Les renards dirigent le Marigot

Rédigé le 19 octobre 2018 par | Deep State, Dette Imprimer

L’équipe Trump est arrivée au pouvoir avec ce qui aurait pu être une opportunité historique d’assainir le Marigot et de rabattre un peu le caquet des autorités.

M. Trump a même annoncé qu’il éliminerait la dette nationale en huit ans.

Au lieu de ça, il a fait équipe avec les démocrates pour pulvériser le plafond de la dette, a donné aux dépensiers du Pentagone encore plus d’argent, a réduit les impôts et a encore creusé le Marigot.

Comme on pouvait s’y attendre, les recettes fiscales ont chuté ; le déficit a augmenté. La dette nationale a grimpé de plus de 1 000 milliards de dollars au cours des 12 derniers mois.

Dans le New York Times :

« Les recettes des impôts sur les personnes ont progressé mais les recettes des impôts sur les sociétés ont perdu environ un tiers par rapport à l’an dernier ».

La chute semble pire lorsqu’on tient compte de l’inflation. Aujourd’hui, un dollar achète environ 2% moins de choses qu’il y a un an, selon l’indice de l’inflation utilisé par la Réserve fédérale pour décider de la politique monétaire.

Le gouvernement a donc encaissé légèrement moins d’argent par rapport à la même époque l’an dernier, et cet argent valait moins que la somme équivalente il y a un an.

On se débarrasse de la graisse

Et maintenant… que fait-on ? Reuters nous en parle :

« Le président américain Donald Trump, confronté à un déficit budgétaire au plus haut depuis six ans, a demandé mercredi à son cabinet de lui faire des propositions permettant de réduire de 5% les dépenses de leurs agences [respectives] — mais il a suggéré que le secteur de la défense serait largement épargné.

 ‘J’aimerais que vous reveniez tous avec une baisse de 5%’, dit Trump à ses secrétaires de cabinet lors d’une réunion à laquelle assistaient des journalistes.

 ‘Si vous faites plus que cela, nous serons très heureux. Certaines des personnes assises à cette table… elles peuvent faire bien plus’, a-t-il encore dit.

 ‘Débarrassez-vous de la graisse. Débarrassez-vous du gâchis’. »

Mitch McConnell, chef de la majorité au Sénat US, était lui aussi sur le coup. Dans Newsweek :

« C’est décevant mais ce n’est pas un problème républicain’, a déclaré McConnell au sujet du déficit, qui a augmenté de 17%, à 779 milliards de dollars durant l’exercice fiscal 2018. McConnell a expliqué à Bloomberg que c’était ‘un problème bi-partite’… »

A la Chronique, nous regardons le cirque de Washington d’un œil cynique. Aucune situation n’est si désespérée… si absurde… et si désastreuse que les autorités ne puissent l’aggraver.

Aucune politique n’est trop stupide… trop contre-productive… et trop corrompue qu’elle ne puisse devenir la loi du pays.

Et aucun homme n’est trop veule… trop dégénéré ou trop idiot pour être démis de ses fonctions officielles.

Une occasion bipartite d’arnaque 

McConnell a raison. Toute cette question est bipartite — une occasion bipartite d’arnaquer la population.

Chaque côté feint un engagement sincère et éternel au service du public. Et aucun des deux ne souhaite décevoir ses propres contributeurs, soutiens, électeurs et compères.

Les deux partis ont donc plus de choses en commun que de choses qui les séparent. Chacun veille aux intérêts des initiés au pouvoir — et que les citoyens aillent se faire voir. Les différences sont culturelles et esthétiques.

Nous sommes bien conscients que cela va complètement à l’encontre du fantasme politique actuel.

Les électeurs rouges (républicains) pensent que les électeurs bleus (démocrates) sont le diable. Les bleus pensent que ces sont les rouges qui ont des sabots et des cornes.

Chacun pense que les dirigeants de son propre parti sont des mélanges de Gandhi et du roi Salomon. Quant à l’opposition, ils sont aussi vicieux qu’Attila et bêtes comme chou.

Cette approche « eux contre nous » de la politique rend bien service aux deux partis. Grâce à elle, les électeurs sont divertis, engagés et distraits.

Les fans sont si occupés à applaudir leur propre camp qu’ils ne se rendent pas compte que les deux équipes sont en fait la même : les élites… les bénéficiaires des politiques du Deep State.

On pille l’économie réelle

Toutes les sociétés ont besoin d’une élite… et elles l’obtiennent qu’elles le veuillent ou non.

Certaines personnes sont naturellement plus fortes, plus ambitieuses ou plus rusées que d’autres. Peu importe le nom que vous donnez à ces initiés, ils prennent le pouvoir…

Comme le disait le grand économiste italien Vilfredo Pareto, les « renards » trouvent toujours comment utiliser le gouvernement à leur propre avantage.

L’individu moyen n’a ni le temps ni les compétences nécessaires pour disséquer le budget fédéral. Il compte sur ses élites — les comptables du Bureau du budget du Congrès, par exemple… ou les experts du conseil économique de la Maison Blanche… ou encore les élus du Congrès et les fonctionnaires de l’administration — pour examiner les chiffres et s’assurer qu’ils ne nuisent pas à la nation.

Cela fonctionne passablement bien… lorsque les gouvernements sont encore petits et relativement récents.

Au début du cycle, les élites aident à faire en sorte que le véhicule reste sur la route. Plus tard, elles le mènent dans le fossé.

Au fil du temps, le système dégénère et les élites deviennent des parasites. Ensuite, les intérêts des renards ne sont plus alignés avec ceux du citoyen moyen.

[NDLR : Comment faire en sorte de battre les élites à leur propre jeu ? En investissant comme elles… avec une longueur d’avance sur les autres investisseurs. C’est parfaitement possible : il suffit de cliquer ici pour savoir comment.]

Au lieu de cela, les élites cherchent des moyens — non plus de servir le public mais de le tromper… et d’utiliser les finances fédérales pour ses propres objectifs, pillant l’économie réelle, dans les faits, pour se récompenser elles-mêmes.

Les électeurs n’ont aucun moyen de savoir ou de comprendre ce qui se passe vraiment, mais ils sentent que quelque chose ne va pas. L’adolescence de Brett Kavanaugh ou les toilettes unisexe semblent être des distractions. Et 40 ans sans augmentation de salaire, cela ressemble fort à du vol.

Pendant de nombreuses années aux Etats-Unis, les républicains et les démocrates se sont battus pour le centre… tentant d’y capturer l’électeur marginal.

Désormais, c’est au centre que se trouve le problème toxique… dans le Marigot… plein d’arnaqueurs glissants et visqueux, veillant à leurs propres intérêts… bourré de fantasmes et de distractions…

Les électeurs vont donc plus à gauche — passant d’Hillary Clinton à Bernie Sanders… ou plus à droite — passant de Jeb Bush à Donald Trump.

Trump a brillamment joué son rôle, promettant du neuf avec tant d’enthousiasme et de franchise inédite, qu’une bonne partie du public l’a cru… et continue de le croire.

Jusqu’à présent, aucun de ses accords ne sous semble franchement raisonnable. Mais s’il pouvait réduire le budget fédéral de 5%, ce serait assurément une réussite aussi bienvenue qu’inattendue.

Notre prédiction : le soleil se lèvera demain à l’heure habituelle. Le déficit se creusera. Les dépenses grimperont, elles ne diminueront pas. Et la dette augmentera.

 

 

 

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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