La vraie mission de l'équipe Trump | La Chronique Agora


La vraie mission de l’équipe Trump

Rédigé le 12 juin 2018 par | Bill Bonner, Deep State, Guerre Commerciale Imprimer

En théorie, chaque pays revendique qu’il négocie au mieux pour avantager commercialement ses ressortissants. En pratique, les choses sont différentes…

La semaine dernière, c’était « guerre contre l’Europe ». Cette semaine, c’est « bombes sur Toronto ».

Avant d’aller plus loin, nous souhaiterions applaudir M. Trump. Le Trump Show n’est que bruit et fureur, signifiant Dieu sait quoi… mais à l’occasion… apparemment par accident, M. Trump semble sortir le bon message au bon moment. Et il a mis dans le mille ce week-end lorsqu’il a dit :

« En fin de compte c’est ça qu’il faut avoir. On ne veut pas de taxes douanières – pas de barrières et pas de subventions »…

C’est tout à fait ça. On veut un monde gagnant-gagnant, pas un monde gagnant-perdant.

Mais le Trump Show ne s’en tient jamais au script. Quelques secondes plus tard, les sottises étaient de retour au programme et les idiots étaient sur scène – John Bolton, Larry Kudlow et Peter Navarro.

Bolton attend désespérément qu’une nouvelle guerre lui redonne quelque utilité.

Kudlow se languit des heures de gloire de l’administration Reagan – mais se propose de les ressusciter grâce aux politiques ratées de l’époque, non à ses succès.

Et le pauvre Navarro est ravi de découvrir que quelqu’un prend enfin au sérieux ses propositions ringardes sur le commerce.

Les voilà… Harpo, Groucho et Chico… dans le rôle de principaux conseillers du président des Etats-Unis. Il peut les humilier… les contredire… et finalement les remplacer ; peut-être est-ce là leur véritable rôle – faire en sorte que The Donald ait l’air d’un génie.

L’accord le plus important de votre vie

Pour comprendre pleinement notre point de vue – et nous pourrions avoir raison, tort, ou ni l’un ni l’autre –, nous allons vous conter le mariage auquel nous avons assisté samedi.

Si vous nous lisez de longue date, vous savez que nous considérons le mariage comme le plus ancien de tous les accords gagnant-gagnant. Deux personnes se mettent ensemble… sans qu’on leur appuie le canon d’un fusil contre la tempe… et s’engagent sur toute une vie.

Quatre petits mots d’une seule syllabe – « oui, je le veux » – permettent de mettre le cap vers une vie de bonheur ou d’infortune, souvent les deux. 99% des gens de la planète ne concluront jamais un accord plus important au cours de leur vie.

Mais commençons notre histoire par la fin.

A 23h, les dernières lueurs du crépuscule avaient disparu, et un épais brouillard s’était installé. Le château, éclairé pour le mariage, semblait presque fantomatique… une apparition, comme s’il flottait dans un rêve.

En France, les châteaux sont souvent entourés de douves. La plupart ont été comblées, le besoin de se protéger des attaques ayant diminué. L’invention du canon a condamné à mort les douves européennes. Au XVIIIème siècle, les châteaux ne faisaient même plus semblant d’avoir un but militaire ; il s’agissait juste de grandes demeures pour impressionner les voisins… le genre de maison qu’un gestionnaire de hedge fund se ferait construire aujourd’hui à Monaco.

Mais ce château-là avait été construit au XVIème et XVIIème siècle, lorsqu’on ne savait pas encore tout à fait à quel point les canons seraient efficaces. Il y avait encore des meurtrières, et de lourdes portes de fer bloquaient l’entrée. Des murailles et des douves protégeaient les flancs.

Le canal devant le château était désormais asséché. Mais d’un côté se trouvait un petit lac qui arrivait quasiment jusqu’au pied du mur de défense. L’on pouvait y voir le château reflété si parfaitement qu’il était difficile de dire lequel était vrai et lequel était l’imposteur. Désorienté par le champagne et la brume, nous aurions pu marcher vers la porte d’entrée et nous retrouver à la baille.

Trump l’incroyable

Nous nous trouvions dans « le beau monde » français. L’invitation au mariage provenait de deux marquis : depuis la révolution, les titres aristocratiques n’ont plus de signification politique mais les gens les dépoussièrent quand même de temps à autre, pour les faire-part de mariage ou de décès.

Nous avions de la chance, en termes de plan de table. Nos voisins étaient parfaitement joviaux. La journée fut longue – nous ne sommes pas rentré avant 3h du matin. Mais nous avons gardé les yeux et les oreilles ouverts et avons essayé d’apprendre quelque chose.

« Trump est incroyable », a commencé un homme à notre gauche. « En Europe, nous ne savons toujours pas quoi penser de lui. Il paraît être complètement idiot, sans vouloir vous offenser… »

« Ne vous inquiétez pas… »

« Il semble ne rien connaître, on dirait. Ce qu’il pense savoir est remarquablement naïf et ridicule, pour un leader mondial. Alors il fait n’importe quoi. Et parfois, cela semble tourner plutôt pas mal ».

En Europe comme aux Etats-Unis, Trump fait le show. Et toutes les représentations sont complètes.

« J’aime sa technique de négociation. Je sais… cela ne semble guère nécessaire de négocier… mais son approche semble fonctionner. Il sort une énormité qui hérisse tout le monde, même ses propres lieutenants… et ensuite, quand il a démoli les meubles, tout le monde se réunit et réfléchit à comment les remettre sur pied – en mieux.

« Nous avons probablement besoin de quelqu’un de ce genre ».

D’autres ne sont pas de cet avis. Le reste du monde, notamment. Ou l’équipe du président elle-même.

En théorie, ces deux camps s’affrontent… les étrangers contre les Américains, par exemple. Ils négocient, chacun tentant d’obtenir les meilleures conditions pour son propre pays.

Mais après tout… pourquoi s’inquiéter ? Les barrières douanières chutent depuis plus de 30 ans. La barrière commerciale canadienne moyenne est de moins de 1%… rien du tout, en d’autres termes.

Evolutions des droits de douane

Pourtant, la Team Donald affirme désormais qu’elle représente un gigantesque problème pour les agriculteurs et les industriels américains. Pourquoi y consacrer tant de temps et de capital politique ? [NDLR : En tout cas, vous pouvez – en quelques minutes et en un seul trade – transformer la guerre commerciale en opportunité de gain à trois chiffres. Cliquez ici pour tout savoir.]

Que se passe-t-il ? Notre hypothèse : les dirigeants étrangers… et les ailiers trumpistes… sont tous dans la même équipe – celle du Deep State. Et personne ne veut le libre-échange.

Nous verrons pourquoi dès demain…

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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