Les riches ne le sont jamais assez pour financer l’Etat-providence

Rédigé le 19 juin 2017 par | Liberalisme Imprimer

Une augmentation de la dépense publique n’est pas toujours chose facile quand il n’y a pas assez d’argent pour la satisfaire.

Certains sophistes et chasseurs de bulletins de vote, jouant une douce musique aux oreilles des électeurs, voudraient faire croire que seuls les riches paieront les cadeaux électoraux inscrits dans leurs programmes.

Il semble évident qu’un Etat qui prend d’une main ce qu’il redonne de l’autre ne peut améliorer la situation économique globale. Les étatistes pensent avoir trouvé la solution : il faut prendre l’argent là où il est ! Pour eux, cela signifie taxer sévèrement les plus riches. Le mythe sur lequel repose l’intégralité de leur programme est l’existence d’un réservoir caché de richesse, concentré honteusement dans quelques mains, et pouvant financer durablement l’augmentation des dépenses publiques qu’ils préconisent. La réalité est tout autre.

Pour Jean-Luc Mélenchon, l’Etat doit être le maître suprême, le planificateur. Dans son programme pour la campagne présidentielle de 2017, le candidat de la gauche radicale voulait non seulement vider le droit de propriété de sa substance mais proposait aussi une augmentation des dépenses publiques de 208 Mds€ sur une base annuelle d’ici à 2022. Une telle prodigalité ne peut simplement pas être financée exclusivement par des impôts reposants sur les plus aisés.

Les riches en France ne sont tout simplement pas assez riches pour payer ces dépenses mélenchoniennes.

Toute dépense publique devrait être immédiatement financée par quelqu’un. Il est inutile de compter sur les entreprises ou sur les générations futures pour assurer les dépenses effectuées aujourd’hui. Les entreprises ne sont que des ensembles de contrats. Les taxer revient à taxer les propriétaires, salariés, fournisseurs et clients de l’entreprise en question. La dépense publique financée par la dette implique toujours un prélèvement de ressources productives qui ne peuvent alors plus être utilisées ailleurs, ne serait-ce que pour acquitter les intérêts.

Qui, parmi les Français, paiera pour l’inflation des dépenses de l’Etat ?

En 2013, les 1% et les 10% des Français les plus riches concentraient respectivement 7,9% et 29,9% du revenu national avant impôts. Les 1% les plus riches ont gagné environ 138,1 Mds€ avant impôts et les 10% les plus riches environ 518,3 Mds€ avant impôts. En d’autres termes, même si le revenu des 1% les plus riches était confisqué à 100%, ceci ne financerait toujours pas le programme de J.L. Mélenchon.

Pour qu’une augmentation de l’impôt sur le revenu n’affecte que les 1% les plus riches, le taux marginal d’imposition ne devrait augmenter que pour les revenus supérieurs à 147 727 € par an en 2013*. L’ensemble des revenus gagnés au-dessus de cette somme est égal à environ 62,9 Mds€.

Ces revenus étaient déjà lourdement taxés en 2013, au taux marginal de 45%. On peut estimer que le supplément de collecte d’impôt en taxant seulement les 1% les plus riches avec un taux marginal d’imposition de 100% serait d’environ 40,4 Mds€. C’est seulement 20% du montant nécessaire pour financer le projet de Mélenchon.

En taxant seulement les 10% les plus riches, il faudrait que le taux marginal d’imposition ne soit augmenté qu’au-dessus de 60 769 € par an (soit 5 064 € par mois). L’ensemble des revenus gagnés au-dessus de cette somme est égal à environ 208,8 Mds€ sur lesquels approximativement 66,8 Mds€ sont déjà prélevés par l’Etat.

Ainsi, même les 10% des Français les plus riches ne sont pas assez riches pour payer le programme de la France insoumise.

Distribution des revenus

Ces chiffres sont certes imparfaits. Mais même s’ils datent de 2013, ils n’ont pas sensiblement changé dans un contexte de très faible croissance et de faible inflation.

Ces calculs permettent d’illustrer qu’il n’est pas possible pour l’extrême gauche d’appliquer son programme sans piller non seulement le revenu des riches mais également les revenus des classes moyennes et populaires. Même avec les prévisions de croissance surestimées du programme de la « France insoumise, » il sera impossible d’augmenter les dépenses publiques de 208 Mds€ sans saigner à blanc les classes moyennes.

L’efficacité de la redistribution dans la réduction de la pauvreté est largement surestimée. Confisquer et redistribuer tout euro gagné au-dessus de 1 850 € de revenu en 2013 n’aurait pas été assez pour assurer 1 850 € minimum de revenu pour chacun. Taxer à 100% tous les revenus excédents 2 700 € par mois en 2013 n’aurait pas été suffisant pour assurer l’équivalent d’un SMIC brut (1 430,22 € par mois en 2013) pour chaque Français. Taxer à 66% les revenus excédant 3 000 € par mois n’aurait pas été suffisant pour assurer un revenu de 1 100 € par mois pour chaque Français.

Faire payer les riches n’est qu’une vaine espérance

Ces calculs, bien sûr, se fondent sur l’hypothèse (fausse) que les acteurs économiques ne sont pas découragés par de tels niveaux d’imposition et ne changeront pas leur comportement.

