Les actions sont-elles pour les gogos ?

Rédigé le 9 mars 2018 par | Banques Centrales, Indices, marches actions, strategies Imprimer

L’investissement en actions est présenté comme un moyen de participer au développement et à la croissance des entreprises ; la réalité est toute autre…

Gary Cohn a quitté la Maison Blanche… pas de quoi en faire tout un fromage. Ce dont il faut faire tout un fromage, c’est l’augmentation des taux d’intérêt par la Fed.

Ce devrait être normal… sauf que ce phénomène se produit après 30 ans de baisse.

A présent, non seulement l’économie mondiale dépend du crédit facile, mais son principal débiteur – les Etats-Unis – est sur le point d’entamer une vague d’emprunt.

Le Dow à 10 000

Comme nous l’avons souligné dans notre livre Hormegeddon, tout ou presque est soumis à la loi du déclin de l’utilité marginale – la dette en tête.

Un peu de dette peut être une bonne chose ; beaucoup de dette, non. Et lorsque vous avez trop de dette, il se passe toujours quelque chose de mauvais.

Que va-t-il se passer maintenant ?

C’est ce que nous attendons de voir.

Très probablement, les prix des actions et des obligations – soutenus si longtemps… et poussés si haut… par la dette – chuteront désormais.

Notre cible pour le Dow Jones est de 10 000 points – environ 60% plus bas que son niveau actuel.

Une fraude géante

Commençons nos réflexions en regardant le marché boursier lui-même. Nous avons récemment dit à un ami que c’était selon nous « une fraude géante ». Exagérions-nous ?

Jugez par vous-même.

On nous a demandé d’évaluer une entreprise privée – nous avons expliqué au propriétaire comment faire : « prenez simplement les revenus des trois dernières années. Faites la moyenne. Et multipliez par quatre ».

Le propriétaire en est resté estomaqué.

« Elle doit valoir plus que ça. Nous n’avons pas gagné beaucoup pour l’instant, mais nous sommes en train de corriger certaines erreurs. L’entreprise vaudra bien plus dans le futur ».

« Eh bien… lorsque vous aurez corrigé les erreurs, vous pourrez faire la moyenne des trois précédentes années de revenus et les multiplier par quatre ».

Si vous achetez une entreprise privée, vous paierez entre quatre à 10 fois ses revenus, parfois moins. Mais les 30 entreprises publiques cotées sur le Dow se vendent en moyenne 25 fois leurs revenus. Vous en avez bien plus pour votre argent dans les entreprises non-cotées.

Ce n’est qu’un début…

Si vous possédez une entreprise privée, vous obtenez 100% des profits. Vous pouvez en faire ce que vous voulez. Evidemment, mieux vaudrait réinvestir une partie de ces revenus… et mettre une autre partie de côté pour couvrir les coûts de fonctionnement et urgences non-amorties. Le reste est à vous.

Posséder l’action d’une entreprise cotée, en revanche, ne vous donne aucun contrôle sur votre argent. Le dividende moyen d’une action du Dow n’est que de 2,5%.

De nombreuses entreprises ne paient pas de dividendes du tout – et ne vous donnent donc rien pour votre argent.

Hommes de paille

Avec une entreprise privée, vous pouvez aussi contrôler comment l’entreprise dépense sont argent.

Vous pouvez décider que l’entreprise a besoin d’un appartement à New York, par exemple, pour être plus près des marchés financiers… ou à Washington, pour être plus près des centres de décision politiques.

Et peut-être que l’entreprise a besoin d’un avion privé pour vous y emmener… et une adhésion à un club de golf pour y amener des clients potentiels.

C’est vous qui profitez des avantages, en d’autres termes, et non un autre.

Dans une entreprise cotée, l’autre en question est un gestionnaire. Il est censé « rendre des comptes aux actionnaires ».

Mais comme nous le disons souvent, « l’ignorance augmente du carré de la distance dans le temps et l’espace ». L’actionnaire moyen est loin du siège de l’entreprise. Il ne sait généralement rien de ce qui se passe dans la société.

Il n’est peut-être même pas au courant qu’il possède l’action ! Il achète des fonds ou des ETF répliquant un indice sans la moindre idée de ce qu’il y a dedans.

