Trinquons à l’OMC

Rédigé le 7 mars 2018 par | actu géopolitique, Liberalisme Imprimer

La Guerre des monnaies a vécu. Place à la Guerre commerciale. Le premier pays à avoir entrepris sa normalisation monétaire a ouvert le feu.

La Guerre des monnaies est terminée. Après avoir triplé la base monétaire rapportée à la taille de l’économie, les principales banques centrales réduisent à présent la voilure. Fini l’assouplissement quantitatif. Finies les tentatives de dévaluer le dollar, l’euro ou le yen.

Ce graphique de l’assureur allemand Allianz montre bien la quantité de monnaie qui a été créée… et le rythme auquel elle est censée disparaître au vu des projections actuelles.

Rythme prévu du resserrement monétaire

Mais comme chacun le sait, après les guerres des monnaies arrivent les guerres commerciales. C’est ainsi que cela s’est passé dans les années 1930 et c’est ainsi que cela se passera sans doute aujourd’hui.

Les Etats-Unis sont le premier pays à changer de cap concernant le resserrement monétaire (en bleu foncé dans le graphique). Les Américains ouvrent aussi les hostilités concernant la Guerre commerciale.

Le président Donald Trump a déjà imposé des taxes douanières sur le papier aluminium, les lave-linge et les panneaux solaires. L’acier et l’aluminium devraient être les prochains sur la liste.

Ce qui inquiète tout le monde, c’est que Trump, en tant que président, a tous pouvoirs sur la politique commerciale. Il n’a pas besoin du soutien du Congrès, comme c’est le cas pour d’autres sujets. Il peut se permettre de n’en faire qu’à sa tête.

Bien sûr, Trump affirme qu’il n’agit que par représailles – comme l’avait expliqué Barack Obama lorsqu’il a imposé des taxes douanières sur les panneaux solaires chinois en 2012. Pendant trop longtemps, les Etats-Unis ont toléré les subventions d’autres pays aux dépens de l’industrie américaine. A présent, les Américains veulent lutter à armes égales.

Il a raison bien sûr. L’Europe, la Chine et d’autres ont abusé de la politique de libre-échange des Etats-Unis en imposant leurs propres barrières douanières et subventions. Mais Trump a également tort s’il pense qu’une situation équitable rendra le monde plus riche. Pas seulement parce que réduire le commerce est une mauvaise chose. Mais parce qu’il va déclencher des mesures de riposte.

Des représailles pour frapper les Etats dans lesquels Trump bénéficie d’un soutien

La réaction des Chinois et des Européens ne s’est pas faite attendre : ils ont immédiatement menacé d’imposer leurs propres droits de douane sur les biens en provenance des Etats-Unis si Trump poursuit son projet.

La beauté de ce type d’impasse est que les deux parties peuvent affirmer prendre une mesure de représailles. C’est la configuration parfaite pour qu’une situation parte en vrille.

Les Européens savent où frapper pour faire le plus mal aux Américains : sur Harley-Davidson et sur Jack Daniels. Ils veulent imposer des barrières douanières d’une manière ciblée. Ce sont là des industries majeures dans les Etats d’origine des plus importants responsables politiques américains et soutiens de Trump.

Cibler des entreprises par des barrières douanières pour influencer la politique américaine est, naturellement, déraisonnable. Mais c’est normal dans une guerre commerciale.

Cependant, il n’y a pas que Trump qui est à l’origine de problèmes. Le Brexit est lui aussi en passe de déclencher une guerre commerciale.

Vive le whisky libre !

Le Royaume-Uni n’arrive toujours pas à déterminer ce qu’il attend du Brexit, parce que personne ne parvient à se mettre d’accord. Sans parler du peuple, qui change sans cesse d’avis. L’Union européenne (UE) a pourtant été claire. Elle veut punir la Grande-Bretagne de son faux pas politique par des sanctions économiques sur le commerce.

Le résultat de tout cela est une confusion totale.

Le journal allemand Der Spiegel a publié un article hilarant sur l’industrie écossaise du whisky. 90% de la production de whisky est destinée à l’étranger, soit un cinquième des exportations alimentaires de la Grande-Bretagne. En outre, cette industrie emploie 40 000 personnes, ce qui a fait d’elle un acteur de premier plan dans la campagne du « Remain ».

