La panique obligataire s’étend

Rédigé le 5 février 2018 par | A la une, Defaut américain, Indices, marches actions, strategies, Krach boursier imminent, Krach boursier imminent 2018 Imprimer

obligataire krach obligations actions impôts us salaires bitcoinLes taux obligataires longs montent, alourdissant les intérêts dus sur une cohorte de dettes, et le revenu disponible chute. Les réductions d’impôt ne redresseront pas la situation.

« Les valeurs US chutent à mesure que les ventes de bons du Trésor s’accélèrent », titrait Bloomberg la semaine dernière.

Dans le même temps, le bitcoin a dégringolé vers les 8 000 $ – effaçant près de 100 Mds$ de sa valeur en seulement 24 heures.

Le prix du bon du Trésor américain à 10 ans a plongé, faisant passer son rendement au-delà des 2,75%

Déjà, le taux fixe de crédit immobilier à 30 ans – dont l’évolution suit celle du rendement du T-Note à 10 ans – est passé de 3,7% il y a un an à 4,2% aujourd’hui.

Sur un prêt de 200 000 $, cela revient en gros au montant promis en baisses d’impôts.

Le gouvernement donne. Le gouvernement reprend…

Et le gouvernement fait un beau gâchis.

Les autorités ont orchestré un cycle du crédit aux proportions grotesquement exagérées – et maintenu les taux d’intérêt bien trop bas pendant bien trop longtemps. A présent, elles se retrouvent avec une économie croulant sous les dettes… alors que le cycle de taux se retourne.

Quelques petits points de base, ça ne semble pas grand-chose. Mais lorsqu’il faut emprunter – chacun d’entre eux est douloureux.

Lorsque vous avez 67 000 Mds$ de dettes, quelques points de base peuvent être un véritable désastre. Pour être plus précis, si les frais augmentaient d’1%, cela ajouterait 670 Mds$ à la charge annuelle de la dette des Etats-Unis.

Il y a quelques jours, nous avons vu que le gouvernement US se retrouverait dans un sacré pétrin si d’aventure les taux d’intérêt augmentaient à un modeste 5%.

Nous disions que cela viendrait ajouter 600 Mds$ de dollars au coût d’une dette de 30 000 Mds$ – un montant que les Etats-Unis devraient atteindre d’ici 10 ans.

Un lecteur nous a écrit en demandant où nous avions été à l’école.

Si un taux de 5% s’appliquait à l’intégralité de ces 30 000 Mds$, cela représenterait des intérêts de 1 500 Mds$, non 600 Mds$.

Les autorités US collectent environ 3 500 Mds$ de revenus fiscaux. Dans ces conditions, payer autant d’intérêts serait hors de question. [NDLR : En France aussi, les taux montent et vont vite peser sur la charge de la dette publique qui est déjà le deuxième plus gros poste du budget. Cela met en danger les contrats d’assurance-vie qui reposent sur la dette française, les assureurs et les banques. Découvrez ici comment vous protéger des dangers imminents qui vont bientôt faire surface.]

Des problèmes toxiques

Et ce n’est qu’un début. Quand les ennuis arrivent, ils arrivent rarement seuls. Au lieu de ça, comme un gang d’adolescents de Baltimore, la hausse des taux d’intérêt amènera avec elle tout une bande de problèmes toxiques.

Comme nous l’avons vu, en chiffres bruts, l’économie ne se porte pas mieux aujourd’hui que sous Barack Obama. Les taux de croissance sont à peu près identiques. Mais les actions sont au sommet d’une échelle branlante… et la dette grimpe en flèche.

Le Bureau du budget du Congrès avertit que l’augmentation des dépenses fédérales et les réductions d’impôts videront le Trésor d’ici mars. Les autorités ont prévu d’émettre 1 300 Mds$ d’obligations en seulement neuf mois – et pour l’instant, elles suivent leur calendrier.

Mais qui achètera ces obligations ?

Pas la Fed. Elle devrait poursuivre son resserrement quantitatif (vendre des obligations au lieu de les acheter)… du moins jusqu’à ce que l’échelle finisse par basculer.

Pas les consommateurs. Ils n’ont pas d’argent.

Une dette record avec un revenu disponible qui chute

La seule raison pour laquelle il y a de la croissance, c’est que les consommateurs sont prêts à sacrifier leur sécurité financière.

