Comment purger la finance américaine de sa pourriture

Rédigé le 13 septembre 2018 par | Banques Centrales, Dette Imprimer

Une véritable correction éliminerait tous les profiteurs incompétents. C’est pourquoi les autorités feront tout pour qu’elle ne se produise pas.

Nous en sommes aux débuts d’un long voyage qui nous amènera en Amérique du Sud (où nous verrons comment se déroule la crise financière en Argentine)… en Allemagne (où nous espérons découvrir comment les Allemands se préparent à resserrer la politique de la Banque centrale européenne)… et dans les Bermudes, où nous participerons à une conférence.

Murmures d’abord et explosions ensuite

Ces derniers jours, nous vous parlons murmures et explosions. Les Murmures — une déflation du crédit… accompagnée d’une chute des cours boursiers et d’une récession — sont inévitables. Tous les booms alimentés par le crédit finissent par se retrouver à court de carburant… et se transformer en krach.

Quant à MAGA — « rendre sa grandeur à l’Amérique »… oublions ça tant que cette bulle de dette n’est pas résolue.

Ce n’est pas en augmentant le budget de la défense qu’on y arrivera, ni en réduisant les impôts (sauf à moins de réduire aussi les dépenses), ni même en se lançant dans des guerres commerciales inutiles contre tout le monde, du Canada à la Chine.

Quant aux blablas sur « plus que le plein emploi »… les 4% de croissance… et le fait que les baisses d’impôts « s’auto-financent »… ce ne sont que des distractions. Examinez plus soigneusement les chiffres — ils sont quasiment tous trompeurs ou hors de propos.

Idem pour les chamailleries et les fantasmes qui ne cessent de sortir de Washington. Bientôt, peu importera qui est venu laver le linge sale du président dans le New York Times.

Peu importera aussi de savoir si les Russes ont essayé d’influencer les élections présidentielles américaines de 2016 (qui ne l’a pas fait ?). Ou si le président des Etats-Unis est un crétin.

Tout cela n’aura plus d’importance parce que les gens auront d’autres soucis à se faire.

L’indicateur de marché baissier de Goldman Sachs est à un sommet de 50 ans, par exemple. Il est très probable que nous ne voyions plus de prix aussi élevés pour les actifs financiers — en termes réels — de notre vivant.

Avec un Murmure, les prix baissent… l’argent disparaît… et l’économie entre en récession. Ce qui arrive ensuite est moins certain. Mais nous sommes d’avis que le Murmure sera suivi d’une Explosion.

Pâtée pour chien et préservatifs au bilan de la Fed

Nous avons eu une petite idée du bruit à venir lorsque MarketWatch a rapporté les commentaires de l’ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, Olivier Blanchard :

« Durant son discours dans le cadre de la conférence de la Fed, il a déclaré que la taille du bilan n’était pas une contrainte […]. La meilleure politique serait que la Fed achète des actifs risqués, comme les actions, a-t-il dit.

 ‘Cela pourrait faire l’affaire et pourrait même mieux fonctionner encore qu’acheter des obligations de long terme’, a-t-il dit.

 Si les choses tournaient vraiment mal, le financement monétaire du déficit pourrait permettre d’augmenter la demande, a dit Blanchard.

 ‘Nous avons cette notion que la banque centrale n’a le droit d’acheter que des actifs et non des biens. Mais c’est une restriction que nous nous sommes nous-mêmes imposée’, a-t-il dit ».

Oui, la Fed pourrait aussi acheter de la pâtée pour chiens et des préservatifs !

Il est très peu probable que la Fed « fasse un Volcker » — c’est-à-dire qu’elle poursuive son cycle de resserrement — face à une chute des cours boursiers et une récession.

Pas lorsqu’on lui donne ce genre de conseils fulgurants… pas avec Jerome Powell à sa tête et Donald Trump à la Maison Blanche.

Et pas avec 69 000 Mds$ de dette pesant sur l’économie.

Environ 39 000 Mds$ de cette dette sont de « l’excès » (dépassant le ratio traditionnel dette/production qui est de 1,5).

Cet excès n’existerait pas avec une devise honnête ou des taux d’intérêt honnêtes. Et il disparaîtra —  comme les prix des actifs financiers, les entreprises et le train de vie qu’il finance — lorsque la bulle du crédit éclatera.

Dans la panique qui s’ensuivra, le programme de « resserrement » de la Fed (en retard sur le taux d’inflation, en réalité, au lieu de le précéder) ne durera pas un seul jour.

