Comment réellement « restituer sa grandeur » à l’Amérique

Rédigé le 27 juin 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Aujourd’hui, voici une proposition simple pour restituer sa grandeur à l’Amérique…

Mais d’abord, voici les dernières nouvelles de notre séjour en Irlande.

Nous étions en visite dans nos bureaux de Portlaw, dans le comté de Waterford, où nous sommes devenu le principal employeur.

Portlaw n’est pas une ville sophistiquée. Elle est simple, modeste et bien ordonnée, avec ses rangées de petites maisons ouvrières, la plupart en stuc et décorées de façon très semblable à l’ancien style industriel de Baltimore.

Au salon de thé vendredi, le seul endroit où l’on peut déguster un sandwich chaud, nous avons remarqué que toutes les banquettes étaient occupées. Des enfants venus déjeuner (l’année scolaire est toujours en cours) occupaient la plupart des tables. Les quelques autres étaient bondées de nouveaux venus : nos salariés.

Bien que trois ou quatre maisons soient à vendre (entre 80 000 $ et 350 000 $) l’un de nos transfuges américains a dit qu’il ne trouvait rien à louer.

« J’imagine que ces prix vont augmenter », a dit notre compatriote de Baltimore. « Le lieu n’est pas très à la mode. Mais c’est si bon marché et facile de vivre à Portlaw au lieu de faire la navette de la ville de Waterford à 30 minutes, que la demande va forcément augmenter. »

« Et il y a un bar à vendre. Si j’avais le courage, je l’achèterais. Personne n’a jamais perdu d’argent en étant propriétaire d’un bar, en Irlande ».

Au cours du weekend, nous avons visité la plus ancienne demeure des environs : Curraghmore. Elle a été construite au début du XIIe siècle par la famille de la Poer, des Anglo-Normands.

Irlande

[photo – Curraghmore House in County Waterford, Ireland]

Après avoir conquis l’Angleterre en 1066, certains Normands poursuivirent leur route vers l’ouest. Menés par Richard de Clare, ils débarquèrent là, et prirent rapidement le contrôle du territoire.

Au lieu de conserver des liens étroits avec leurs cousins d’Angleterre et de Normandie, ils adoptèrent la langue et les coutumes gaéliques et, rapidement, furent plus désireux encore que les autochtones eux-mêmes d’éloigner les étrangers.

Le domaine fut transmis de génération en génération, dont une fois, uniquement, par la branche féminine. Et 800 ans plus tard, il est toujours la propriété de cette famille.

Bon nombre des grandes demeures d’Irlande ont été abandonnées par leurs propriétaires. Elles sont tombées en ruine ou bien ont été transformées en clubs de golf et attractions touristiques. Celle-ci est toujours habitée… par la même famille.

Elle vit ici toute l’année, dans le plus grand style, comme elle l’a pratiquement toujours fait. Des parties de chasse et de grands dîners sont organisés chaque semaine. Le reste du temps, la famille évolue dans cette énorme demeure, au milieu de toutes les splendeurs et futilités accumulées au cours de huit siècles d’histoire.

Des portraits tapissent les murs. Des souvenirs recouvrent les étagères. Le mobilier, dont la plus grande partie date de plusieurs centaines d’années, remplit les espaces vides.

L’un des ancêtres a tué un lion en Afrique… et l’a rapporté pour le prouver ! Un autre est tombé de cheval en chassant le renard et s’est rompu le cou.

Un autre encore a tenté de sauver Gordon, à Khartoum. Un tableau témoigne de cette illustre tentative de sauvetage. Vêtu d’un uniforme blanc, il se tient sur le pont d’un navire de guerre britannique qui remonte le Nil.

« Le général Gordon a pratiquement supplié ses commandants de lui envoyer des renforts », a expliqué le majordome qui nous faisait visiter les lieux.