Jusqu’à récemment, il en était ainsi. Aujourd’hui, les producteurs de whisky écossais ne veulent plus rien avoir à faire avec l’UE, ni même avec l’union douanière. Croyez-le ou pas, ils ne veulent même pas d’un accord commercial ! La raison en est simple – et elle montre bien la nature bizarre du Brexit et de l’UE.

Sans un accord commercial au sujet du Brexit, la Grande-Bretagne et l’UE tomberaient sous les règles de l’OMC. Or, celles-ci spécifient que les droits douaniers sur le whisky sont de 0% ! Ce qui signifie que l’industrie du whisky s’en sort saine et sauve – et même plutôt pas mal vu la chute de la livre sterling. Peu importe où finira le Brexit, les importations de whisky ne craindront rien.

Aujourd’hui l’industrie du whisky soutien un Brexit dur. Rester au sein de l’union douanière mais hors de l’UE laisserait les producteurs britanniques à la merci des régulateurs européens sans le pouvoir d’influer sur ces réglementations à Bruxelles. Une perspective « terrifiante, » selon les termes d’un représentant de l’industrie du whisky.

Amusant de voir comment une industrie qui a mené une campagne fervente pour le « Remain » est devenue l’un des plus grands bénéficiaires du Brexit. Cela devrait remettre en question tout ce qu’on pense savoir à propos du Brexit.

En Inde, le décalage entre la rhétorique et la politique, s’agissant de guerres commerciales, est rapportée par Bloomberg :

« A Davos en janvier, le Premier ministre indien Narendra Modi a déclaré que l’Inde ouvrait ses frontières au commerce et il a même comparé le protectionnisme au terrorisme. Ce mois-ci, son gouvernement a relevé les droits de douane sur une cinquantaine de groupes de produits, des montres aux cerfs-volants en passant par les téléviseurs et les pièces automobiles. Ces mesures font suite à de nouvelles taxes imposées en décembre sur les biens électroniques comme les téléphones mobiles et les fours micro-ondes. »

Même les défenseurs du libre-échange trahissent la cause.

Où cela mènera-t-il le monde ?

Guerres monétaires, guerres commerciales, guerres armées

Depuis 2008, nous avons assisté à des dévaluations monétaires concurrentielles. Ce n’est qu’une façon de mettre en oeuvre une politique mercantiliste. Les barrières douanières en sont une autre. Nous en sommes à ce stade aujourd’hui.

Le problème n’est pas seulement l’effet sur l’économie mondiale. L’échange commercial fonctionne en nous permettant de produire plus avec moins. Aller contre le commerce signifie privilégier le fait de produire moins avec plus.

Pour un personnage politique, être inefficace est censé entraîner une hausse du taux d’emploi…

Le problème est que cela ne conduit pas à une augmentation de la richesse matérielle. Aucun pays qui a tenté l’autarcie ne s’en est jamais sorti.

Le vrai problème est politique. Si la richesse économique se réduit et que les politiques économiques entre pays sont combatives, on a les conditions d’une guerre – véritable.

C’est là où Trump aux commandes devient réellement inquiétant.

Nick Hubble
Nick Hubble

Diplômé de la prestigieuse université Bond en Finance, Economie et Droit, Nick Hubble est aujourd’hui chroniqueur pour différentes publications financières en ligne telles que « The Daily Reckoning Australia » et « The Money Life Letter« .

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2 commentaires pour “Trinquons à l’OMC”

  1. Après les guerre commerciales, il y a les guerres, les vraies celles-là… comme en 1936(guerre d’Espagne) puis 1939(2e guerre mondiale), les guerres coloniales des années 30, les famines soviétiques de 1931-1933(plus de six millions de morts) , les famines en Chine dans les années 1930 auraient fait au moins autant de victimes et maintenant les guerres asymétriques ou sous fausse bannière se développeront encore plus.

  2. M Hubble:
    Il y a peu, je parlais d’une pratique commerciale peu honnête appelée vente à perte qui consiste à se débarrasser de concurrents en vendant de façon systématique moins cher, même à perte Puis une fois en situation de monopole d’engranger un bénéfice conéquent
    Nous n’allons pas tarder à en apprécier les effets si Nicolas Perrin a raison:
    « Ces ressources minérales, communément appelées « terres rares », sont vitales au fonctionnement de vos appareils électroniques.

    Et bien que ces terres rares ne soient pas si rares que ça, le vrai problème aujourd’hui, c’est qu’un pays en monopolise la production à 95%.
    Ce pays, c’est la Chine.

    « Monopole sur une ressource stratégique »

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