La pyramide que Trump ne voit pas du haut de ses tours

Rédigé le 7 décembre 2016 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Trump est-il le sauveur de l’Amérique qu’il prétend être ? Pour le moment, il ne s’en prend pas au faux miracle de l’argent gratuit ni à la pyramide de dettes de 64 000 milliards de dollars.

Nous continuons à observer humblement des choses très anciennes et d’autres très nouvelles, tout en agaçant de nombreux lecteurs. Beaucoup d’entre eux semblent penser que « Le Donald » est réellement le sauveur qu’ils attendaient. Alors nous avons écouté attentivement le sermon de dimanche dernier, en espérant nous faire une idée.

C’était le deuxième dimanche de l’Avent. Les Ecritures étaient pleines d’espoir. L’Ancien Testament anticipait l’avènement [du Christ] et un nouvel ordre mondial.

« … Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant », avait prédit Isaïe. « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau ; le veau et le lionceau seront nourris ensemble… ».

Saint Jean-Baptiste, lui aussi, anticipait un sauveur. « Mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi » a-t-il dit, avant d’ajouter qu’il n’était pas digne de porter ses souliers.

Finalement, selon Saint Paul, la naissance de Jésus confirmait « les promesses faites aux pères ».

Au moment où Paul écrivait, Jésus était déjà né à Bethléem et avait été crucifié à Jérusalem. Paul pensait que l’histoire se répèterait, il attendait qu’un second avènement du Christ se produise… bientôt.

Avec l’arrivée de Trump, Dieu peut prendre des vacances

Deux mille ans plus tard, nous attendons toujours. Mais les gens n’ont pas perdu espoir. Le protocole veut que les présidents fraichement élus, de George Washington à George W. Bush, sollicitent l’aide de Dieu.

Richard Nixon l’a formulé en 1968 : « Sans l’aide de Dieu et votre aide, nous échouerons sûrement ; mais avec l’aide de Dieu et la vôtre, nous réussirons sûrement ».

A cet égard, tout comme avec tant d’autres choses, Donald Trump rompt avec la tradition. Il ne semble avoir besoin d’aucune aide. « … Je suis votre voix… Je suis le seul à pouvoir remettre de l’ordre », a-t-il promis. Dieu peut partir en vacances.

Donald Trump a, au minimum, égalé Saint Jean Baptiste en termes d’envolée rhétorique. Ce dernier attaqua l’élite de Judée en la qualifiant de « race de vipères ».

Trump aurait pu utiliser les mêmes mots. Il a suffisamment dénoncé l’élite de Washington pour donner de l’espoir à une majorité d’électeurs : le peuple oublié des coins paumés d’Amérique.

Que ce soit par instinct ou calcul (95 millions d’adultes en âge de travailler n’ont pas d’emploi… soit 30 millions de plus, à peu près, que ce dont il avait besoin pour remporter les présidentielles), M. Trump les a attirés comme une lime à métaux attire un prisonnier condamné à mort.

Ils espéraient qu’il les libèrerait… et détruirait leurs ennemis… Ils avaient trouvé-là un lutteur à mains nues… un homme qui donnerait de la hache dans ce verger aux denses ramures afin que « tout arbre qui ne porte pas de bons fruits [soit] coupé », et qui « brûlerait la paille dans un feu qui ne s’éteint point ».

Les Clintoniens et les Trumpiens

Ce nouveau messie satisfera beaucoup de monde. Il écrasera les vipères du genre d’Hillary. Il leur cognera la tête à coup de sarcloir… les chassera de leurs nids, à Washington… et exercera son courroux sur les barbares mexicains et chinois… sans parler des profanateurs de drapeau, de Daesh, et des entreprises américaines souhaitant mieux satisfaire leurs clients en délocalisant leur production.

Pour la plupart des gens, ce sera suffisant. Ce sera un héros. Il remplacera un groupe d’initiés par un autre. Dehors les Pharisiens démocrates ! Par ici les Sadducéens républicains !

Les priorités changent. Les programmes changent. Un compère se fait expulser par un autre. Une paire de grosses fesses se fait virer et une autre prend sa place.

Mais le lion se couchera-t-il près de l’agneau ? Ici, à la Chronique, nous espérions plus. Nous voulions un messie qui amène un véritable changement… et s’en prenne au Deep State, à la Parasitocratie, ou aux véritables élites de l’establishment.

Plus important encore, nous espérions quelqu’un qui s’en prendrait à ceux qui modifient l’argent. Les compères des deux clans – les Clintoniens et les Trumpiens – s’appuient sur de l’argent falsifié créé de toutes pièces par l’Etat.

C’est cet argent falsifié qui les finance tous : leurs guerres… leurs bonus… leur empire… leurs programmes pervertis.

… c’est cet argent falsifié qui a financé le boom industriel chinois… avalé les emplois américains… réduit les salaires du travailleur moyen… permis de transférer des milliers de milliards de dollars des poches de la classe moyenne vers celles des riches… placé Donald Trump à la Maison Blanche… et qui s’entasse désormais dans une monstrueuse pyramide de quelque 64 000 milliards de dollars de dettes, prête à s’effondrer.

Nous sommes trop humble pour prétendre savoir comment tout cela va tourner. M. Trump pourrait encore nous étonner et reprendre l’avantage sur les usuriers.

Aux lecteurs, nous conseillons toutefois la prudence.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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