Vers une deuxième Guerre de Sécession aux Etats-Unis ?

Rédigé le 4 juillet 2018 par | Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

Donald Trump est le héros de l’Amérique profonde. Mais lorsque les dettes pèseront plus lourd et que l’économie ralentira, il sera tenu pour responsable.

Nous passons beaucoup de temps à l’étranger – principalement en Europe et en Amérique du Sud. C’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Du bon côté, la distance nous permet un point de vue plus large – ou plus frais – sur ce qui se passe aux Etats-Unis. Nous pouvons observer les événements sur la scène mondiale… et garder un oeil sur le cirque américain aussi.

Nous risquons en revanche de « perdre le contact » avec notre pays d’origine.

Hier, nous avons fait une séance de rattrapage.

« J’ai passé une bonne partie de ma vie en Louisiane », nous a dit un analyste financier que nous avons rencontré à Paris. « Ces gens ont une manière différente de voir les choses ».

Notre ami était sur le point d’expliquer pourquoi il pensait que les Etats-Unis allaient éclater dans les années qui viennent. Nous transmettons son raisonnement sans préjugés ni commentaires. Mais nous lui ajoutons une préface :

En 1947, l’Inde et le Pakistan se sont séparés. Quand bien même ils avaient vécu ensemble plus ou moins pacifiquement pendant des centaines d’années, la perspective de l’autonomie gouvernementale sembla enflammer les différences entre musulmans et hindouistes. Durant la partition qui en résulta, quelque 14 millions de personnes furent déplacées, et jusqu’à deux millions moururent lors de confrontations violentes.

« Mais qu’est-ce que c’était que ça ? » se sont demandé les Occidentaux.

« Il y a des sujets sur lesquels on ne peut pas faire de compromis », continua notre ami. Il avait quitté la Louisiane des années auparavant pour vivre à New York et Los Angeles, ainsi que dans de nombreux endroits à l’étranger. Mais on pouvait encore entendre un petit accent du bayou dans ses paroles.

Réductions d’impôts, dépenses militaires et protectionnisme : une trilogie désastreuse ?

« Trump divise énormément. Les gens le détestent. Ou ils l’adorent. Cela semble être principalement une question de classe. Si vous êtes allé à l’université et que vous vivez dans une grande région urbaine – ou sur les côtes américaines –, vous le trouvez probablement répugnant.

« Vous ne savez pas vraiment si ses politiques vont faire du bien ou pas. Vous ne savez pas si elles sont meilleures que celles d’Obama ou d’Hillary. Vous ne savez même pas quelles sont les politiques en question… ou comment elles sont mises en place.

« Tout ce que vous avez, c’est ce que vous voyez à la télévision, les tweets de la Maison Blanche et quelques articles dans les journaux qui partagent votre point de vue…

« Vous allez détester Trump parce que vous pensez qu’il défend des valeurs que vous trouvez stupides voire carrément maléfiques.

« En pratique, il a fait trois choses concrètes : réduire les impôts, augmenter les dépenses militaires et entamer une guerre commerciale.

« Si vous êtes une personne éduquée, vous allez probablement penser que ce sont des choses assez idiotes… mais elles ne le sont pas tant que ça. Si quelqu’un d’autre les avait faites, en s’exprimant plus élégamment et en expliquant calmement et rationnellement ce qu’il faisait, ça n’aurait pas été aussi épouvantable.

« Personne ne sait avec exactitude quel devrait être le taux d’imposition… ou les dépenses militaires… ou comment les accords commerciaux devraient être négociés.

« Mais Trump aime diviser. Il aime se battre. Il a son équipe – ses fans, sa base, ses aides, ses hommes de main et ses compères. Tous les autres sont des ennemis.

« De sorte que même lorsque la substance de ses actions n’est pas si scandaleuse, la moitié du pays ne peut pas supporter ce type.

Au-delà de la raison, pas de place pour le compromis ou le respect

« C’est pire encore quand les questions sont ‘non-négociables’. Je pense que l’avortement en fait partie. Si Trump obtient que la Cour Suprême annule Roe v. Wade… beaucoup de gens – notamment ceux qui, sur les côtes, ne supportent pas Trump de toute façon – vont se révolter.

« Je répète, ce n’est pas une question économique ou pratique. Avec les progrès de la médecine, Roe v. Wade n’a probablement plus la même importance. Dans le monde actuel, la plupart des femmes ne sont pas obligées d’avoir des enfants, sauf si elles en veulent. Mais c’est une question de culture, de classe.

« Si vous êtes épiscopalien, vous ne serez probablement pas partisan de Trump. Si vous avez un diplôme universitaire et que vous gagnez plus de 100 000 $ par an… vous pensez probablement que Trump est une honte. Et si vous avez vécu à l’étranger… il y a de très bonnes chances que vous le détestiez.

« Je suis allé à des soirées à Paris où les gens viennent me voir – des Américains – et se lancent immédiatement dans des tirades horrifiées contre Trump. Des gens que je n’avais jamais rencontrés… mais ils étaient si certains que je ne pouvais pas être autre chose que contre Trump, qu’ils se lâchaient purement et simplement.

« Je leur dis que Trump n’est peut-être pas si épouvantable selon moi, et ils me regardent comme si j’étais le diable en personne. Ils n’ont jamais rencontré quelqu’un qui ne soit pas anti-Trump.