Mais si par malheur Jean-Luc Mélenchon avait un jour l’opportunité de taxer à 90% les revenus au-dessus de 400 000 €, il est évident que ceux voulant gagner plus de 400 000 € iraient ailleurs.

Avec le développement d’une économie mondiale interconnectée, la concurrence fiscale entre pays s’est fortement accrue et des taux d’imposition de 90% entraineraient par conséquent l’exil instantané des entrepreneurs, managers et sportifs les plus talentueux. A partir du moment où les plus aisés s’appauvriront et ne pourront plus payer pour les largesses supplémentaires d’un l’Etat-providence en ruine, la redistribution au profit des plus modestes ne serait qu’illusoire.

Proportion de l'impôt total acquittée en fonction des revenus

En réalité, le développement de l’Etat-providence après la Seconde Guerre mondiale s’est accompagné d’une pression fiscale accrue pour les classes moyennes et pour les plus modestes.

Comme l’écrivait Frédéric Bastiat dans son pamphlet Paix et Liberté il y a 170 ans, « imposer à l’Etat des attributions exorbitantes, et persuader qu’il pourra y faire face avec l’argent prélevé sur le superflu des riches, c’est donner au public une vaine espérance. »

Profits et redistribution : où est la limite

Que reproche-t-on à la liberté du commerce ? Qu’elle fasse passer le profit avant toutes autres considérations sociales. Mais contrairement à cette opinion, les profits sont un phénomène social. Sur le marché libre, le consommateur est souverain. C’est lui qui décide qui fera des profits et qui fera des pertes, c’est lui qui décide qui pourra augmenter ses investissements et qui fera faillite.

En d’autres termes, le marché libre est un processus dans lequel les investisseurs qui répondent le moins aux besoins les plus urgents des consommateurs sont évincés.

Certains étatistes considèrent le profit comme moralement condamnable et la richesse comme parasitique. Si le but est d’améliorer les conditions de vie des Français, ce ne sont pas les profits mais plutôt les pertes qui doivent répugner.

Un entrepreneur qui affiche des pertes a utilisé des ressources utiles qui auraient pu être employées pour produire des choses plus valorisées par les consommateurs. Son manque de jugement a engendré un gaspillage.

Ce que veut Jean-Luc Mélenchon n’est pas seulement la condamnation du profit mais aussi la protection des pertes par l’intermédiaire du protectionnisme et de l’omnipotence économique de l’Etat.

Dans quelle limite peut-on garder les fruits de son travail et de ses échanges ? Comme l’écrivait Bertrand de Jouvenel dans The Ethics of Redistribution (1951) :

« Plus on se penche sur la question, et plus il apparaît que la redistribution, plutôt qu’un transfert de revenu disponible des riches vers les pauvres, comme on le pensait, est en réalité une redistribution de pouvoir de l’individu à l’Etat. »

[NDLR : Savez-vous que vous pouvez redistribuer à vos proches des sommes substantielles sans payer d’impôt tout à fait légalement ? Découvrez ici notre Rapport Spécial qui vous explique comment bien utiliser ce principe méconnu du droit français, et vous permet d’être généreux avec vos proches sans donner à l’Etat.]

L’éthique de la redistribution fait de l’Etat le propriétaire légitime de tous les revenus qu’il prend soin d’allouer entre ses sujets. L’éthique du marché, inversement, se base sur l’idée que chaque homme a le droit et la dignité de garder son argent, de le consommer, de l’investir, de le donner, d’en faire profiter sa famille et sa communauté du moment où cet argent a été acquis volontairement par l’échange.

Chaque impôt est une taxe sur l’échange. Augmenter les taux d’imposition n’est pas seulement violer le droit de propriété, c’est aussi rendre stériles des opportunités commerciales auparavant profitables. C’est réduire la division du travail, freiner l’innovation, empêcher l’enrichissement de la société.

Pire encore, la redistribution rend les activités économiques plus asociales. Les services bénévoles, la charité, le mécénat, l’hospitalité ne sont plus des phénomènes spontanés, la mise en action de nos bonnes intentions. Le dynamisme de la société libre est remplacé par les actions discrétionnaires d’un Etat tutélaire.

Il ne peut y avoir de privilèges universels accordés par l’Etat. Si quelqu’un reçoit un privilège, quelqu’un d’autre devra en supporter le coût. Il faut confisquer aux uns pour pouvoir financer les promesses faites aux autres. Le commun des mortels n’a jamais vu son sort amélioré par la tromperie ou l’utopie.

*Toutes les données viennent de la World Wealth and Income Database. 2013 est l’année la plus récente où les données sont disponibles. Les plus-values ne sont certes pas inclues dans ces chiffres. La gauche radicale déclarant vouloir définanciariser l’économie, cette exclusion ne devrait pas faire l’objet de critiques.

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Louis Rouanet
Louis Rouanet

Louis Rouanet est  diplômé de Sciences Po et étudiant doctorant à George Mason University aux Etats-Unis. Il est également PhD Fellow et F.A. Hayek Fellow au Mercatus Center. Il écrit régulièrement pour le Ludwig von Mises Institute aux Etats-Unis. Ses intérêts portent principalement sur la politique monétaire.

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