Au lieu d’épargner, ils dépensent. Ces dépenses viennent abonder le côté positif du registre du PIB. La dette supplémentaire n’apparaît pas du tout.

Ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle n’existe pas… La dette des ménages américains a atteint un nouveau record – plus de 15 000 Mds$. Ces 30 dernières années, elle s’est développée deux fois plus rapidement que les salaires.

A présent, toute augmentation de 1% des taux d’intérêt, appliquée à l’intégralité de la somme due, générerait 150 Mds$ de charges supplémentaires.

C’est là que les calculs se compliquent un peu. Les Etats-Unis comptent environ 120 millions de ménages. Soit un coût annuel supplémentaire de 1 250 $ environ par foyer.

Où les ménages obtiendraient-ils cette somme ? Leur épargne a été ponctionnée pour continuer de faire avancer l’économie.

Des ménages démunis face aux revers financiers

Les revenus disponibles moins les mises de fonds personnelles – c’est-à-dire l’épargne – ont chuté à 2,4%, au dernier compte. C’est le plus bas niveau depuis 2005. Et cela laisse la plupart des ménages complètement démunis face aux revers financiers.

Le site WolfStreet.com a examiné l’état de santé des ménages américains [les chiffres proviennent de la Fed] :

Bah… Pas de quoi s’inquiéter, n’est-ce pas… les réductions d’impôts mettront 1 000 $ dans les poches de l’Américain moyen.

Mais dès qu’il aura détourné son attention, les intérêts et l’inflation reprendront ces 1 000 $… et plus encore.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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4 commentaires pour “La panique obligataire s’étend”

  1. Qui va payer cela? NOUS, les retraités. Fini le monde FINI, ces crétins de banquiers et de fiduciaires de la financiarisation de l’économie ou de la dette éternelle vont nous faire payer tout cela et ne seront jamais condamnés. A vous de choisir qui vous voulez mette en prison ou à condamner à mort: vous-même ou ces salauds?! A vous de choisir. Mais ayez des « couilles » pour une fois… 😉

  2. La hausse des taux implique également une hausse des revenus des épargnants.

    Il est faux de dire que le PIB ne tient pas compte de l’endettement, c’est un fait, toute dépense de consommation excédant la production implique un déficit de la balance commerciale, qui vient se déduire du PIB.

    Les baisses d’impots permettent d’encourager le travail, l’investissement et l’esprit d’entreprise.
    Les pays qui ont essayé de réduire leurs déficits en augmentant les impots n’ont fait qu’aggraver leurs situations en enfermant l’économie dans la stagnation.
    L’expansion du secteur privé et le plein emploi constituent le meilleur moyen d’équilibrer le budget à long terme.

  3.  » Il y a quelques jours, nous avons vu que le gouvernement US se retrouverait dans un sacré pétrin si d’aventure les taux d’intérêt augmentaient à un modeste 5%.
    Nous disions que cela viendrait ajouter 600 Mds$ de dollars au coût d’une dette de 30 000 Mds$ – un montant que les Etats-Unis devraient atteindre d’ici 10 ans.
    Un lecteur nous a écrit en demandant où nous avions été à l’école.
    Si un taux de 5% s’appliquait à l’intégralité de ces 30 000 Mds$, cela représenterait des intérêts de 1 500 Mds$, non 600 Mds$. »

    Ben faudra dire au lecteur que la dette actuellement détenu par le gouvernement n’est pas gratuite, que la totalité de la dette US n’est pas refinancée chaque année, et qu’on parle bien de l’augmentation du cout de la dette. Donc c’est plutôt son calcul qui est erroné.

  4. Jamais, en temps de paix, le monde n’a été aussi endetté qu’aujourd’hui. Etats, collectivités territoriales, entreprises, particuliers vivent sous une montagne de dettes. Cet Himalaya d’endettement s’écroulera inéluctablement sous son propre poids un jour prochain. Les autorités monétaires tentent d’échapper à la loi d’attraction en imposant des taux nuls ou négatifs, en faisant chauffer au rouge les rotatives des planches à billets, en rachetant et cachant sous le tapis les dettes insolvables, en imaginant séquestrer dans les comptes bancaires électroniques l’argent des individus (suppression éventuelle du cash) et également par une désinformation généralisée. Mais aussi intelligentes soient-elles, nos élites politico-économico-financières ne pourront pas échapper aux intangibles lois de l’Univers. Les excès de dettes seront immanquablement purgés d’une façon ou d’une autre…

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