L'industrie pétrolière occidentale victime des Etats

Rédigé le 3 septembre 2008 par | Article Imprimer

** Les pays occidentaux — plus particulièrement les Etats-Unis — sont actuellement confrontés aux prémices d’un changement profond en ce qui concerne les disponibilités actuelles et à venir du pétrole. Selon des données publiées récemment, la production pétrolière de toutes les principales compagnies pétrolières occidentales est sur la pente descendante. Exxon Mobil par exemple, a annoncé que sa production pétrolière moyenne avait chuté de 614 000 barils par jour en 2008.

– Les majors pétrolières occidentales comme Exxon ont de plus en plus de difficultés à trouver des sites potentiels et à faire aboutir de nouveaux projets pétroliers. Et ce malgré le fait que l’industrie pétrolière nage dans les bénéfices reçus de précédentes opérations, et meurt d’envie de se développer.

– Le projet Thunder Horse de BP dans le Golfe du Mexique, par exemple, va enfin entrer en fonctionnement en 2008, avec une production anticipée à 250 000 barils par jour. Mais ce projet a mis près de 20 ans à voir le jour, avec un excédent de six milliards de dollars sur son coût prévisionnel.

– Quant à la réussite de Chevron avec son projet Jack 2 dans le Golfe, elle a coûté plus de 240 millions de dollars pour un seul puits test. Ce projet est encore à des années de devenir un lieu de production de pétrole florissant.

– Ces éléments vont bien plus loin que les arguments du Peak Oil.

** L’une des principales raisons du déclin de la production de pétrole des majors occidentales est la politique mondiale. Dans les années 1990, la tendance géostratégique au lendemain de la chute du mur de Berlin et du déclin du communisme était la mondialisation. Une grande partie du monde s’est ouverte vers l’ouest, au propre comme au figuré. Et l’industrie pétrolière en a bénéficié, en réalisant des investissements importants dans des régions explorées — ou non — de l’Amérique du Sud à la Mer Caspienne.

– Durant la première décennie du 21ème siècle, par contre, la principale tendance a été le concept de "nationalisation des ressources". Ce qui signifie que, dans de nombreux pays autrefois accueillants pour les entreprises occidentales, l’attitude envers l’investissement étranger a fondamentalement changé. Les compagnies pétrolières occidentales se sont retrouvées coincées dans des zones riches en ressources.

– Les entreprises occidentales ont subi des nationalisations radicales, comme ce qui s’est passé avec Exxon Mobil et ConocoPhillips au Venezuela. Ou bien elles ont été priées de partir à coups d’intimidations et de pressions légales sous couvert de "lois fiscales" ou de "renforcement environnemental", comme ce qui s’est passé avec Shell Oil Co. pour son projet Sakhalin en Russie.

– Même le Brésil a montré les dents face aux investissements étrangers. Récemment, le Brésil a retiré de nombreuses zones des ventes de concessions potentielles après qu’il soit devenu clair que les chances d’y trouver du pétrole étaient plutôt bonnes. Pourquoi ne pas plutôt les garder pour Petrobras ?

– Quoiqu’il en soit, les compagnies occidentales ont été mises à l’écart ou, dans le meilleur des cas, forcées de renégocier les contrats selon des termes moins avantageux pour elles. Le modèle traditionnel de développement des ressources, dans lequel les entreprises occidentales obtiennent une position et un contrôle légal des gisements de pétrole et de gaz, a déjà perdu la bataille. Les gouvernements qui accueillent changent les règles pour favoriser les compagnies pétrolières appartenant à l’Etat.

– A la fin des années 1970, les compagnies pétrolières occidentales contrôlaient plus de la moitié de la production mondiale de pétrole. Mais aujourd’hui les compagnies pétrolières appartenant à l’état — comme Saudi Aramco, National Iranian Oil Co., Kuwait Oil Co., Petroleos de Venezuela, Petroleos Mexicanos (Pemex), etc. — contrôlent plus de 85% de la production mondiale de pétrole. Les majors occidentales contrôlent 7% de la base pétrolière mondiale.

– Pendant ce temps, la production de pétrole des régions matures est en déclin. De la Mer du Nord à la côte nord de l’Alaska, les compagnies pétrolières occidentales ne peuvent que constater la baisse des volumes des positions pétrolières actuelles. Et le potentiel dans le reste du monde est encore moins encourageant. Selon Amy Myers Jaffe, qui étudie le domaine pétrolier depuis sa chaire à l’Université de Rice, "c’est un secteur en crise".

– Cette notion de crise aide aussi à expliquer pourquoi les compagnies pétrolières occidentales luttent pour étendre leurs options pour des forages offshore aux Etats-Unis, ainsi que pour l’accès à des zones comme le nord de l’Alaska. L’offshore américain, et d’autres zones frontières comme le Parc National Arctique font partie des quelques options qu’il reste aux entreprises pétrolières occidentales.

– Ce que l’industrie pétrolière occidentale est en train de prouver, c’est que sa base et ses réserves en ressources sont en déclin. Et à moyen ou long terme, cela signifie que l’importance économique des entreprise occidentales va elle aussi décliner. Malgré tous les projets, les efforts pour conserver et économiser l’énergie, ainsi qu’un virage important vers les sources d’énergie alternatives, le monde occidental va devenir terriblement dépendant du pétrole venant des compagnies pétrolières appartenant aux états orientaux.

– Du point de vue de l’énergie et de la stratégie, ce ne sera pas une bonne chose pour l’Occident.