Certes, quelques investisseurs professionnels de renom et actionnaires activistes peuvent encore mettre la pression sur la direction. Mais le gestionnaire moyen n’a que peu de supervision.

Les actionnaires n’ont aucun moyen de savoir ce qui se passe. Et le conseil d’administration est souvent composé de compères, d’hommes de paille et de membres là pour remplir les quotas du politiquement correct.

Un capitalisme faussé

C’est ainsi que le capitalisme devient faussé. Il se transforme en capitalisme de copinage.

Le salaire du gestionnaire d’une entreprise cotée, par exemple, n’est pas décidé par les propriétaires… mais par un comité composé d' »experts » du secteur.

Ils n’essaient pas d’obtenir le meilleur accord possible. Ils s’assurent juste que la rémunération est en ligne avec celle des autres grandes entreprises.

Et c’est bien entendu le cas ! Ils sont tous corrompus de la même manière…

Le gestionnaire ne se soucie en général que des buts de court terme ; sa rémunération y est liée. De sorte que, par des moyens honnêtes ou malhonnêtes, ses objectifs sont atteints.

Jack Welch a reçu 416 millions de dollars lorsqu’il a quitté son poste de PDG de General Electric (GE). En 2006, sa valeur nette était estimée à 720 millions de dollars.

Quel employé vaut autant ? Quel mortel a un temps aussi précieux ?

Une nouvelle étude montre que plus vous payez un PDG, moins ses performances sont bonnes. C’est parfaitement sérieux. Forbes :

« Dans l’ensemble, plus les PDG sont payés, moins les performances de leurs entreprises sont bonnes sur les trois années qui suivent, selon de nouvelles études approfondies. Cela s’applique aussi bien aux PDG aux rémunérations les plus élevées qu’aux PDG au bas de l’échelle des salaires. ‘Plus les PDG sont payés, moins les performances de la société sont bonnes sur les trois années qui suivent, en termes de performance boursière et même de performance comptable’, déclare l’un des auteurs de l’étude, Michael Cooper, de la David Eccles School of Business, au sein de l’Université de l’Utah ».

M. Welch ne faisait pas exception. La suite démontra qu’il avait semé les graines de l’échec de l’entreprise – en se développant trop, dans trop de directions différentes, à un coût trop élevé, avec de l’argent emprunté.

Rétrospectivement, il aurait mérité un coup de pied au derrière… pas un gigantesque bonus. Mais la culture avait changé. L’économie avait changé. Et les marchés avaient changé eux aussi.

Une tendance insidieuse

M. Welch a financiarisé GE. Il l’a transformée : alors qu’elle se concentrait sur la fabrication de choses et le service à ses clients… il a fait en sorte qu’elle gagne la majeure partie de son argent grâce à la finance. En d’autres termes, il est passé de l’économie réelle à l’économie financière.

Ce faisant, il n’inventait pas une nouvelle entreprise… il ne lançait pas un nouveau secteur… et il ne trouvait pas non plus des manières nouvelles et meilleures de satisfaire ses clients. Il se contentait d’exploiter une tendance insidieuse et perverse mise en marche par les autorités.

Les investisseurs ont été dressés à penser qu’acheter des actions dans des entreprises cotées leur permet de participer à la grande croissance du commerce et de l’industrie… et qu’en achetant ces actions, ils « financent » les entreprises avec leur épargne.

Ils sont ensuite récompensés par des gains financiers. A mesure que l’économie se développe, ils s’enrichissent. [NDLR : Il existe un moyen de revenir à ce principe de vrai investissement, profitable et sain, dans des entreprises de l’économie réelle… et loin des interférences, fraudes et manipulations des marchés boursiers : cliquez ici pour en savoir plus.]

Mais le mandat de M. Welch chez GE – de 1981 à 2001 – a coïncidé avec un profond changement dans le monde des entreprises. Elles s’adaptaient à une marée d’argent factice, prêté à des taux d’intérêt factice.

C’est l’argent facile qui a permis à M. Welch et à GE de se lancer dans une vague d’achats et de gagner ses primes mirobolantes. C’est l’argent factice de la Fed qui soutenait les prix des actions, non la véritable épargne.

Et c’est Alan Greenspan, Ben Bernanke et Janet Yellen, à la Fed, qui se sont assuré que les prix des actions grimpaient.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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