L’organisme le plus absurde du Deep State ?

Rédigé le 23 février 2018 par | Banques Centrales, Deep State Imprimer

L’Office for Financial Research, qui dépend de la Fed, est censé alerter le public en cas de danger pour le système financier et donc prévenir toute catastrophe.

« Apollon ! Apollon ! Dieu vraiment terrible pour moi, Tu m’as perdue sans retour Et j’ai deux fois éprouvé tes coups. » – Dans Agamemnon, d’Eschyle, Cassandre se lamente d’avoir connu Apollon.

Enfin une vraie amélioration en provenance de Washington !

Durant la panique qui a suivi la crise financière de 2008, le Congrès américain a créé le Bureau de recherches financières (OFR, en anglais : Office of Financial Research).

Le principe était le suivant : ce groupe sonnerait l’alarme en cas de danger imminent pour le système financier.

Il était temps. Plus rien à craindre désormais ! Les autorités nous diraient quand il est sûr d’acheter… et quand il faut s’enfuir en courant. [NDLR : Un tel exploit est impossible… ou presque : un initié de la CIA a mis sur un place un système permettant d’anticiper les grands mouvements boursiers – pour en tirer profit avant la foule. Cliquez ici pour tout savoir]

Mais que voyons-nous là ?

Aujourd’hui, 10 ans plus tard, les actions sont trois fois plus chères. La dette est elle aussi bien plus élevée. A elles seules, les autorités ont emprunté 10 000 milliards de dollars supplémentaires.

Une survie inutile

L’OFR a pourtant été spécifiquement chargé de nous avertir des pics de volatilité qui s’annoncent. Et nous voilà… sans le moindre avertissement.

Que se passe-t-il ? Le Wall Street Journal nous en dit plus :

« Quasiment une décennie et près de 500 millions de dollars plus tard, l’agence a lutté pour se faire une place à Washington. Des projets majeurs ont été retardés ou limités. Le moral a souffert, entre les luttes de territoire avec d’autres régulateurs et l’opposition de la part des républicains. Et l’une de ses initiatives les plus ambitieuses – le développement d’une base de données enregistrant les contrats financiers – n’est pas allée plus loin qu’un rapport de 16 pages demandant ‘des sessions de collecte d’informations’ parmi ses constituants ».

Et voilà que le Grand Perturbateur, Donald J. Trump, semble avoir l’OFR dans le collimateur.

Le Wall Street Journal à nouveau :

« L’historique de mauvaises performances de l’OFR a fait de lui une cible facile. En novembre, les officiels du département du Trésor ont dit aux employés de l’OFR que le budget de l’agence serait réduit d’un quart, et ses effectifs de plus d’un tiers. »

Quoi ? Un quart seulement ? Pourquoi ne pas le supprimer tout entier ?

La vitrine du site de l'Office of Financial Research

Les désastres prévisibles n’arrivent jamais

La mise en place même de l’OFR dénote une naïveté confondante au sujet des marchés. Cela revient à donner le bâton pour se faire battre… voire la seringue pour se faire euthanasier.

En réalité, que font ces 1 000 économistes diplômés qui disent travailler pour la Fed ?

Ne serait-il pas raisonnable de s’attendre à ce qu’ils vérifient la pression dans la chaudière, de temps en temps… et nous rancardent avant que tout le bazar n’explose ?

Si vous pouviez rassembler une équipe de ronds-de-cuir gouvernementaux pour vous signaler quand les marchés sont sur le point de péter un câble, pourquoi ne pas également leur demander quelles valeurs grimpent… pendant combien de temps encore… et jusqu’où ?

Tant qu’on y est, pourquoi ne pas leur demander de vous mettre en contact avec l’esprit de feu votre grand-mère ?

S’ils étaient vraiment capables de dire quand une bulle est sur le point d’exploser, ne pourrait-on pas s’attendre à ce que ça finisse par se savoir… peut-être par le biais des courtiers gérant leurs comptes personnels ? Ils pourraient alors évacuer la pression, de manière à ce que l’explosion ne se produise jamais… non ?

Oh, cher lecteur… quel crétin du Congrès a voté pour une chose aussi absurde ?

Si l’on pouvait voir arriver les désastres, ils ne se produiraient jamais.

Vous avez acheté un billet sur le Titanic ?

Changez-le !

Et qui resterait investi en actions sachant qu’elles vont baisser ?

Oh, et ce mariage… avec cette strip-teaseuse de Vegas qui a des goûts de luxe…

… Il ne se serait jamais produit !

Il y a déjà des milliers d’analystes et de chercheurs boursiers à plein temps. Sans compter les millions d’amateurs.

Chaque jour, ces gens – les génies comme les crétins – étudient les chiffres et les cieux, à la recherche d’indices. A coup sûr, si un orage se préparait, ces observateurs le verraient, non ?

Pourtant, le brouillard s’épaissit… les nuages s’obscurcissent… et les journaux disent que le chômage baisse. Selon la Fed, « une poussée de croissance mondiale synchronisée » ne fait que commencer.

Le président américain dit que tout est parfait… « magnifique »… et va en s’améliorant.

Tous ces patriotes et poltrons n’iraient pas jusqu’à nous décevoir, si ?

La fin peu enviable des sonneurs d’alarme

Quant aux pauvres statisticiens et météorologues… que peuvent-ils bien penser ?

Ils sont humains eux aussi, après tout.

Peut-être observent-ils des chiffres plutôt effrayants. Mais… ma foi… les réductions d’impôt des républicains commencent à faire effet ! Et ces gigantesques augmentations de dépenses pour la défense ne peuvent qu’être bonnes pour Raytheon et GE, n’est-ce pas ?

« Hé, je ne suis qu’un fonctionnaire, moi. Et il faudrait que je risque ma tête, à dire au président qu’il raconte n’importe quoi ?

« Je ne vais quand même pas contredire les plus grands génies de la planète à la Fed ! J’ai un bon job. J’ai l’école privée des enfants à payer, moi ! Je dois penser à ma famille !

« En plus, on n’est jamais sûr, avec tous ces trucs. Greenspan a dit que les bulles étaient indétectables. Il a peut-être raison sur ce coup.

« Si je lance publiquement une alerte à la bulle… qu’est-ce que ça donnerait ? Je me ferais sans doute virer. La fin de ma carrière. Même si le truc explose en faisant des dégâts à des kilomètres à la ronde, personne n’appréciera le fait que je les ai prévenus.

« Ils m’accuseront d’être ‘négatif’… et ‘alarmiste’. Les institutions ne voudront plus de moi. Je serai considéré comme un cinglé.

« Parce que tout le monde sait que les ingénieurs de la Fed et du Trésor peuvent gérer la situation. Tout le monde sait qu’ils surveillent les données et qu’ils s’assureront qu’il n’y aura jamais d’explosion majeure… ou de dépression… ou de crise du crédit.

« Parce que, bon, s’il y a une grosse explosion de la bulle maintenant, ça veut dire que ce n’est qu’une bande de prétentieux incompétents, non ?

« Ca veut dire qu’ils avaient tous tort. Personne ne veut entendre ça. Je serai traité comme un lépreux… comme un négationniste… ou quelqu’un qui ne croit pas au changement climatique.

« Il faudra que je trouve un job de prof d’économie dans un lycée de banlieue. Mes enfants devront aller en école publique…

« Et je terminerai comme cette Grecque, là, celle qui annonçait toujours des mauvaises nouvelles, Alessandra, ou quelque chose comme ça. Personne ne l’a crue. Après quoi je me ferai violer dans un temple… et puis je connaîtrai une fin affreuse…

« Non merci ».

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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