 

** Les pays occidentaux — plus particulièrement les Etats-Unis — sont actuellement confrontés aux prémices d’un changement profond en ce qui concerne les disponibilités actuelles et à venir du pétrole. Selon des données publiées récemment, la production pétrolière de toutes les principales compagnies pétrolières occidentales est sur la pente descendante. Exxon Mobil par exemple, a annoncé que sa production pétrolière moyenne avait chuté de 614 000 barils par jour en 2008.

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– Les majors pétrolières occidentales comme Exxon ont de plus en plus de difficultés à trouver des sites potentiels et à faire aboutir de nouveaux projets pétroliers. Et ce malgré le fait que l’industrie pétrolière nage dans les bénéfices reçus de précédentes opérations, et meurt d’envie de se développer.

– Le projet Thunder Horse de BP dans le Golfe du Mexique, par exemple, va enfin entrer en fonctionnement en 2008, avec une production anticipée à 250 000 barils par jour. Mais ce projet a mis près de 20 ans à voir le jour, avec un excédent de six milliards de dollars sur son coût prévisionnel.

– Quant à la réussite de Chevron avec son projet Jack 2 dans le Golfe, elle a coûté plus de 240 millions de dollars pour un seul puits test. Ce projet est encore à des années de devenir un lieu de production de pétrole florissant.

– Ces éléments vont bien plus loin que les arguments du Peak Oil.

** L’une des principales raisons du déclin de la production de pétrole des majors occidentales est la politique mondiale. Dans les années 1990, la tendance géostratégique au lendemain de la chute du mur de Berlin et du déclin du communisme était la mondialisation. Une grande partie du monde s’est ouverte vers l’ouest, au propre comme au figuré. Et l’industrie pétrolière en a bénéficié, en réalisant des investissements importants dans des régions explorées — ou non — de l’Amérique du Sud à la Mer Caspienne.

– Durant la première décennie du 21ème siècle, par contre, la principale tendance a été le concept de "nationalisation des ressources". Ce qui signifie que, dans de nombreux pays autrefois accueillants pour les entreprises occidentales, l’attitude envers l’investissement étranger a fondamentalement changé. Les compagnies pétrolières occidentales se sont retrouvées coincées dans des zones riches en ressources.

– Les entreprises occidentales ont subi des nationalisations radicales, comme ce qui s’est passé avec Exxon Mobil et ConocoPhillips au Venezuela. Ou bien elles ont été priées de partir à coups d’intimidations et de pressions légales sous couvert de "lois fiscales" ou de "renforcement environnemental", comme ce qui s’est passé avec Shell Oil Co. pour son projet Sakhalin en Russie.

– Même le Brésil a montré les dents face aux investissements étrangers. Récemment, le Brésil a retiré de nombreuses zones des ventes de concessions potentielles après qu’il soit devenu clair que les chances d’y trouver du pétrole étaient plutôt bonnes. Pourquoi ne pas plutôt les garder pour Petrobras ?

– Quoiqu’il en soit, les compagnies occidentales ont été mises à l’écart ou, dans le meilleur des cas, forcées de renégocier les contrats selon des termes moins avantageux pour elles. Le modèle traditionnel de développement des ressources, dans lequel les entreprises occidentales obtiennent une position et un contrôle légal des gisements de pétrole et de gaz, a déjà perdu la bataille. Les gouvernements qui accueillent changent les règles pour favoriser les compagnies pétrolières appartenant à l’Etat.

– A la fin des années 1970, les compagnies pétrolières occidentales contrôlaient plus de la moitié de la production mondiale de pétrole. Mais aujourd’hui les compagnies pétrolières appartenant à l’état — comme Saudi Aramco, National Iranian Oil Co., Kuwait Oil Co., Petroleos de Venezuela, Petroleos Mexicanos (Pemex), etc. — contrôlent plus de 85% de la production mondiale de pétrole. Les majors occidentales contrôlent 7% de la base pétrolière mondiale.

– Pendant ce temps, la production de pétrole des régions matures est en déclin. De la Mer du Nord à la côte nord de l’Alaska, les compagnies pétrolières occidentales ne peuvent que constater la baisse des volumes des positions pétrolières actuelles. Et le potentiel dans le reste du monde est encore moins encourageant. Selon Amy Myers Jaffe, qui étudie le domaine pétrolier depuis sa chaire à l’Université de Rice, "c’est un secteur en crise".

– Cette notion de crise aide aussi à expliquer pourquoi les compagnies pétrolières occidentales luttent pour étendre leurs options pour des forages offshore aux Etats-Unis, ainsi que pour l’accès à des zones comme le nord de l’Alaska. L’offshore américain, et d’autres zones frontières comme le Parc National Arctique font partie des quelques options qu’il reste aux entreprises pétrolières occidentales.

– Ce que l’industrie pétrolière occidentale est en train de prouver, c’est que sa base et ses réserves en ressources sont en déclin. Et à moyen ou long terme, cela signifie que l’importance économique des entreprise occidentales va elle aussi décliner. Malgré tous les projets, les efforts pour conserver et économiser l’énergie, ainsi qu’un virage important vers les sources d’énergie alternatives, le monde occidental va devenir terriblement dépendant du pétrole venant des compagnies pétrolières appartenant aux états orientaux.

– Du point de vue de l’énergie et de la stratégie, ce ne sera pas une bonne chose pour l’Occident.

 

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Byron King
Byron King
Avocat

Byron King est diplômé de l’Université de Harvard et exerce actuellement la profession d’avocat à Pittsburgh, en Pennsylvanie.

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