Don Quichotte de la politique énergétique

Rédigé le 2 mai 2017 par | Désinformation, Simone Wapler Imprimer

« L’éolien a-t-il encore un avenir ? », s’interroge Le Figaro du mardi 2 mai. L’article nous indique que l’éolien a contribué en 2016 à près de 5% de la consommation d’électricité, une contribution stable alors que le parc éolien a augmenté de 1 345 MW cette même année et totalise 11 700 MW.

Après des années de « politique énergétique », de subventions et d’impôts déguisés, l’éolien reste trop cher et la production des énergies renouvelables ridicule. Les éoliennes cherchent leur Don Quichotte.

Quelques chiffres accablants :

Le prix de revient actuel de l’éolien serait de huit centimes d’euro le kWh, celui du solaire, parti de 30 centimes, atteindrait maintenant six centimes d’euro le kWh.

Dans son livre « La France dans le noir »*, Hervé Machenaud donne les chiffres suivants :

kWh produit par le nucléaire français : cinq centimes kWh produit par le gaz ou le charbon : sept centimes kWh produit par l’éolien terrestre : huit centimes kWh produit par l’éolien maritime : jusqu’à 20 centimes kWh produit par le photovoltaïque : 20 à 25 centimes

Combien nous vend-on le kWh, cher lecteur ?

Entre 14,62 et 15,64 centimes, tarif EDF option de base, prix réglementé.

Dans ces conditions, tout devrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour EDF, non ?

EDF politique énergétique

Eh bien non, comme vous le voyez. Le cours de l’action EDF est passé de 28 € à moins de 8 €. Dans le même temps, entre 2010 et 2015, le prix réglementé a augmenté de 26,9% (et 30,6% pour le tarif heures creuses).

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En réalité, tout se passe sur le « marché du gros ». Là, le tableau est bien différent. Le kWh se vend moins de cinq centimes. Oui, vous avez bien, lu. Vous n’imaginiez quand-même pas que Michelin, Peugeot, Renault, Airbus, etc. payaient leur électricité au même tarif que vous ?

Sur ce marché du gros, les prix ne sont pas fixés par l’Etat français les fournisseurs européens sont en concurrence.

Comment en est-on arrivé à cette situation absurde ? Les subventions massives aux énergies renouvelables sont venues rajouter de la production alors que les électriciens produisaient déjà de l’électricité conventionnelle (nucléaire, hydraulique, thermique) en surabondance. Les prix se sont donc effondrés. Du coup, les électriciens ont préféré « chasser la subvention » plutôt que de se préoccuper de leur production conventionnelle. Au total, les énergéticiens européens (E.ON, RWE, Vattenfall, Engie) ont passé plus de 100 Mds€ de provisions pour dépréciation depuis quatre ans et abandonnent la production traditionnelle. L’idéologie énergétique peut nous conduire à la grande panne.

Lorsque vous serez dans le noir, vous penserez à lever votre verre à la « politique énergétique ». Elle est aussi nocive et absurde que la « politique monétaire ». D’ailleurs, s’il n’y avait pas ce système de crédit infini et quasi gratuit, il n’y aurait pas non plus de politique énergétique subventionnée.

La destruction des prix par les subventions et le crédit gratuit fait toujours des ravages, que ce soit pour l’électricité ou les produits agricoles. La production électrique échappe peut-être au « tout marché » et le financement du kWh nucléaire d’aujourd’hui est en partie payé par nos impôts qui, il y a quelques décennies, ont permis le développement de cette technologie. Mais le « tout idéologie » dénoncé par Hervé Machenaud est certainement catastrophique.

Quant à savoir qui paie pour ces erreurs, c’est évidemment nous. C’est la règle de la Parasitocratie : plus c’est compliqué, moins vous avez envie de comprendre et plus vous paierez.

* La France dans le noir d’Hervé Machenaud. Editions Les Belles Lettres. X Ponts et IEP Paris, l’auteur réside en Chine et participe depuis 30 ans au programme énergétique de ce pays.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’oeil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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