« Mais le quartier général a tergiversé jusqu’à ce que la situation soit désespérée. Alors ils ont envoyé trois navires qui ont remonté le Nil. Deux d’entre eux n’ont pas résisté à l’artillerie.

Un seul a pu passer. Mais il était trop tard. Lorsqu’il arriva dans Khartoum, il découvrit que la totalité des troupes britanniques avait été massacrée, la tête du Général Gordon pendant à un poteau, devant la forteresse ».

L’Irlande a exporté de valeureux soldats

L’Irlande a fourni à l’Empire britannique bon nombre de ses meilleurs combattants.

Le général « britannique » qui a capitulé face à Washington, à Yorktown, était irlandais : c’était le général Charles O’Hara.

Le duc de Wellington, « le Duc de Fer », était également irlandais… c’était quelque chose dont il ne se vantait pas volontiers. Lorsqu’on l’interrogeait à ce sujet, dans les dîners, il répondait : « Ce n’est pas parce que vous êtes né dans une étable que cela fait de vous un cheval ».

D’après ce que nous savons, aucun des officiers irlandais de l’armée britannique n’est revenu de ses aventures à l’étranger de façon aussi peu noble que le général anglo-irlandais qui commandait les forces britanniques à la Bataille de la Nouvelle Orléans, la toute dernière de la guerre de 1812.

Le général de division Sir Edward Pakenham fut criblé de mitraille par l’un des rustres d’Andrew Jackson. Le corps de cet aristocrate acariâtre fut acheminé en Irlande dans un tonneau de rhum.

A son arrivée dans son domaine de Tullynally, dans le comté de Westmeath, un membre de sa famille fit la remarque suivante : « Eh bien, le général est plus agréable que lors de son départ »

Un monde gagnant-perdant

Mais revenons à nos affaires.

Hier, nous avons donné notre avis concernant ce qu’il faudrait faire pour apporter un changement « transformationnel » aux Etats-Unis.

Ne craignez rien : aucune des réformes que nous avons proposées ne sera mise en oeuvre.

C’est exactement l’idée. Lorsque les initiés prennent le contrôle d’un gouvernement, la dernière chose qu’ils souhaitent, c’est un véritable changement. Au contraire, ils se battent entre eux pour savoir qui aura quoi : certaines choses sont symboliques, la plupart sont matérielles.

Nos propositions peuvent être réduites à une seule phrase : faites en sorte que l’Amérique redevienne un terrain propice aux accords gagnant-gagnant

Pourquoi les accords gagnant-gagnant sont-ils si importants ?

En bref, sans accord gagnant-gagnant, il n’y a ni progrès… ni liberté… ni civilisation. Si vous retirez les accords gagnant-gagnant, l’économie, le gouvernement et la société entrent dans un marasme.

C’est ce que nous vivons en Amérique… avec des taux de croissance faibles, davantage de dettes et d’ingérence des autorités.

Nous prédisons que cela va s’aggraver.

Ce n’est pas un monde dont nous avons envie, personnellement.

C’est un monde gagnant-perdant… et il s’affuble de toutes sortes de déguisements, se faisant passer un jour pour un ange bienfaiteur… et le lendemain pour un héros national.

C’est le monde dans lequel est entrée la Russie en 1917… et qu’elle a conservé pendant les 70 années suivantes. C’est également le monde dans lequel est entrée l’Allemagne dans les années 1930… et dont elle est ressortie en 1945, hébétée, traumatisée et fauchée.

La Chine y a totalement sombré (après une redoutable guerre civile et une invasion brutale) en 1949. Elle s’en est largement échappée en 1979 avec les réformes économiques de Deng Xiapoing.

Les nations et les économies courent toujours le risque de sombrer dans un monde gagnant-perdant. Il promet des solutions rapides… de l’argent facile… et l’insolente vanité de malmener les autres.

Mais dans la vie publique – comme dans la vie privée – tout ce qui est gagnant-perdant est perdu d’avance.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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