La Transaction du Siècle 1/3

Rédigé le 20 février 2018 par | Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies, Investissement Imprimer

Après deux transactions de la décennie (2000-2010 et 2010-2020), voici un objectif ambitieux : une stratégie d’investissement adaptée au XXIème siècle.

Alors que j’étais en voyage en Inde il y a quelques années, la presse financière locale s’est intéressée à ce que j’avais à dire.

J’ai été invité à participer à des émissions télévisées. J’ai été interviewé dans des magazines et des journaux. Le journal local a publié un entretien sur une page complète ; ils avaient même envoyé un artiste faire mon portrait.

Je croyais qu’ils me confondaient avec quelqu’un d’autre. Je n’ai pas l’habitude qu’on me prenne autant au sérieux.

« Un économiste occidental de renom se montre morose quant à la reprise mondiale », titrait le journal.

J’ai fait passer plus ou moins le même message dans chacun de ces entretiens. Je disais que la reprise était factice, dans la mesure où elle était achetée à coup d’argent factice, et qu’elle dépendait de taux d’intérêt tout aussi factices.

Les prix des actions allaient chuter, disais-je. Le marché de l’immobilier aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne allait chuter encore plus. Il y aurait des faillites spectaculaires – y compris pour certains pays.

La chose qui semblait le plus intéresser les lecteurs indiens… et vous aussi, j’imagine, cher lecteur… était ma nouvelle « Transaction de la Décennie ».

Ceci étant dit, je ne vais pas vous livrer ici une analyse d’investissement classique ou vous donner une cible précise pour la croissance du PIB ou du Dow. Non, je vais vous parler d’histoire et de philosophie.

J’espère que ça vous conviendra.

2001-2010 : vendre les actions américaines et acheter de l’or

J’ai eu beaucoup de chance avec ma première Transaction de la Décennie, au début du millénaire. Je recommandais de vendre les actions (américaines plus particulièrement) et d’acheter de l’or. Cela a très bien marché des deux côtés.

L'or entre 2001 et 2010

L'indice Wilshire 5 000 des 5 000 actions cotées américaines entre 2001 et 2010

Les gens ont donc voulu savoir ce que serait ma transaction pour la décennie suivante. J’y ai réfléchi et ai finalement trouvé quelque chose. Je pensais que celle-ci fonctionnerait aussi…

Mais d’abord, permettez-moi de vous expliquer comment ça marche. Derrière la Transaction de la Décennie se trouve une simple observation : les choses déséquilibrées tendent à se rééquilibrer. Sur une période de 10 ans, vous avez d’assez bonnes chances qu’elles reviennent à la normale.

C’est une autre manière de décrire le phénomène du « retour à la moyenne ». L’un des phénomènes les plus sûrs du monde naturel, c’est que les choses extraordinaires finissent par devenir moins extraordinaires. Et sur une période de 10 ans, vous avez d’assez bonnes chances que ce retour à la moyenne finisse par se produire.

2011 – 2020 : Vendre les bons du Trésor américain et acheter des actions japonaises

Alors quelle serait ma Transaction de la Décennie pour 2010-2020 ?

Lorsque je l’ai élaborée, le marché des bons du Trésor US était totalement déséquilibré. Les T-Bonds grimpaient depuis 1983. Les investisseurs prêtaient de l’argent au plus grand débiteur du monde, à des taux d’intérêt historiquement bas à l’époque. Cela alors que le débiteur en question était plongé dans une fièvre d’emprunt et de dépenses sans précédent dans son histoire.

Ce n’était pas normal. C’était même carrément bizarre.

Je me suis dit qu’à un moment ou à un autre avant 2020, le marché des obligations US allait se prendre une raclée. Si bien que d’un côté de la transaction… je conseillais de vendre les bons du Trésor US.

De l’autre côté de la transaction, j’ai eu plus de mal. Parce que je cherchais quelque chose à acheter. Et rien n’était bon marché.

Même l’or… dont je m’attendais à ce qu’il augmente bien plus… n’était pas bon marché. Pour autant que je puisse en juger, une once d’or achetait à peu près autant – en termes de produits de consommation – qu’il y a 700 ans… voire peut-être autant qu’il y a 2 000 ans.

L’or était déjà revenu à la moyenne, après avoir été sérieusement sous-évalué en 1999. Désormais il était très probable, ai-je pensé, qu’il devienne surévalué lorsque le système monétaire actuel commencerait à se disloquer.

Mais il s’agit là d’un phénomène différent. Ce n’est pas un retour à la moyenne – du moins pas pour l’or. C’est un retour à la moyenne pour le système monétaire – nous y reviendrons.

Ce dont j’avais besoin pour le côté « achat » de la transaction, c’était d’une chose historiquement sous-évaluée. Ce qui m’a mené aux petites valeurs japonaises, qui baissaient depuis 1989.

Telle était donc la nouvelle Transaction de la Décennie. Vendez les bons du Trésor US. Achetez les petites valeurs japonaises. [NDLR : Concernant les valeurs françaises, connaissez-vous le « plan Brongniart » – la stratégie des vétérans de la Bourse, qu’ils appliquent avec succès (et profits !) depuis 30 ans ? Découvrez-la en cliquant ici.]

Ceci dit… je vais vous révéler une Transaction de la Décennie encore meilleure. Le problème, pour les investisseurs non-japonais, c’est que les petites valeurs peuvent grimper… mais si le yen baisse, vous pourriez perdre vos gains.

Une transaction encore plus profitable

Alors que pensez-vous de ça ?

Au lieu de vendre les bons du Trésor US, vendez les bons du gouvernement japonais (JGB).

Les JGB sont probablement encore plus surévalués que les bons du Trésor US. Et alors que les Japonais empruntent plus que jamais… alors que leur taux d’épargne décline… il semble raisonnable de parier que la dette gouvernementale japonaise baissera au moins autant que la dette US. Peut-être plus.

En achetant les petites valeurs japonaises et en vendant les obligations japonaises, vous supprimez le risque de change. Vous avez une Transaction de la Décennie encore plus profitable.

Même après avoir grimpé ces dernières années, les petites valeurs japonaises sont extraordinairement sous-évaluées. La dette gouvernementale japonaise, en revanche, est extraordinairement surévaluée.

La première chose importante que je veux faire passer, cependant, c’est que tout ça n’est qu’une idée. Elle ne vient pas se substituer à une stratégie d’investissement sérieuse.

La deuxième idée que je voudrais faire passer, c’est qu’on ne peut avoir de stratégie d’investissement sérieuse que si l’on est prêt à réfléchir profondément à des idées… et qu’on en est capable. Si vous y réfléchissez assez, vous aurez une chance raisonnable de vous en sortir avec des gains.

Parce que la plupart des gens – y compris la plupart des professionnels de l’investissement sérieux – ne réfléchissent en fait pas beaucoup.

C’est ce que je voulais dire par « philosophie » au début de cet article : il faut réfléchir longtemps et profondément à la manière dont le monde fonctionne. Et l’Histoire est à peu près le seul outil de travail que nous avons à notre disposition.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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