« Mais si vous allez voir les baptistes du sud des Etats-Unis, qui ne gagnent pas 100 000 $ par an, qui vivent à Abilene ou Ft Wayne… qui ne sont jamais allés à l’université et n’ont pas de passeport… vous verrez une attitude entièrement différente.

« Trump est leur héros. Ils le vénèrent. Il ne peut rien faire de mal. Et lorsqu’il fait quelque chose qu’ils ne comprennent pas, ils pensent qu’il a un plan… qu’il y a une ruse quelque part. Ils le considèrent comme le Sauveur. Toute attaque contre lui est écartée comme étant des fake news.

« C’est une question de classe et de culture. Deux attitudes différentes. Et pas de terrain d’entente. Pas de place pour le compromis ou le respect mutuel. On est au-delà de la logique. Au-delà de la raison. Comme l’avortement. Ou l’esclavage.

Le génie sortirait de la lampe en Californie

« La Californie est en train de planter le décor pour un tout autre niveau de confrontation. En novembre, les électeurs devront décider s’ils veulent diviser l’Etat en trois. En soi, je doute que ce référendum signifie grand’chose. La mesure ne passera pas aux voix… et quand bien même ce serait le cas, elle mentionne que le Congrès devrait l’approuver, ce qui n’arrivera jamais.

« Les choses ne s’arrêteraient pas là, ceci dit. La Californie compte près de 40 millions d’habitants ; c’est la cinquième économie au monde. Elle ne va pas vouloir siéger au Sénat au même titre que le Wyoming et le Delaware – qui ont une population combinée d’à peine un million d’habitants.

« Elle n’a pas de voix à l’ONU ou autres organisations internationales, même si elle est plus grande et plus puissante que tous les autres pays à l’exception de la Chine, de l’Allemagne, du Japon et des Etats-Unis.

« Elle n’a pas sa propre armée et n’a aucun moyen de se protéger si elle était envahie par les Etats-Unis.

« Mais tout comme le Brexit, je ne pense pas que ça disparaîtra. Après novembre, le génie sera sorti de la lampe… et il ne sera pas facile de l’y remettre. Les électeurs et les politiciens californiens ne vont pas se laisser rudoyer par une grande gueule de New York qu’ils méprisent. [NDLR : Edmen Jim Globalist. Vous trouvez peu crédible ce mouvement de refus de la mondialisation ? Lisez ces révélations de Jim Rickards sur les Etats-Unis de Donald Trump. Découvrez comment l’élite mondiale prépare la mise en place d’un nouveau système financier où le dollar deviendrait secondaire. Et enfin, investissez pour en profiter en cliquant ici.]

« Attendez que l’économie tourne mal… que les dettes arrivent à échéance… et que les prix grimpent. Il va y avoir beaucoup de mécontents.

« Donald Trump sera encore le héros de l’Amérique profonde… mais tous les autres le tiendront responsable de leurs ennuis.

« Et le pays volera en éclats. »

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

4 commentaires pour “Vers une deuxième Guerre de Sécession aux Etats-Unis ?”

  1.  » Si vous avez un diplôme universitaire et que vous gagnez plus de 100 000 $ par an… vous pensez probablement que Trump est une honte.  »

    Et bien je vous invite à aller vérifier les études et sondages aux sorties des urnes pour avoir une idée plus précise de la sociologie des électeurs de Trump et du parti républicain, vous risquez d’avoir des surprises.

     » Si vous êtes une personne éduquée, vous allez probablement penser que ce sont des choses assez idiotes…  »

    Il y a pas mal de gens éduqués qui gagnent très bien leur vie et n’apprécient pas vraiment de payer 40% d’impot.

  2. « En pratique, il a fait trois choses concrètes : réduire les impôts, augmenter les dépenses militaires et entamer une guerre commerciale. »

    Les dépenses militaires des Etats Unis constituent une perte colossale d’investissements non rentables.
    Chaque porte-avions, chaque avion, chaque missile, chaque drône US représente des masses monétaires improductives et volatilisées.

    Du reste, ces dépenses militaires n’empêcheront pas la disparition à plus ou moins long terme de l’hégémonie des Etats Unis sur le reste du monde, un phénomène que rien ne pourra endiguer et qui est la conséquence, d’une part de la mondialisation et de l’autre de la disparition de l’URSS.

    Les Etats Unis n’ont plus d’ennemi dans le monde, il est contre-productif de s’en créer des imaginaires.

    Certes le créditisme ( l’abus de la planche à billets) permet encore, apparemment, ces pertes monétaires astronomiques, mais cela va-t-il durer ?

  3. S’il survient un troisième krach mondial, après ceux de 2000 et 2008, effectivement les gens chercheront un ( ou plusieurs) responsable (s).
    En première ligne, pourraient se trouver Donald Trump et les dirigeants de la FED.

  4. Au 3e krach mondial, le président de la FED sera en Une du TIME pour être « l’homme de l’année ».
    Il aura sauvé l’économie mondial de la ruine qu’elle méritait. (Et peut être que Macron lui donnera même la légion d’honneur)

    Bref, au 3e krach, il se passera la même chose qu’au 2 premier : les pyromanes auront une médaille

    Et les gens seront contents d’avoir de la monnaie de singe en poche.

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