On épuise la richesse de l’Amérique

Rédigé le 11 juillet 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

La situation économique semble prête à se retourner aux Etats-Unis. La productivité stagne car trop de gens sont dissuadés de travailler.

Que nous apprend notre Indice de la Ruine en ce moment ?

Voici les dernières nouvelles émanant du département d’analyse de Bonner & Partners :

« Nous attendons toujours les données relatives au deuxième trimestre afin d’actualiser l’indice ce trimestre. Mais j’ai fait actualiser les mesures mensuelles… et il y a un changement intéressant. La Fed a discrètement revu la progression des prêts bancaires pour le premier trimestre 2017. Au départ, le chiffre publié était 1,5%. A présent, il est négatif : -0,6%.

Le fait que la croissance du crédit entre en territoire négatif fait grimper l’indice à 6, à savoir notre seuil d’alerte. A certaines reprises, l’indice a atteint ce niveau avant de faire marche arrière. Donc, nous ne sommes pas encore résolument entrés dans une zone de danger. Mais cela rend les données du deuxième trimestre particulièrement intéressantes à nos yeux. »

Si l’apocalypse s’invite, le marché sera pris au dépourvu.

La musique bat toujours son plein. Les investisseurs font toujours la fête. Les actions se vendent encore à des niveaux proches de leurs plus hauts, malgré une légère nervosité du côté des valeurs technologiques.

Mais ce n’est pas parce que vous ne voyez pas arriver un visiteur importun qu’il ne faut pas mettre un peu d’ordre et évacuer les cadavres de bouteilles.

Parfois, des invités peuvent débarquer à l’improviste.

En attendant, il y a tout un battage médiatique autour de la réunion de Trump et du président russe, Vladimir Poutine… et la rencontre secrète qui aurait eu lieu précédemment entre Donald Trump Jr. et une avocate russe qui lui aurait proposé des informations embarrassantes au sujet d’Hillary.

Une information n’est précieuse que lorsqu’elle vous surprend. Rien de ce qui précède n’est surprenant ou intéressant.

La seule chose valable à retirer du tour d’Europe de Trump, c’est un discours en Pologne, où il s’en est pris à « la progression insidieuse et constante de la bureaucratie gouvernementale qui épuise la vitalité et la richesse du peuple ».

« Il a raison », a déclaré notre jardinier. « Ici, en France, on ne peut même pas aller aux toilettes sans être obligé de remplir un tas de formulaires ».

A l’écart du travail ou vivant sans travailler

Mais ces créatures existent bien au-delà de la bureaucratie fédérale : le monde des compères en est également infesté… de même que l’économie tout entière.

Ce ne sont pas seulement les fonctionnaires d’un bout à l’autre de l’échelon administratif qui épuisent la richesse et la vitalité du peuple. Si l’on y ajoute les secteurs de l’économie sous contrôle de l’Etat, on atteint environ 60% de l’économie américaine.

Plus de la moitié de toutes les activités économiques sont donc sous la coupe de la politique, et, en majorité, elles produisent peu de choses ayant de la valeur, voire rien du tout. Selon le Wall Street Journal :

« L’Amérique ne manque pas de main-d’oeuvre. Ce sont les emplois qui manquent. Le taux de chômage a atteint un plus-bas sur 15 ans mais seule 15% de la population adulte américaine âgée entre 18 et 64 ans dispose d’un emploi à plein temps. Près de 95 millions de personnes se sont totalement retirées du marché du travail.

Selon le démographe Nicholas Eberstadt, la participation à la main-d’oeuvre des hommes âgés de 25 à 54 ans est plus faible en ce moment qu’à la fin de la Grande Dépression. L’Etat-providence en est largement responsable. Plus d’un cinquième des hommes américains âgés entre 25 et 54 ans bénéficient de Medicaid. Selon le Bureau du recensement (Census Bureau), près de trois cinquièmes des hommes ne travaillant pas perçoivent des indemnités pour invalidité. »

Ne vous arrêtez pas là. Songez aux milliers d’étudiants, dans les universités et écoles, qui ne produisent rien.

Ils empruntent de l’argent (des crédits subventionnés par l’Etat) pour rester à l’école et croire (à tort) que leurs diplômes en sciences politiques (une contradiction) ou en littérature anglaise (un loisir) amélioreront leur productivité.

Songez aux milliers de personnes qui travaillent pour des organisations à but non lucratif, bénéficiant d’un traitement de faveur fiscal, les think tanks, les organisations caritatives. Ils pensent tous « faire le bien ». Mais en l’absence de prix fixés sur un marché pour les guider, l’essentiel de ce qu’ils font est probablement une perte de temps.

Et songez à la façon dont l’Etat a dénaturé toute l’économie… de sorte que mêmes les choses soumises à la « découverte des prix » n’offrent plus d’informations honnêtes.

Quelle est la valeur d’une chose, lorsque le crédit est quasiment illimité et horriblement bon marché ?

