans des oléoducs.
Après transport maritime et traitement thermique sur le sol US, ce pétrole pourrait revenir à 80 $ le baril… donc absolument pas rentable avec un prix voisin de 57/59 $ sur le NYMEX actuellement.
Parmi les dirigeants de compagnies pétrolières présents, il y avait ceux d’Exxon, Chevron, Shell, Halliburton, Conoco… et ils ont semblé tomber des nues, ou ont manifesté leur incrédulité lorsque Trump a annoncé la « prise de contrôle » du Venezuela, et de 30 à 50 millions de barils.
Il devient vraiment urgent de se demander comment cette affaire vénézuélienne va (mal) tourner, vu que les principaux intéressés déclinent cette « fantastique opportunité » de garantir aux USA du pétrole en quantité pour des générations, et à prix bas.
Wall Street ne s’est pas posé de questions la semaine dernière : les indices US ont battu de nouveaux records en rafale… et en Europe, l’hypothèse d’une confrontation avec Washington au sujet du Groenland n’a pas non plus empêché les records de pleuvoir (dans le sillage des valeurs d’armement, ce qui n’est pas rassurant).
Mais il existe bien quelques investisseurs qui semblent privilégier des actifs plus « défensifs » : depuis l’entame de 2026, la performance de l’or (nouveau record à 4 600 $) est supérieure de 75 % à celle des sept premières séances de 2025, et celle de l’argent de 80 % (re-test du record des 83,95 $ du 29/12/2025).
La demande est amplifiée par un nouvel afflux de capitaux, un sentiment d’urgence accru de la part de certains opérateurs qui voient leurs appels de marge exploser, tandis que d’autres continuent de spéculer à la baisse via des ETF « short » (les positions spéculatives se sont envolées de +200 % depuis le 1er janvier).

2 commentaires
« L’Anti-Trumpisme » est à l’évidence un discours politiquement correct, obligatoire, en France.
Biden, Obama Clinton…..étaient moins impérialistes et plus pacifistes ?
La Guerre contre la Russie au profit de l’Ukraine, un état parmi les plus maffieux d’Europe… Qui l’a engagée et qui la soutient actuellement contre la politique de Trump ?
La guerre en Ukraine a été longtemps à l’avance organisée par l’Occident. La méthode a été de contraindre la Russie à apparaître comme l’agresseur en rapprochant sans cesse l’OTAN de ses frontières malgré l’effondrement du régime soviétique et un régime russe qui n’a commis aucune agression contre l’Europe.
Trump est politiquement et sociologiquement extrêmement intéressant en ce qu’il est considéré par la très grande majorité des médias occidentaux, surtout en Europe et particulièrement en France , comme un Diable. Cette quasi-unanimité, très suspecte par elle-même, signifie principalement que :
1° Les médias occidentaux sont, malgré leur pluralisme quantitatif, dans leur grande :majorité, entre les mains d’un même clan, dont Trump, pour des motifs divers, heurte les intérêts et les idéologies.
2° Ce clan récuse le vote populaire : aucun référendum n’aurait autorisé les gouvernements occidentaux et particulièrement européens à s’engager dans une guerre contre la Russie au prétexte d’une prétendue démocratie en Ukraine.
Il faut rapprocher l’attitude des médias occidentaux vis-à-vis de Trump de leur attitude vis-à-vis de Poutine : Deux Monstres. Comment croire à ces fables médiatiques si manifestement orchestrées pour mener les peuples là où ils ne veulent pas aller : la guerre ?
Félicitations à Trump de s’occuper de ce qui se passe à ses portes, au Groenland et au Vénézuéla, et de cesser de s’occuper de la Russie et de l’Ukraine.
En Amérique latine, beaucoup de gens remercient Trump et espèrent qu’il en fera davantage pour éliminer le narco-communisme, qui détruit les économies et favorise une délinquance ultra-violente. Les Européens peuvent difficilement comprendre la misère causée au Venezuela (où le salaire mensuel est de 4 euros) ou à Cuba. Ils ignorent aussi la violence mexicaine, avec ses centaines de milliers de morts, sous une présidente qui déclare officiellement qu’il est « illégal » de faire la guerre aux cartels de la drogue — ceux-là mêmes qui ont financé sa campagne.
En Amérique latine, la majorité des gens espèrent qu’après le Venezuela, ce sera le tour de Cuba, du Nicaragua, de la Colombie et du Mexique, afin de retrouver un continent sécurisé et prospère. D’ailleurs, les présidents les plus populaires actuellement sont Bukele au Salvador (91 % d’opinions favorables) et Milei en Argentine : deux présidents qui ont mis fin au désastre communiste, tant sur le plan économique que sécuritaire.