[NDLR : Surtout pas si les autorités monétaires internationales s’en mêlent… Continuez votre lecture pour découvrir comment transformer cette débâcle en gains.]

Mais la Fed ne peut pas baisser les taux si elle n’a pas de taux à baisser… Le taux directeur fédéral — le taux auquel les banques se prêtent entre elles — est négatif, en termes réels, depuis 10 ans. Le rendre plus négatif encore ne va pas faire grande différence.

C’est pour cette raison qu’Olivier Blanchard réfléchit déjà à toutes les autres choses que la Fed pourrait faire.

C’est aussi pour cette raison que, lors de la prochaine crise, le public désespéré et solitaire se tournera de l’Eccles Building (qui abrite la Réserve fédérale) vers le Capitole (où se trouve le Congrès )… et suppliera les représentants du peuple de venir à son secours.

Laissez les entreprenants prendre la place des incompétents

Un meilleur gouvernement — dirigé par Calvin Coolidge, disons, et son secrétaire au Trésor Andrew Mellon — se mettrait de la cire dans les oreilles.

Durant les années qui ont suivi la Dépression de 1921, par exemple, Coolidge a ignoré les clameurs demandant plus de dépenses gouvernementales pour aider l’économie à sortir de l’ornière.

L’équipe Coolidge a préféré réduire le budget… et le système a été purgé des mauvaises dettes, mauvaises décisions et mauvaises entreprises.

Vingt-quatre mois plus tard, l’économie était remise. Puis, en 1931 — après le krach de 1929 mais avant que la Grande dépression ne s’installe vraiment — Mellon (qui travaillait alors pour Herbert Hoover) offrit ce conseil politique :

« Liquidez la main d’oeuvre, liquidez les actions, liquidez les agriculteurs, liquidez l’immobilier. Cela purgera le système de la pourriture qui s’y trouve. Le coût élevé de la vie chutera. Les gens travailleront plus dur, mèneront une vie plus morale. Les valeurs seront ajustées et les gens entreprenants prendront le relais des gens moins compétents ».

 Mais aujourd’hui, les autorités sont tout ouïe. Ce sont elles qui ont profité de ces 39 000 Mds$ d’excès de dette.

A présent, ce sont elles, leurs compères et leurs donateurs qui sont la « pourriture » dont le système devrait être purgé.

Ils ont été les principaux bénéficiaires du boom ; ils en seront les principales victimes.

Ils ne laisseront donc pas une vraie correction se produire. Au lieu de cela, l’élite, les riches, les gouvernants eux-mêmes, les bonnes âmes, les empêcheurs de tourner en rond, les mauvais entrepreneurs, les mauvais investisseurs, les banquiers et les resquilleurs, les paniers percés et les filous, les zombies et les compères… tous vont rager, s’enrager contre la mort du crédit.

Et on leur portera du secours. Des milliers de milliards de dollars de nouvelles dépenses, de nouveaux projets… des gabegies… des programmes idiots… des crédits d’impôts… des abattements… des subventions… et des allocations.

Sans oublier des milliers de milliards de dollars de rachats de la part de la Fed — et pas seulement des obligations, mais aussi des actions, des maisons et du gin.

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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4 commentaires pour “Comment purger la finance américaine de sa pourriture”

  1. Coolidge a également massivement réduit les impôts.

  2. Réduire les impôts, c’est parfait !

    Réduire les impôts sans réduire les dépenses publiques, c’est simplement de l’arnaque démagogique.

  3. Pas nécessairement car l’économie n’est pas un gateau de taille fixe que l’on partage entre les différents agents. Les impots ne font pas que transférer des ressources d’un individu ou une organisation vers un Etat. Les impots impactent également le comportement des agents économiques, leurs arbitrages entre travail et loisir, echange ou autosufisance, épargne ou consommation, prise de risque ou innaction. Par là, les impots influence la quantité de richesse marchande générée par les agents économiques, indépendemment des autres paramettres budgétaires. Mais si votre théorie est juste, alors il n’y a pas besoin de s’inquiéter de l’augmentation des taxes sur les importations imposées par l’administration Trump.

  4. A titre illustratif, il me semble que la quasi totalité des libéraux s’accordent à dire que l’ISF fut un impot à rendement négatif (en raison par exemple de la fuite des capitaux et des entrepreneurs à succès)

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