Vous voulez manger ? Alors travaillez ! | La Chronique Agora


Vous voulez manger ? Alors travaillez !

Rédigé le 30 avril 2018 par | Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

Distribuer de l’argent sans conditions et oublier que celui qui vit de l’épée périt par l’épée… De tous temps, tourner le dos à la tradition amène à flirter avec le désastre.

εἴ τις οὐ θέλει ἐργάζεσθαι μηδὲ ἐσθιέτω

eí tis ou thélei ergázesthai mēdè esthiétō

(Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus)

– Attribué à St Paul

Nous avons appris que la Finlande avait jeté l’éponge.

L’idée – qui était « expérimentale » – consistait à distribuer de l’argent sans conditions. Si vous étiez sans emploi, pour quelque raison que ce soit, le programme vous donnait droit à 685 $ par mois. Pas grand’chose – mais c’était à vous sans aucune obligation.

Pas besoin de chercher un emploi. Pas besoin de se reconvertir. Pas besoin de faire quoi que ce soit.

« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus », a écrit Paul aux Thessaloniciens.

C’était une vieille idée, un autre de ces précieux principes condensés et durcis, comme des diamants, par le temps et l’expérience. Produire de la nourriture demande du travail. Une société qui ne travaille pas ne tardera pas à avoir faim.

Mais puisqu’il faut de moins en moins de gens pour produire la nourriture que nous mangeons, bon nombre des gens en sont venus à la conclusion que la technologie a rendu obsolète ce bijou de sagesse. Peut-être n’avons-nous pas tous besoin de travailler.

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C’est très simple… sans paperasse à remplir… et sans conditions d’âge ou de revenus : tout est expliqué ici. Cliquez vite !

C’est ainsi que la Finlande a fourni un « revenu de base » à ceux qui en avaient besoin. Des expériences similaires sont en cours à San Francisco, à Toronto, au Kenya et aux Pays-Bas.

A présent, après quelques mois seulement, la Finlande a rendu son jugement : elle a laissé tomber le programme.

Le New York Times, cependant, n’a pas tardé à expliquer qu’il ne s’agissait pas d’un verdict contre le « revenu de base ». C’était simplement dû au fait que le pays offre déjà abondance de programmes d’aide. Les soins de santé sont gratuits. L’université est gratuite. Les chômeurs perçoivent des allocations (même s’ils doivent chercher un emploi). Un programme de plus semblait redondant.

Un psychopathe attirant

La semaine dernière, nous avons commencé à décrire comment la tradition – souvent exprimée par des aphorismes, des adages et des proverbes – distille les leçons des siècles.

Le langage, l’art, l’architecture, l’étiquette, l’économie et la morale – tous ont évolué avec les êtres humains eux-mêmes. Les innovations qui nous ont aidé à survivre et prospérer ont résisté. Les autres ont été rejetées.

Cette idée a pris forme tandis que nous visitions la Sagrada Familia à Barcelone. Ce bâtiment rejette l’architecture traditionnelle en faveur de nouvelles formes audacieuses et imaginatives.

La Sagrada Familia est incroyable… et exaltante, comme lorsqu’on rencontre un psychopathe attirant. Mais nous sommes d’avis que c’est une impasse du point de vue de l’évolution.

D’un autre côté, pourquoi se marie-t-on encore ? Aucune loi ne l’exige. Personne ne l’a inventé. Il n’y a aucune preuve que cela soit meilleur qu’un autre arrangement domestique. Et bon nombre de personnes qui l’ont essayé s’en sont plaint.

Mais la plupart des gens se lancent quand même – souvent plusieurs fois.

Bien sûr, bon nombre d’entre eux pensent qu’ils peuvent se dispenser de cette formalité.

« Nous ne sommes pas mariés », nous a confié un jeune ami récemment. « Nous vivons simplement ensemble. Cela doit fonctionner pour tous les deux. Et lorsque ça ne marchera plus, nous ne voulons pas être coincés ensemble ».

« Eh bien », avons-nous répondu, parlant d’expérience, « ça ne fonctionne pas tous les jours ! »

Flirter avec le désastre

Les gens renâclent souvent contre les règles et les contraintes de la tradition. Pourquoi devraient-ils être liés par des contes de bonne femme et de vieilles conventions ridicules, s’interrogent-ils ? Ne sont-ils pas assez intelligents pour comprendre les choses par eux-mêmes, demandent-ils ?

En un mot : non.

Tourner le dos à la tradition, c’est flirter avec le désastre. C’est du moins notre hypothèse de travail. Et la semaine dernière, nous avons vu que rejeter la sagesse antique – celui qui vit par l’épée périra par l’épée – est une méthode dangereuse, en matière de politique étrangère.

« Remets ton épée à sa place », a dit Jésus.

Au lieu de ça, les Etats-Unis jouent de la lame partout au Proche-Orient et en Afrique. Nous supposons que cela portera ses fruits – mais seulement pour ceux qui fabriquent des épées. Tous les autres perdront.

Les gens n’obtiennent pas ce qu’ils veulent. Ils n’obtiennent pas ce qu’ils attendent. Mais les dieux s’assurent que, tôt ou tard, ils obtiennent généralement ce qu’ils méritent.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Vous voulez manger ? Alors travaillez !”

  1. « Nous ne sommes pas mariés », nous a confié un jeune ami récemment. « Nous vivons simplement ensemble. Cela doit fonctionner pour tous les deux. Et lorsque ça ne marchera plus, nous ne voulons pas être coincés ensemble ».

    Ce couple a juste oublié que l’objet du mariage et de fonder une famille, et que quand on fonde une famille, c’est pour le long terme, car ca ne concerne pas que le bien être des parents, ils ont une responsabilité vis-à-vis de leurs enfants.

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