Pétrole : un arbitrage neutre au marché

Rédigé le 1 juillet 2011 par | Or & Matières Premières Imprimer

▪ « Le monde se divise en deux catégories, ceux qui tiennent un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses ».

Clint Eastwood n’y connaît probablement pas grand-chose en pétrole. Pourtant, sa tirade dans Le Bon, la Brute et le Truand aide à comprendre le marché actuel du brut.

Tout comme il y a des bons, des brutes et des truands dans les westerns, il existe différents types de pétroles. Deux principaux, en fait. Le Brent est produit en mer du Nord et son cours sert de référence pour le pétrole brut européen. Un rôle rempli aux Etats-Unis par le West Texas Intermediate (d’où WTI), qui est plus léger.

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L’Etat-Providence a signé son propre arrêt de mort ! A présent, c’est chacun pour soi

Mais dans cette nouvelle donne, une poignée de Français pourrait être jusqu’à quatre fois plus riche d’ici deux ans.

Comment en faire partie ? Il suffit de suivre le guide…

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Mais cela reste du pétrole. Il est donc étonnant que l’écart entre le prix du Brent et celui du WTI ait bondi ces derniers mois, pour atteindre près de 20 $ de différence par baril. Surtout que, contrairement à la situation habituelle, le Brent est devenu beaucoup plus cher que le WTI. Cette anomalie de marché est donc une excellente occasion d’engranger quelques dollars de plus…

▪ Du pétrole plus cher que du pétrole

Par nature, le WTI est plus facile à raffiner (pour fabriquer du carburant par exemple), ce qui explique que traditionnellement il se traite avec une prime sur le Brent. Sur les cinq dernières années, à part en 2008, le baril de WTI obéissait à cette règle non écrite et valait en moyenne deux à quatre dollars de plus que le Brent.

Mais depuis quelques mois (comme en 2008 et au deuxième semestre 2009), la tendance s’est inversée. Le Brent est devenu plus cher, même beaucoup plus cher, comme c’est le cas actuellement, à raison de près de 15 $ par baril.

Les raisons de ce retournement sont probablement à chercher du côté de la Libye dont le brut léger manque cruellement au marché, et en particulier à l’Europe qui en était très friande. Des travaux de maintenance dans la mer du Nord et la déclaration de force majeure de Shell sur les exportations de brut nigérian ont également apporté leur pierre à l’édifice… Ajoutons à cela l’excès de pétrole WTI qui arrive à Cushing, dans l’Oklahoma (là où est livré tout le WTI) et la baisse de la demande en Amérique du Nord, couplée au renforcement de la demande dans le reste du monde… Résultat : l’écart entre les deux cours est suffisamment béant pour qu’un arbitrage probablement profitable voie le jour.

Je vous disais plus haut que le spread habituel de deux à quatre dollars ; il correspond aux frais de transport à travers l’Atlantique puisque habituellement, les Etats-Unis importent du brut depuis l’Europe.

▪ Comment profiter de cette situation

Avec un Brent bien plus cher que le WTI, la relation va s’inverser. Avec la possibilité de payer 15 $ de moins par baril, l’Europe aura intérêt à importer du brut américain. La baisse de la production en mer du Nord et l’excès de pétrole aux Etats-Unis militent également dans ce sens.

Pour en profiter, deux possibilités.

La première consiste à acheter et vendre des contrats à terme sur le Brent ou sur le WTI, selon le sens dans lequel leurs cours vont évoluer.

La seconde revient à investir dans le type de brut qui correspond à votre stratégie globale, qu’elle soit orientée sur les Etats-Unis ou sur le reste du monde. Un investisseur qui se positionne sur le pétrole, car il est optimiste sur l’Inde ou la Chine, plutôt que sur les Etats-Unis, aura par exemple intérêt à se positionner sur le Brent, le pétrole non américain.

Dans Le Bon, la Brute et le Truand, le personnage de Tuco prenait sa revanche (passagère) sur le personnage d’Eastwood avec des commentaires du style : « le monde se divise en deux catégories, mon ami : ceux qui ont la corde au cou et ceux qui la leur coupent », ou « le monde se divise en deux catégories : ceux qui passent par la porte et ceux qui passent par la fenêtre ».

Corde ou couteau, porte ou fenêtre, Brent ou WTI, voire les deux (l’un à la hausse, l’autre à la baisse) : à vous de choisir.

Notez toutefois que l’écart a mis du temps à se former, il est possible qu’il ait besoin d’encore davantage de temps pour se résorber. Tout cela n’empêche pas qu’un potentiel de gain existe, sans la moindre exposition au risque de marché.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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