85 millions de personnes en font vivre 330 millions

Les 95 millions de personnes, aux Etats-Unis, âgées entre 25 et 54 ans et ne travaillant pas du tout – grâce aux nombreux dispositifs de l’Etat qui, soit les tiennent à l’écart du travail, soit leur permettent de vivre sans travailler – ne constituent qu’une partie du tableau.

Il existe 25 autres millions de personnes environ occupant un emploi mais ne produisant pas un travail utile. Elles travaillent directement pour le gouvernement. Ou plutôt, elles s’occupent — soit à obéir aux lois, soit à les contourner.

Ils sont tous là pour mesurer la hauteur des toilettes… fourrager dans vos sous-vêtements à la recherche de bombes qui ne s’y trouvent pas… court-circuiter les banques et arbitrer des marchés financiers dénaturés… susciter des guerres… manipuler la fiscalité… et taxer.

Voyons : 95 millions qui ne travaillent pas… plus 25 millions qui font un travail inutile… sur un total de 205 millions de personnes en âge de travailler. Restent 85 millions d’entre nous pour porter à bout de bras une économie comptant 330 millions de personnes.

Les gens se demandent ce qui a mal tourné, au XXIe siècle.

Pourquoi la croissance de la productivité et du PIB a-t-elle ralenti ? Pourquoi la plupart des gens sont-ils incapables de gagner plus d’argent ? Pourquoi si peu d’emplois sont-ils créés ? Pourquoi les gens ne créent-ils plus de nouvelles entreprises ?

Hé, saccager une économie est facile : payez des gens à ne pas travailler. Empêchez-les d’apprendre à travailler en instaurant des salaires minimums et des réglementations sur le lieu de travail.

Ajoutez à cela les obstacles à la création de nouvelles entreprises, provoqués par des formalités de plus en plus nombreuses… et des milliers de milliards de dollars offerts à de grands concurrents indéracinables.

Et, ah oui, la partie la plus insidieuse : inondez l’économie de fausse épargne (130 000 Mds$ de nouveaux crédits émis dans le monde depuis 2002) afin de décourager l’épargne réelle. [NDLR : Vous souhaitez investir avec succès votre épargne réelle dans l’économie réelle ? Rejoignez ces « nouveaux millionnaires » qui repèrent les meilleurs projets et les entreprises les plus prometteuses avant même qu’elles ne soient cotées en bourse. Cliquez ici pour savoir comment faire pour viser des plus-values de x10, x50 à horizon de trois ans sans passer par les marchés financiers.]

Personne ne saura plus ce que vaut quelque chose… et de jeunes gens ambitieux se concentreront sur la spéculation afin de réaliser des profits à court terme au lieu de créer de véritables entreprises créant réellement de la richesse sur le long terme.

Et ensuite, vous direz que c’est la faute des Mexicains.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “On épuise la richesse de l’Amérique”

  1. On épuise la richesse de l’Amérique :
    « 95 millions qui ne travaillent pas… plus 25 millions qui font un travail inutile… sur un total de 205 millions de personnes en âge de travailler. Restent 85 millions d’entre nous pour porter à bout de bras une économie comptant 330 millions de personnes. »
    M, Bonner, vous avez raison de séparer les hommes et les femmes en comptabilisant les personnes qui sont retirées du marché du travail.
    En effet, je ne crois pas qu’ils et elles soient soumis aux mêmes régimes, Disons pour simplifier que des causes psychologiques différentes poussent hommes et femmes à se retirer du monde du travail.
    Bien sûr, le « traitement social du chômage » joue un rôle essentiel, Cependant, notre société ne traite pas les 2 sexes de la même façon, Cela est lié aux rôles familiaux, en dépit d’une égalité des sexes proclamée mais seulement apparente.
    La mère peut encore s’accomplir dans un rôle maternel, puis bénéficier largement de l’aide de L’État pour se trouver une niche sociale (souvent un « travail inutile »),
    Pour l’homme, c’est beaucoup plus difficile, car le rôle du père est dévalorisé. Il est devenu le second parent, au rôle mal défini sinon inutile, Cela conduit inévitablement à la démotivation du père, surtout au chômage. Inutile dans sa famille et inutile dans la société. Il risque alors de se désocialiser, parfois même se suicider (Vous avez écrit un article à ce sujet.)
    Je pense, depuis longtemps que notre société conduit à ce résultat. Vos chiffres prouvent que j’ai raison et que seul un changement social profond, radical, pourra inverser la tendance.
    Vous m’avez aussi convaincu que tous ces changements sociétaux , y compris le créditisme, sont les conséquences inéluctables du faux libéralisme qu’on nomme « Globalisation » Pour moi, les catastrophes économiques que vous prévoyez et les dégâts sociaux déjà visibles sont inextricablement liés, quoiqu’on fasse tout pour les dissocier.

  2. « Et ensuite, vous direz que c’est la faute des Mexicains. »

    Pour l’instant ceux qui en prennent plein la tronche sont les russes, les boucs émissaires à la mode néo… conne et responsable de tous les maux sociétaux..

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