Un marché bidon en folle croissance

Rédigé le 14 septembre 2017 par | Desinformation, Investissement, Simone Wapler Imprimer

Le marché de la publicité en ligne est secoué par un scandale : les trafics sont faussés par des robots.

Si vous naviguez sur internet, vous expérimentez sans doute les rouages de la publicité sur ce media.

Lorsque vous effectuez une recherche, des liens commerciaux se présentent d’abord à vous. Les commerçants achètent leur visibilité en payant des mots clés. Si vous allez sur un site précis, des publicités se présentent à vous. Si nous nous rendons simultanément au même endroit, vous ne verrez pas les mêmes annonceurs que moi grâce à la magie des cookies emmagasinés par votre navigateur.

Toute cette belle mécanique sollicitant notre portefeuille se paie. Une myriade de prestataires, grands et petits, surfe sur cette vague. Les annonceurs de leur côté se sont laissés séduire par des assurances de retour sur investissement.

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Ces annonceurs ne savent pas vraiment le nombre d’yeux qui ont traîné sur la page de magazine ou l’affiche 4×3 qu’ils avaient achetées à grands frais. En revanche, un geek leur garantit des taux de clic, du trafic, etc. Enfin… c’est ce qu’ils croyaient jusqu’à présent.

Car un scandale couve concernant la publicité sur internet et ses conséquences risquent d’être très importantes sur le secteur des valeurs technologiques gonflé à bloc après 10 ans de création monétaire.

Amazon (AMZN) se négocie selon un ratio cours/bénéfices de 248 ; Nvidia (NVDA) se négocie selon un ratio cours/bénéfices de 49 ; Facebook (FB) se négocie selon un ratio cours/bénéfices de 37 ; Alphabet (GOOGL) se négocie selon un ratio cours/bénéfices de 34.

Dit autrement, il faudra plus de 30 ans de bénéfices, en l’état actuel des choses, pour que votre « investissement » Facebook ou Alphabet soit rentabilisé. Acheter revient à spéculer sur un triplement ou un quadruplement des bénéfices actuels. [NDLR : Heureusement, les valeurs technologiques ne comportent pas que des actions surcotées. Un nouveau secteur est en explosion dans les biotech. Découvrez-le ici.]

Mon collègue Graham Summers s’était déjà inquiété du phénomène en juillet.

Beaucoup de ces entreprises font une part considérable de leur chiffre d’affaires avec la publicité en ligne. Par exemple, les clients payent Facebook en échange d’un espace publicitaire en ligne, espace payé sur la base du trafic Internet.

C’est un marché en forte croissance.

Croissance des chiffres d'affaires trimestriel de la publicité en ligne 1996-2017 (Mds$)

Un trafic bidon fait par des robots

Toutefois, il apparaît désormais que des robots, et non des humains, sont à l’origine de ce trafic internet. Par conséquent, ce que Facebook et les autres facturent à leurs clients en échange de l’espace publicitaire est fondé sur une tromperie.

Le directeur marketing d’Unilever, dont le budget pour la publicité en ligne est de 8,4 Mds$, a indiqué que 60% du trafic reposait sur des robots.

Unilever

En septembre 2016, on avait appris que Facebook surestimait d’au moins 60% à 80% la durée de visionnage des vidéos publicitaires.

« Selon des sources informées, les grands annonceurs et spécialistes du marketing sont mécontents de Facebook Inc., car ils ont appris que, depuis deux ans, ce géant de l’internet surestimait énormément le temps de visionnage moyen des publicités-vidéo sur sa plateforme. […] Les méthodes de comptage initiales avaient probablement surestimé de l’ordre de 60 à 80% le temps de visionnage des vidéos, selon un courrier que Publicis Media a adressé fin août à ses clients, et que The Wall Street Journal a analysé. » Dow Jones News, Facebook Overestimated Key Video Metric For Two Years

Evidemment, les annonceurs ne restent pas inertes.

Le 27 juillet dernier, le directeur opérationnel de Procter & Gamble, David Taylor, annonçait au Wall Street Journal avoir coupé les budgets de certaines publicités en ligne et ne constater aucune différence.

Puis le site Zerohedge indiquait que Google allait rembourser les annonceurs dans certains cas avérés de trafic artificiel.

Enfin, le 7 septembre se tenait une conférence organisée par Goldman Sachs sur le thème du commerce de détail mondial. Le président de Restoration Hardware, Gary Friedman, y faisait cette savoureuse confidence :

« Nous avons découvert que 98% de notre chiffre d’affaires provenait de 22 mots. Attendez… nous achetons 3 200 mots et 98% du chiffre vient de 22 mots. Quels sont ces 22 mots ? Ils ont dit, eh bien, c’est ‘Restoration Hardware’ et les 21 orthographes incorrectes, d’accord ? »

Récapitulons, cher lecteur…

Suspense insoutenable : qui aura le dessus, les robots du trading ou les robots du trafic bidon ?

robots

Question subsidiaire : quels ratios cours sur bénéfice verrons-nous cette fois-ci avant l’effondrement final (sachant que quelque chose divisé par zéro tend vers l’infini) ?

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

Visitez le site officiel de Simone Wapler : www.Simone Wapler.fr

4 commentaires pour “Un marché bidon en folle croissance”

  1. Vous faites sans doute allusion aux « fermes de portables » chinoises:de petites boutiques avec des rangées de portables qui fonctionnent a longueur de journée.C’est principalement Fa….book qui a été mise en cause.Mais le phénomène est identique avec les télévisions et radios françaises qui avec peu d’audience réelle se permettent de salarier leurs présentateurs plusieurs dizaines de milliers d’euros.Exemple RMC BFM qui salarie les (excellents) Marchal et Truchot 15000 euros par mois pour a peine 1 millions d’auditeurs

  2. J’ajouterai que la publicité est probablement un accord gagnant-perdant voir perdant-perdant dans le sens où ce que gagne le médias est largement inférieur à la valeur du temps d’attention capté sur l’utilisateur.
    En ce qui me concerne je serai par exemple très heureux de payer un abonnement raisonnable à YouTube en échange du fait de ne plus avoir de publicité.
    Donc on peut espérer que ce scandale poussera certains médias à aller vers un business model par abonnement plutôt que par la publicité.

  3. J’ai constaté le même phénomène avec fournisseurs d’accès d’internet en Suisse: Swisscom en tête, Sunrise, Orange ou Salt(ce qui ne manque pas de sel… amer avec jeu de mot!) et USB Cablecom (américain). Les parfaits zombies qui ne produisent rien et vivent sur le système et ne produisent que de la « merde médiatique ».

    En cadeau de gratification ces fournisseurs vous espionnent pour vous pousser à consommer de.. « la merde ».

  4. c’est un peu tiré par les cheveux d’incriminer tout le temps les robots de trading. c’est juste que nous vivons à l’ère numerique où les choses vont mille fois plus vite…OLIVIER pour MYALGOTRADE.COM

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